19 octobre 2026
Notre héritage
Aujourd’hui, le frère Raymond Latour, O.P., nous explique que, dans l’évangile du jour, Jésus nous met en garde contre l’obsession des biens matériels et cherche encore une fois à offrir à ses interlocuteurs un autre ordre de priorité libérateur.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ÉPHÉSIENS (2, 1-10)
Frères, vous étiez des morts, par suite des fautes et des péchés qui marquaient autrefois votre conduite, soumise aux forces mauvaises de ce monde, au prince du mal qui s’interpose entre le ciel et nous, et dont le souffle est maintenant à l’œuvre en ceux qui désobéissent à Dieu.
Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions suivant les convoitises de notre chair, cédant aux caprices de la chair et des pensées, nous qui étions, de par nous-mêmes, voués à la colère comme tous les autres. Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus.
Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (12, 13-21)
En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? » Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
« Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »
Prédication
C’est indiscutable, si l’argent n’assure pas le bonheur, il y contribue pour beaucoup. Son absence ou sa rareté sont durement éprouvées.
Cela se vérifie autant dans les politiques gouvernementales que dans la gestion des budgets des particuliers. Nos sociétés s’étaient habituées à une période d’abondance, voici que l’ascenseur social est en panne, que les infrastructures, nos hôpitaux, nos écoles, nécessitent des soins d’urgence. Cet état de délabrement est encore accentué par la vue quotidienne dans nos centres-villes et ailleurs, des moribonds de la faim alors même que les logements abordables se font rares. La crise du logement se conjugue avec celle de la précarité alimentaire ou encore de la santé mentale. Les familles peinent à rejoindre les deux bouts. Les jeunes craignent de ne plus avoir accès à la propriété, à moins d’hériter des biens familiaux. Dans un tel contexte, pas étonnant que des héritages soient disputés avec âpreté au point de provoquer de graves conflits familiaux. Jésus, qui a partagé notre humanité, a été témoin, selon notre évangile, d’une de ces scènes où les membres d’une même famille se déchirent sur une question d’héritage. Il a refusé de s’en faire l’arbitre et a plutôt choisi d’y aller d’un enseignement sur l’avidité.
Jésus a commencé par énoncer un principe fondamental : « la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède ». Ce serait en effet se faire illusion, comme si ses possessions donnaient consistance à son existence. Mais il reste vrai que la vie de quelqu’un serait menacée dans le cas où il manquerait des biens essentiels. Jésus dans sa parabole nous présente plutôt un homme riche qui ne sait plus quoi faire de sa richesse.
Le jugement de Dieu sur cet homme est sans appel : « tu es fou », lui est-il déclaré pour lui faire prendre conscience de la vacuité de sa vie.
L’Évangile, en accord avec beaucoup d’écrits bibliques, nous prévient sur le caractère trompeur des biens matériels. Ils peuvent en venir à occulter la véritable richesse, ils peuvent saturer notre existence au point où on en arrive à perdre de vue à la fois Dieu et le prochain, et aussi de nos jours, l’environnement qui réclame de nous une plus grande simplicité de vie. Pour Jésus, ce n’est pas l’amour qui rend aveugle mais la richesse, comme ce mauvais riche incapable de voir Lazare, comme le riche insensé de notre évangile qui ne se souciait que de lui-même et des lieux pour entreposer ses biens.
Comment ne pas concourir à cette vue de l’évangile ? Des liens familiaux sont parfois rompus pour des sommes dérisoires, des énergies sont canalisées par une poursuite de profits sans aucune considération pour autrui, des gens riches cherchent à accaparer une fortune toujours plus grande. Les relations humaines, mêmes familiales sont sacrifiées pour cette quête jamais assouvie qui les possède. La sagesse invite à prendre garde que l’argent ne soit notre maître.
Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul attire notre regard sur notre véritable héritage qui réside dans la miséricorde de Dieu, dans la grâce qui nous a été faite, le don de la vie dans le Christ. Pour Paul, le Christ nous a délivrés de cette vie que nous menions, ballotés par les convoitises de la chair. Notre dignité ne repose pas dans nos avoirs, nos biens matériels.
L’invitation nous est faite aujourd’hui de nous recentrer sur Dieu et la richesse surabondante de sa grâce. Dans l’exploration de cet héritage, notre vie prendra un nouveau sens, une nouvelle fécondité. Alors, l’argent, si nous en avons, pourra être au service des œuvres de Dieu qui veut le bonheur de tous ses enfants.
Fr. Raymond Latour, O.P.
PRIÈRE
Tu as voulu, Seigneur Dieu,
que par la grâce de l’adoption filiale,
nous devenions des enfants de lumière;
ne permets pas que nous soyons enveloppés
des ténèbres de l’erreur,
mais accorde-nous d’être toujours rayonnants
dans la splendeur de ta vérité.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
