3 février 2026
Nul n’est prophète en son pays
Aujourd’hui, le frère Yvon Pomerleau, O.P., nous explique que dans les trois étapes de sa vie, qui fut tout entière son ministère, Jésus a fait face à l’incrédulité de ceux qui pensaient le connaître…
DEUXIÈME LIVRE DE SAMUEL (24, 2.9-17)
En ces jours-là, le roi David dit à Joab, le chef de l’armée, qui était près de lui : « Parcourez toutes les tribus d’Israël, de Dane à Bershéba, et faites le recensement du peuple, afin que je connaisse le chiffre de la population. »
Joab donna au roi les chiffres du recensement : Israël comptait huit cent mille hommes capables de combattre, et Juda cinq cent mille hommes. Mais après cela, le cœur de David lui battit d’avoir recensé le peuple, et il dit au Seigneur : « C’est un grand péché que j’ai commis ! Maintenant, Seigneur, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car je me suis vraiment conduit comme un insensé ! » Le lendemain matin, David se leva. Or la parole du Seigneur avait été adressée au prophète Gad, le voyant attaché à David : « Va dire à David : Ainsi parle le Seigneur : Je vais te présenter trois châtiments ; choisis l’un d’entre eux, et je te l’infligerai. »
Gad se rendit alors chez David et lui transmit ce message : « Préfères-tu qu’il y ait la famine dans ton pays pendant sept ans ? Ou bien fuir devant tes adversaires lancés à ta poursuite, pendant trois mois ? Ou bien la peste dans ton pays pendant trois jours ? Réfléchis donc, et vois ce que je dois répondre à celui qui m’a envoyé. » David répondit au prophète Gad : « Je suis dans une grande angoisse… Eh bien ! tombons plutôt entre les mains du Seigneur, car sa compassion est grande, mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! » Le Seigneur envoya donc la peste en Israël dès le lendemain jusqu’à la fin des trois jours. Depuis Dane jusqu’à Bershéba, il mourut 70 000 hommes.
Mais lorsque l’ange du Seigneur étendit la main vers Jérusalem pour l’exterminer, le Seigneur renonça à ce mal, et il dit à l’ange exterminateur : « Assez ! Maintenant, retire ta main. » L’ange du Seigneur se trouvait alors près de l’aire à grain d’Arauna le Jébuséen. David, en voyant l’ange frapper le peuple, avait dit au Seigneur : « C’est moi qui ai péché, c’est moi qui suis coupable ; mais ceux-là, le troupeau, qu’ont-ils fait ? Que ta main s’appesantisse donc sur moi et sur la maison de mon père ! »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (6, 1-6)
En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi.
Alors Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.
Prédication
Pour ceux qui me connaissent un peu ou qui ont lu certaines de mes homélies, vous ne serez pas surpris de l’affirmation qui va suivre à propos de la vie de Jésus. Jésus accomplit sa mission de proclamation de la Bonne Nouvelle en trois temps. Trente ans de vie cachée, trois ans de manifestation publique et trois jours dans le don ultime de sa vie. Ce sont trois modalités différentes de révélation de l’amour de Dieu, son Père et notre Père.
Pendant sa vie à Nazareth, un petit village à peine connu, Jésus mène une vie de famille ordinaire. Il manifeste ainsi la proximité de Dieu dans les événements quotidiens, avec les joies et les peines qui se succèdent, le travail à domicile, la prière à la synagogue et le pèlerinage annuel à Jérusalem. Jésus révèle l’amour de Dieu pour les hommes dans la discrétion de sa vie à Nazareth autant que sur les routes de Palestine et la croix de Jérusalem. C’est l’amour qui est la trame de toute sa vie.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, on retrouve Jésus qui revient avec ses disciples dans son lieu d’origine après avoir séjourné ici et là dans la Galilée où il a prêché et accompli divers miracles. Le jour du sabbat, il se rend à la synagogue locale où il se met à enseigner. Les auditeurs sont frappés d’étonnement. Ils ne comprennent pas que Jésus, un fils du milieu, puisse se manifester par ses paroles et ses gestes de guérison comme un prophète. On dirait dans le langage populaire d’aujourd’hui : aux yeux de ses proches parents et de ses concitoyens, Jésus se prend pour un autre. Il s’attribue des qualités qui ne sont pas celles d’un villageois, fils du charpentier. La question est posée : d’où lui vient cette sagesse que l’on retrouve dans ses paroles et comment sont possibles ces miracles que ces mains réalisent ? Jésus révèle par son enseignement et ses miracles la puissance miséricordieuse de Dieu, son Père et notre Père.
Quand Jésus annoncera à ses disciples sa mort prochaine à Jérusalem, ce sera de nouveau le désarroi, même pour ceux qui l’ont accompagné dans sa prédication itinérante. Comment reconnaître le fils de Dieu dans le prédicateur et thaumaturge comme dans l’humble ouvrier de Nazareth ? Il n’y a que la foi qui peut permettre une telle démarche. L’évangéliste Marc nous dit que « Jésus s’étonna de leur manque de foi ».
Est-ce que ces interrogations des premiers disciples ne sont pas aussi les nôtres ? Dans le petit catéchisme d’autrefois, on parlait de deux grands mystères autour de Jésus : l’incarnation et la rédemption. Le crédo évoquera ces mystères en ces mots : « Je crois en Jésus fils unique de Dieu… qui pour notre salut s’est fait homme… qui souffrit sa passion et ressuscita ». Voilà le cœur de notre foi chrétienne !
Fr. Yvon Pomerleau, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
par toi nous vient la rédemption,
par toi nous est donnée l’adoption filiale ;
dans ta bonté, regarde avec amour tes enfants ;
à ceux qui croient au Christ,
accorde la vraie liberté et la vie éternelle en héritage.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
