Prédication, jeudi, 1ère semaine du Carême A

26 février 2026

Compter sur Dieu

Aujourd’hui, le frère Raymond Latour, O.P., nous invite à prendre la confiance de la reine Ester en exemple et à utiliser ce temps de carême pour renouer avec notre rapport filial à Dieu, ainsi qu’avec la spontanéité et l’abandon qui caractérisent cette relation de Père à enfant.

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Prédication

Les lectures de la liturgie de la Parole, en ce temps de Carême, viennent renforcer notre confiance. Quand tout paraît désespéré, nous pouvons compter sur Dieu.

La reine Esther en a fait l’expérience. Elle a cherché refuge dans le Seigneur, elle qui était dans une angoisse mortelle au moment d’affronter son puissant ennemi. Elle se trouvait complètement démunie, ce qu’elle exprime dans sa prière tout en reconnaissant la puissance libératrice du Dieu d’Israël. C’est cette puissance de salut qu’elle invoque, bien consciente de sa situation de faiblesse. Sa foi l’a persuadée que Dieu accorde sa faveur aux démunis. Son modèle nous est proposé, à nous qui lui demandons aujourd’hui secours et protection. Notre prière de demande peut être à la fois humble et audacieuse.

Dans l’Évangile, c’est Jésus lui-même qui nous y invite.

La prière de demande, la prière de supplication, nous amène à une profonde conscience de notre état de faiblesse et de pauvreté. Il faut bien admettre qu’elle arrive souvent en dernier recours. Après avoir déployé toutes nos ressources, nous en arrivons à reconnaître notre incapacité à assurer nous-mêmes une sortie de crise. Acculés au pied du mur, nous nous tournons vers Dieu.

« Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira ». Cela est dit comme s’il s’agissait d’une évidence, d’une vérité incontestable. Il y a une sorte d’automatisme. Et Jésus reprend pour accentuer encore cet optimisme : « quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira ». Que pourrions-nous opposer à cette affirmation ?

Malheureusement, notre expérience de vie n’incite pas toujours à cette belle assurance : des demandes restent sans suite, des recherches ne produisent pas les résultats attendus, et les portes ne s’ouvrent pas à tout coup.

Même en supposant que ce genre de vexations soit vraiment rare, et que notre entourage soit toujours très obligeant et bien disposé à notre endroit, il reste que l’être humain n’aime pas être en situation de demandeur, de dépendance envers autrui. Nous voudrions éviter de formuler quelque demande que ce soit. Certaines personnes vont jusqu’à des extrêmes pour préserver cette autonomie, ne s’ouvrant jamais de leurs besoins. Par peur du refus, par fierté, peut-être aussi par égard pour autrui, pour ne pas importuner, nous hésitons à demander de l’aide, nous ne voulons pas « déranger ».

Jésus a-t-il entendu nos objections ? Voici qu’il déplace son enseignement. Nous ne sommes plus dans un contexte de rapports sociaux en général. Le « on » impersonnel cède la place à un rapport familial, celui d’un père à son fils. Cette fois, Jésus s’en reporte à notre vécu : « lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? » ou encore un serpent au lieu d’un poisson ? Personne, répondons-nous, en tentant d’ignorer l’existence des mauvais pères. Oui, en général, les parents dans leur amour naturel pour leurs enfants savent leur donner de bonnes choses, au point même de prévenir la demande des enfants.

Jésus nous invite à nous appuyer sur cette expérience et à la transposer à Dieu, lui qui est notre Père : n’a-t-il pas envers nous les mêmes dispositions ? Et combien plus ! puisque son amour est infini, qu’il ne connaît pas les contingences, les restrictions des parents de ce monde qui aimeraient bien offrir le meilleur à leurs enfants mais n’en ont pas toujours les moyens.

Au cours du carême, nous sommes invités à redécouvrir le cœur de Père de notre Dieu… mais pour cela, il nous faudra aussi renouer avec le fait que devant Dieu, nous sommes ses « enfants ». Nous avons à réapprendre à demander comme des enfants, avec la même spontanéité, la même confiance, le même abandon. Avec Dieu-notre-Père, nous ne pouvons douter qu’il nous donnera ce que nous demandons, que nous trouverons ce que nous cherchons, et qu’il nous ouvrira si nous frappons.

Jésus nous interpelle : « Vous qui savez donner de bonnes choses à vos enfants, qu’en pensez-vous ? » Dieu n’exaucera-t-il pas la prière de ses enfants ? Oui, bien sûr.

Pourquoi présentons-nous nos demandes à Dieu ? C’est que comme Esther, nous aussi avons appris sa puissance de salut. Comme elle, à travers notre existence, dans des moments difficiles, ce que nous savions sur Dieu, nous l’avons aussi expérimenté : Dieu est venu à notre secours, dans telle ou telle circonstance bien précise. Nous avons connu sa puissance de salut, de libération.

Dans notre relation au Christ, nous avons connu Dieu comme un Père qui nous aime. C’est sur quoi notre prière s’appuie, comme sur un roc solide. La prière de ses enfants ne l’importune pas. Dieu qui est notre Père ne nous fera jamais défaut. Mais ne négligeons pas la finale de l’Évangile qui nous invite à répondre à la prière des autres. Il y aurait là une sorte de cohérence : « tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ». Nous avons, nous aussi, à accueillir des demandes, à ouvrir des portes, à faire pour les autres ce que nous attendons de Dieu qui compte sur nous.

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur, nous t’en prions,
inspire-nous de toujours penser ce qui est juste
et de l’accomplir avec empressement ;
et puisque sans toi nous ne pouvons exister,
fais-nous vivre en accord avec toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.