27 février 2026
Entre continuité et rupture : le dépassement
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique comment Jésus se repose sur la Loi pour mieux apprendre à ses disciples à l’intérioriser et à réaliser que le Bien se cultive de l’intérieur et se répand par une mise en action.
LIVRE DU PROPHÈTE ÉZÉKIEL (18, 21-28)
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Si le méchant se détourne de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe tous mes décrets, s’il pratique le droit et la justice, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas. On ne se souviendra d’aucun des crimes qu’il a commis, il vivra à cause de la justice qu’il a pratiquée. Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ?
Mais le juste, s’il se détourne de sa justice et fait le mal en imitant toutes les abominations du méchant, il le ferait et il vivrait ? Toute la justice qu’il avait pratiquée, on ne s’en souviendra plus : à cause de son infidélité et de son péché, il mourra !
Et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (5, 20-26)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
« Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
« Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Prédication
Jésus, sur la montagne, est en train de se situer par rapport à sa tradition religieuse et morale, la Loi et les Prophètes. Va-t-il s’en distancier pour initier une voie complètement nouvelle ? Ou va-t-il s’inscrire comme un continuateur qui demande certaines réformes ? Cette question était importante pour les lecteurs de Matthieu, des chrétiens majoritairement d’origine juive. La position de Jésus n’est pas simpliste. Comme un nouveau Moïse sur la montagne, il présente à ses disciples la Loi nouvelle, qui est marquée à la fois par la continuité et la rupture, ou plutôt le dépassement, en regard de la loi ancienne. Jésus ne vient pas abolir mais accomplir.
Sa position est développée ici en rapport à une question importante dans la société ancienne et aujourd’hui : le meurtre. Pour cet enjeu et les suivants (5, 27-48 : adultère, parjure, vengeance), Jésus se réfère d’abord à la tradition, aux Écritures de la première Alliance, à ce que les gens connaissent déjà et cherchent à mettre en pratique : Vous avez appris… On ne part pas de rien. Puis, il affirme sa propre autorité et il invite à aller plus loin qu’une simple mise en œuvre ou adaptation : Et moi, je vous dis… Un chemin nouveau s’ouvre.
Jésus pousse ici dans deux directions. Il appelle à une intériorisation de la loi, qui engage le cœur de l’intérieur. Il ne suffit pas de ne pas tuer, pour être une personne correcte et pieuse. C’est tout l’être humain, avec ce qui l’habite au plus profond, qui s’engage face à autrui, qui le respecte ou le méprise. La source du mal n’est pas extérieure à soi : c’est en soi que l’arrachement se fait et la libération advient.
Ensuite, il appelle aussi à une initiative pour faire la vérité, pour unifier et simplifier l’existence, lui donner plus de cohérence et de droiture. Il ne s’agit pas seulement de ne pas tuer ton frère : réconcilie-toi avec lui, mets-toi d’accord avec ton adversaire… Va de l’avant, dépasse les impasses.
Nous sommes ainsi conviés par Jésus, par sa Parole, à nous enraciner dans une longue histoire, mais à aller plus loin, à risquer la nouveauté de l’Évangile : en nous engageant de l’intérieur, en prenant des initiatives, en nous réconciliant, en étant vrai. Bref, il nous appelle à un dépassement qui fait de nous des personnes et des communautés plus libres. Ainsi notre justice surpassera celle des scribes et pharisiens, qui était pourtant sérieuse et pratiquée au quotidien. L’enjeu est majeur : entrer dans le Royaume des cieux.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Accorde à tes fidèles, Seigneur, nous t’en prions,
de s’appliquer comme il convient à la préparation de Pâques :
que la pénitence imposée chaque année à notre corps
porte en nous tous du fruit pour nos âmes.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
