Prédication, 4e jeudi du temps ordinaire A

5 février 2026

Approprions-nous sa mission !

Aujourd’hui, le frère Raymond Latour, O.P., nous invite à nous voir en David et en les disciples de Jésus et à nous approprier sa mission de témoignage, de liberté, d’obéissance et de joie du Salut.

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Prédication

De tous les évangélistes, Marc est peut-être celui qui est le moins tendre envers les disciples de Jésus. À plusieurs occasions, il ne manque pas de souligner à quel point ils sont « durs de comprendre », leur esprit est lent, et même obtus. Finalement, ils auront même échoué à la condition que leur posait Jésus, simplement être avec lui. N’empêche, aujourd’hui, il les envoie en mission, deux par deux. Ce sera pour eux une formation en cours d’emploi. Ils auront à s’approprier une identité nouvelle, celle d’envoyés.

Dans la première lecture, David sur la fin de ses jours confie ses dernières volontés à Salomon en lui demandant de garder les observances du Seigneur dans l’exercice de ses fonctions royales, ce qui suppose qu’il agira au nom même de Dieu, en suivant les prescriptions de la loi de Moïse. C’est un rappel que même le Roi doit se considérer comme un « envoyé », au service de Dieu qui l’a choisi. Puisqu’il s’agit aussi d’un passage de génération, d’une transmission, il conviendrait de dire que chaque génération envoie la suivante, lui confie la mission de poursuivre une œuvre, de poser une pierre nouvelle dans l’édification d’une humanité en quête d’achèvement.

Les disciples sont donc envoyés deux par deux, c’est dire envoyés en tant que témoins de la proximité du Règne de Dieu. Ce que Jésus a accompli sous leurs yeux, ils sont invités à le reproduire sans lui, en d’autres lieux, et en son nom. Ils sont envoyés. Par eux-mêmes, ils n’ont rien à faire valoir, d’où le dépouillement dans lequel ils se présenteront là où ils iront. Leur dénuement exprimera qu’ils s’effacent devant le message dont ils sont porteurs. Il appelle un accueil libre de la personne même qui les envoie. Par eux, la présence de Jésus se multiplie : même message d’appel à la conversion, même action de guérison et de libération.

Évidemment, les disciples ne possèdent pas en eux-mêmes cette force de salut. Ils la détiennent de celui qui la leur a conférée. L’envoyé ne peut rien s’attribuer. Il n’a qu’à se modeler sur celui qui l’envoie. Surtout ne pas faire écran. Il y a une unité profonde entre les deux. Les disciples s’emploieront donc par leur tenue, leur attitude, à dissiper tout malentendu : ils ne sont que les envoyés. Là-dessus, les disciples ne savaient pas encore à quel point Jésus pouvait leur servir d’exemple, lui, l’Envoyé de Dieu, obéissant jusqu’au bout à la volonté du Père, n’ayant jamais rien recherché pour lui-même, s’étant abaissé jusqu’à la mort sur une croix…

Quelle réception les disciples auront-ils ? L’Évangile laisse entendre qu’ils ne seront pas toujours bien accueillis. Dans un tel cas, ils devront faire montre de liberté intérieure, en fidèles disciples-envoyés, ils iront ailleurs porter la Bonne Nouvelle, comme lui, résolument. C’est aussi notre défi de proclamer à temps et à contretemps l’Évangile, sans nous laisser arrêter par un climat d’indifférence, d’hostilité ou de mépris. Nous provoquons une occasion de rencontre. Notre message n’est jamais qu’une proposition offerte, une parole ouverte. L’assentiment à cette parole ne dépend pas de nous. L’envoyé est libre et respecte la liberté des personnes auxquelles il a été envoyé. Inutile de ruminer les rejets, autant secouer la poussière de nos pieds, aller ailleurs.

Le contexte dans lequel survient cet envoi vient aussi appuyer ce message. C’est après un échec retentissant à la synagogue de Nazareth que Jésus commence à envoyer ses disciples en mission. La parole annoncée est parole de grâce. Ailleurs, quelqu’un est en attente de la bonne nouvelle. C’est vers cette personne qu’il faut aller. La mission devient école de liberté et d’obéissance.

Les envoyés sont parfois récompensés d’un bon accueil. Ils découvrent, avec émerveillement, que le cœur de leurs destinataires était préparé à cette rencontre. Ils ont alors la conviction que le salut est à l’œuvre, qu’il visite cette maison, qu’il se réalise ici et maintenant. L’envoyé devient témoin du salut.

« Alors il commença à les envoyer en mission deux par deux ». Plusieurs siècles plus tard, saint Dominique a jugé que le modèle valait d’être reproduit.

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Nous t’en prions, Seigneur :
que la bienheureuse Agathe, vierge et martyre,
implore pour nous ton pardon,
elle qui sut toujours te plaire
par le courage de son martyr
et le mérite de sa chasteté.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.