Prédication, lundi, 4e semaine du Carême A

16 mars 2026

Cana 2.0

Aujourd’hui, le frère Ghislain Paris, O.P., compare le deuxième passage de Jésus à Cana avec son premier et nous explique la rencontre transformatrice de l’officier royale avec celui qui guérit à la fois son fils et sa foi.

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Prédication

Plusieurs personnes comprennent la signification d’une situation 2.0. Les logiciels et les applications informatiques 2.0 sont une formidable mise à jour des premières versions, sinon même une refonte complète des anciens éléments pour une nouvelle performance optimale. Serions-nous ici, dans l’évangile de Jean, dans quelque chose de semblable ? Il présente bien une seconde visite de Jésus (fin du chapitre quatrième) : un deuxième signe de Cana !

Commençons par la géographie ! Le retour de Jésus aux sources de son ministère public (à Cana de Galilée) survient après un premier voyage en Judée (la région du pays juif « pure laine »). Il y a fait une apparition remarquée. Ses compatriotes présents sont bien heureux de sa prestation. Jésus revient aussi après une saucette de 2 jours passée en Samarie, chez les étrangers schismatiques, à définir et recentrer les vrais adorateurs. Mais Jésus ne se fait pas d’illusion : un prophète est mal reçu dans son pays. Les compatriotes n’ont vu que du spectaculaire en grande ville, des actions d’éclat. Ils sont sous le charme d’un thaumaturge, non pas d’un prophète (un homme de la parole).

L’officier royal participe à cette ambiguïté. Il est attiré par la renommée du guérisseur et souhaite le voir à l’œuvre, chez lui, en personne. En homme d’autorité et de commandement, il contrôle comment Jésus doit faire : descends et guéris mon enfant en train de dépérir. Il veut le voir en action. Suite à la sourde oreille de son vis-à-vis, il en rajoute : mon enfant va mourir… descends ! C’est urgent que tu viennes ! Voir pour croire est le point de départ de sa foi. Jésus ne bouge toujours pas.

Le haut fonctionnaire est obsédé par la situation de son enfant : le premier problème selon lui. Jésus refuse d’emprunter cette logique de mort. La foi de la personne devant lui est un problème plus important. « Pars ! Ton fils vit. » Pars ! Va ! Jésus commande maintenant. Quitte ta manière de penser et de voir ! Mets-toi en marche autrement ! Ton fils est destiné à la vie. La parole de Jésus réoriente la demande de l’homme et précède sa réponse. Le texte de saint Jean prend bien soin de le noter : l’officier, un fonctionnaire défini par un rôle, n’occupe plus le devant de la scène. Il est devenu simplement un « homme » qui croit à la parole d’un autre. Cette perspective de croyant le met en route : un grand moment de vérité… C’est lui qui descend. Jésus n’a toujours pas bougé ! Et l’homme n’aura même pas le temps d’aller constater par lui-même l’état de son enfant. Ses serviteurs se déplacent vers lui pour lui apporter la bonne nouvelle : ton garçon est vivant.

L’homme s’est mis en marche grâce à l’interpellation du prophète. Peut-il aller plus loin ? Une lecture différée de deux événements pourtant concomitants l’amène à devenir un adulte dans la foi. Sa foi cherche à savoir, se fait intelligente. Deux parcours de vie ont changé en même temps. Au moment de la parole de Jésus, son fils s’est trouvé mieux ; sa vie a repris un cours normal de développement. La fièvre l’a quitté. Et son père aussi a repris une nouvelle vie grâce à la foi. La fièvre angoissante et omniprésente de la mort de son enfant s’est envolée. L’homme redécouvre son rôle de père : dans la foi. Dans la relation vivante père-fils, Jésus est désormais présent. L’homme engendre toute sa maisonnée, son fils et ses serviteurs y compris, à une foi nouvelle, ouverte… Toute la grande famille croit maintenant ; on ne sait pas à qui… ni en quoi, ni à quoi, mais la foi est ouverte… à la présence d’un Autre. Leur histoire reste à venir !

Comme souvent dans l’évangile, quand un père ou une mère fait des progrès significatifs dans sa foi personnelle, il y a un effet d’entraînement tout autour. Les enfants malades sur lesquels tous les soucis de parenté étaient centrés s’en portent eux-mêmes mieux, car le parent a d’abord progressé dans sa situation personnelle, plaçant son rôle d’« aidant naturel » au second plan. Avez-vous fait cette expérience ? Votre foi personnelle a-t-elle pris des couleurs insoupçonnées, imprévues ? Êtes-vous devenus(es) père ou mère une deuxième fois, dans la foi ? Avez-vous vu des gens le devenir ?

À Cana « première manière », la mère signale un manque important de vin pour célébrer une noce, alors que le manque de tonus empêche ici le père de célébrer la vie de son enfant. Jésus n’est pas prêt à répondre à sa mère (son heure n’est pas encore venue), alors qu’il constate que les Galiléens ne sont pas prêts à croire vraiment en un prophète. Les serviteurs-disciples ont été les plus proches de l’eau devenant le vin – les autres n’ont rien vu, tandis que les serviteurs de l’officier ont été les seuls témoins du mieux-être de son fils. La première fois, les disciples de Jésus reconnaissent sa gloire et manifestent leur foi, alors qu’ici toute une maisonnée devient croyante après le cheminement du père. La force d’une foi mature voisine la fragilité de l’existence. Et toujours le signe donné n’impose pas la foi, mais la suppose et la fait grandir. Sommes-nous dans une mise à jour de notre foi en ce Carême ? Quels sont nos manques avoués, nos quêtes spirituelles en devenir ? Bon cheminement vers le troisième jour, Pâques !

Fr. Ghislain Paris, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu renouvelles ce monde par la force inexprimable
de tes sacrements ;
fais que ton Église progresse par ces moyens de salut
et ne manque jamais de tes secours ici-bas.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.