6 février 2026
Témoins d'hier, témoins d'aujourd'hui
Aujourd’hui, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous invite à nous laisser inspirer par saint Paul Miki, martyre japonais, et de ses vingt-cinq compagnons, à laisser la vérité respirer en nous et à nous laisser transformer par elle plutôt que de lui résister.
LIVRE DE BEN SIRA LE SAGE (47, 2-11)
Dans le sacrifice de communion, on met à part la graisse des animaux offerts à Dieu ; ainsi David a été mis à part entre les fils d’Israël. Il a joué avec les lions comme si c’étaient des chevreaux, et avec les ours comme avec des agneaux. N’était-il pas tout jeune quand il a tué le géant et supprimé la honte de son peuple, lorsqu’il lança la pierre de sa fronde et abattit l’arrogance de Goliath ? Il invoqua le Seigneur Très-Haut qui a mis dans sa main la vigueur pour supprimer le puissant guerrier et pour exalter la force de son peuple.
C’est pourquoi on lui a fait gloire des dizaines de milliers qu’il a tués : on l’a célébré en bénissant le Seigneur quand on lui a donné la glorieuse couronne royale. En effet, il a détruit les ennemis alentour, il a anéanti ses adversaires philistins, il a détruit leur force comme on le voit encore aujourd’hui.
Dans tout ce qu’il a fait, il a célébré la louange du Saint, du Très-Haut, en proclamant sa gloire. De tout son cœur, il a chanté les psaumes, il a aimé son Créateur. Devant l’autel, il a placé des chantres, et leur voix rendit les mélodies plus douces ; chaque jour ils loueront Dieu par leurs chants. Il a donné de l’éclat aux fêtes, il a donné une parfaite splendeur aux solennités, pour que le saint nom du Seigneur soit célébré, et que les chants retentissent dans le sanctuaire dès le matin. Le Seigneur a enlevé les péchés de David, il a pour toujours exalté sa force, il a fondé sur lui l’Alliance avec sa dynastie, le trône de gloire d’Israël.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (6, 14-29)
En ce temps-là, comme le nom de Jésus devenait célèbre, le roi Hérode en entendit parler. On disait : « C’est Jean, celui qui baptisait : il est ressuscité d’entre les morts, et voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. » Certains disaient : « C’est le prophète Élie. » D’autres disaient encore : « C’est un prophète comme ceux de jadis. »
Hérode entendait ces propos et disait : « Celui que j’ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité ! » Car c’était lui, Hérode, qui avait donné l’ordre d’arrêter Jean et de l’enchaîner dans la prison, à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, que lui-même avait prise pour épouse. En effet, Jean lui disait : « Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère. »
Hérodiade en voulait donc à Jean, et elle cherchait à le faire mourir. Mais elle n’y arrivait pas parce que Hérode avait peur de Jean : il savait que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait ; quand il l’avait entendu, il était très embarrassé ; cependant il l’écoutait avec plaisir.
Or, une occasion favorable se présenta quand, le jour de son anniversaire, Hérode fit un dîner pour ses dignitaires, pour les chefs de l’armée et pour les notables de la Galilée. La fille d’Hérodiade fit son entrée et dansa. Elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai. » Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. » Elle sortit alors pour dire à sa mère : « Qu’est-ce que je vais demander ? » Hérodiade répondit : « La tête de Jean, celui qui baptise. » Aussitôt la jeune fille s’empressa de retourner auprès du roi, et lui fit cette demande : « Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. »
Le roi fut vivement contrarié ; mais à cause du serment et des convives, il ne voulut pas lui opposer un refus. Aussitôt il envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Le garde s’en alla décapiter Jean dans la prison. Il apporta la tête sur un plat, la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.
Ayant appris cela, les disciples de Jean vinrent prendre son corps et le déposèrent dans un tombeau.
Prédication
Aujourd’hui, alors que l’Église célèbre le martyre de saint Paul Miki et de ses vingt-cinq compagnons, nous tournons notre regard vers une page bouleversante de l’histoire chrétienne. En effet, ces hommes catéchistes, religieux, laïcs, jeunes et adultes ont accepté de mourir pour que l’Évangile continue de résonner au cœur du Japon. Leur témoignage n’est donc pas seulement un souvenir héroïque, mais bien une interpellation directe qui éclaire notre propre rapport à la vérité et à la fidélité au Christ.
Au XVIᵉ siècle, la foi chrétienne se répandait rapidement au Japon. D’une part, elle transformait des vies ; d’autre part, elle bouleversait des structures sociales et éveillait des consciences. C’est précisément pour cette raison que certains y ont vu une menace. Ainsi, le shogun Hideyoshi a voulu faire taire l’Évangile. Paul Miki, jésuite japonais et deux autres jésuites, cinq franciscains espagnols, un Mexicain et dix-sept laïcs japonais, furent arrêtés. On les humilia, puis on les conduisit jusqu’à Nagasaki pour les crucifier. Leur mort n’était donc pas seulement un acte politique, mais révélait surtout une vieille tentation humaine : étouffer ce qui dérange, éliminer ce qui appelle à la conversion, réduire au silence ce qui met en lumière nos peurs et nos attachements.
Même si aujourd’hui nous ne vivons pas de persécution visible comme eux, nous connaissons pourtant, chacun à notre manière, une lutte intérieure contre la vérité. En effet, la vérité nous appelle parfois à la justice alors que nous préférerions rester neutres ; elle nous invite au pardon alors que nous aimerions garder nos blessures ; elle nous pousse à changer nos habitudes, nos relations, nos priorités, alors que nous préférerions rester dans le confort ; elle nous demande enfin d’aimer plus largement que nos cercles habituels, ce qui n’est jamais facile. Ainsi, nous comprenons que nous aussi, il nous arrive de vouloir faire taire l’Évangile lorsqu’il dérange nos certitudes.
Dans ce contexte, le témoignage de Paul Miki demeure saisissant. Déjà cloué sur la croix, il déclare calmement : « Je suis Japonais, je suis chrétien, et je meurs pour Dieu. » Aucune haine, aucun ressentiment, seulement la vérité offerte comme un dernier acte d’amour. Il ne cherche pas à convaincre par la force, mais par la cohérence ; il ne cherche pas à se défendre, mais à témoigner ; il ne cherche pas à survivre, mais à rester fidèle. Ainsi, son martyre n’est pas une défaite, mais une victoire de la vérité sur la peur, de la lumière sur la manipulation, de l’amour sur la violence.
Dès lors, une question s’impose à nous : quelles vérités de Dieu attendent encore que nous leur donnions corps dans notre vie quotidienne ? La vérité de la dignité humaine, dans un monde qui classe et exclut. La vérité de la justice, dans un monde qui préfère l’indifférence. La vérité de la miséricorde, dans un monde qui juge vite et pardonne lentement. La vérité de l’Évangile, dans un monde qui cherche des solutions rapides mais refuse la conversion profonde. Être témoin aujourd’hui ne signifie pas mourir sur une croix, mais vivre debout, avec cohérence, courage et douceur. Cela signifie refuser de faire taire la voix de Dieu en nous, même lorsque cette voix nous dérange.
Frères et sœurs, l’Eucharistie que nous célébrons n’est pas un simple rite. Elle est la force même qui a soutenu Paul Miki et ses compagnons. Elle est la présence du Christ, vérité incarnée, vérité crucifiée, vérité ressuscitée. Demandons donc la grâce d’un cœur ouvert, la grâce d’une conscience vigilante, la grâce d’un courage humble et la grâce d’une fidélité joyeuse.
Que saint Paul Miki et ses compagnons nous apprennent à ne jamais faire taire la vérité, mais à la laisser transformer nos vies, nos choix et nos relations. Amen.
Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu, force de tous les saints,
tu as appelé les saints martyrs Paul Miki et ses compagnons
à entrer dans la vie en passant par la croix ;
accorde-nous, à leur intercession,
la force de garder jusqu’à la mort la foi que nous proclamer.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
