Prédication, vendredi, 1ère semaine du Carême A

27 février 2026

Entre continuité et rupture : le dépassement

Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique comment Jésus se repose sur la Loi pour mieux apprendre à ses disciples à l’intérioriser et à réaliser que le Bien se cultive de l’intérieur et se répand par une mise en action.

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Prédication

Jésus, sur la montagne, est en train de se situer par rapport à sa tradition religieuse et morale, la Loi et les Prophètes. Va-t-il s’en distancier pour initier une voie complètement nouvelle ? Ou va-t-il s’inscrire comme un continuateur qui demande certaines réformes ? Cette question était importante pour les lecteurs de Matthieu, des chrétiens majoritairement d’origine juive. La position de Jésus n’est pas simpliste. Comme un nouveau Moïse sur la montagne, il présente à ses disciples la Loi nouvelle, qui est marquée à la fois par la continuité et la rupture, ou plutôt le dépassement, en regard de la loi ancienne. Jésus ne vient pas abolir mais accomplir.

Sa position est développée ici en rapport à une question importante dans la société ancienne et aujourd’hui : le meurtre. Pour cet enjeu et les suivants (5, 27-48 : adultère, parjure, vengeance), Jésus se réfère d’abord à la tradition, aux Écritures de la première Alliance, à ce que les gens connaissent déjà et cherchent à mettre en pratique : Vous avez appris… On ne part pas de rien. Puis, il affirme sa propre autorité et il invite à aller plus loin qu’une simple mise en œuvre ou adaptation : Et moi, je vous dis… Un chemin nouveau s’ouvre.

Jésus pousse ici dans deux directions. Il appelle à une intériorisation de la loi, qui engage le cœur de l’intérieur. Il ne suffit pas de ne pas tuer, pour être une personne correcte et pieuse. C’est tout l’être humain, avec ce qui l’habite au plus profond, qui s’engage face à autrui, qui le respecte ou le méprise. La source du mal n’est pas extérieure à soi : c’est en soi que l’arrachement se fait et la libération advient.

Ensuite, il appelle aussi à une initiative pour faire la vérité, pour unifier et simplifier l’existence, lui donner plus de cohérence et de droiture. Il ne s’agit pas seulement de ne pas tuer ton frère : réconcilie-toi avec lui, mets-toi d’accord avec ton adversaire… Va de l’avant, dépasse les impasses.

Nous sommes ainsi conviés par Jésus, par sa Parole, à nous enraciner dans une longue histoire, mais à aller plus loin, à risquer la nouveauté de l’Évangile : en nous engageant de l’intérieur, en prenant des initiatives, en nous réconciliant, en étant vrai. Bref, il nous appelle à un dépassement qui fait de nous des personnes et des communautés plus libres. Ainsi notre justice surpassera celle des scribes et pharisiens, qui était pourtant sérieuse et pratiquée au quotidien. L’enjeu est majeur : entrer dans le Royaume des cieux.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Accorde à tes fidèles, Seigneur, nous t’en prions,
de s’appliquer comme il convient à la préparation de Pâques :
que la pénitence imposée chaque année à notre corps
porte en nous tous du fruit pour nos âmes.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.