Prédication, 29ème dimanche du temps ordinaire

18 octobre 2026

Le vrai chemin de Dieu

Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique comment Jésus déjoue encore une fois un piège des autorités religieuses de son temps et les rééduque en remettant les priorités à la bonne place et en les forçant à réellement confronter leur propre relation à Dieu et aux autorités du monde.

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Prédication

Durant les dernières semaines, nous avons entendu plusieurs paraboles en Matthieu : les deux fils, la vigne, la noce. Aujourd’hui, nous avons une controverse, i.e. un débat entre Jésus et des leaders sur des questions morales et religieuses. Deux groupes sont présents. Les pharisiens, mouvement de juifs pieux, cherchent à vivre la fidélité à Dieu par des pratiques encadrant la vie quotidienne ; ils sont réservés face au pouvoir romain. Les hérodiens sont un groupe plus politique, partisans d’Hérode Antipas, qui règne sur la Galilée ; ils sont favorables au pouvoir romain. Ces deux groupes habituellement sont opposés l’un à l’autre.

Mais ici, ils joignent leurs forces pour piéger Jésus. Ils ne veulent pas entrer avec lui dans un vrai débat, mais le coincer. Leur première affirmation, par ailleurs, dit la vérité à propos de Jésus, même si ce n’est qu’une astuce rhétorique : Maître, tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu… Voilà une confession de foi paradoxale !

Leur question relève de l’ordre du permis et du défendu. Elle est très précise dans son approche et demande une réponse claire : oui ou non, est-il permis ? Allez, éclaire-nous. Si Jésus répond oui, il a l’air d’un collaborateur des Romains et le peuple n’aimera pas cela. S’il répond non, il se met dans le trouble du côté de l’autorité romaine. Dans les deux cas, les groupes s’empresseront de le dénoncer. On va t’avoir, petit prophète de Galilée…

Comme il le fait souvent dans les Évangiles, Jésus n’entre pas dans leur logique. Dans son regard sur le monde, il n’est pas un utopiste naïf. Il voit clair et tout de suite situe les choses en vérité : Hypocrites, vous essayez de me piéger ! Il ne leur répond pas par oui ou non, ce qui ferait le jeu de leurs catégories étroites, mais par d’autres questions : Pourquoi ? De qui est cette effigie ? Il met ainsi une distance entre lui et le piège et il insère un temps de réflexion qui change l’enjeu.

Puis sa réponse vient, déroutante : elle n’est pas celle que les pharisiens et hérodiens attendaient. Il les appelle à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jésus situe les choses autrement, non dans la logique du permis-défendu mais dans une perspective plus vaste, où Dieu est à l’horizon, où César est à sa place, où tout ne revient pas au même. Jésus déplace les enjeux et ramène à l’essentiel. Et il renvoie les gens à eux-mêmes, à leur choix personnel et à leur responsabilité. Ils ont eux-mêmes reconnu l’effigie de César. Il conclut par un appel qui les concerne : Vous, rendez à…

Les deux groupes d’opposants sont étonnés ; ils se sont fait prendre à leur propre piège ! Mais ils ont vraiment dit vrai à propos de Jésus au début de leur intervention : Jésus enseigne le vrai chemin de Dieu. Et il le fait non seulement par le contenu de ses enseignements, mais par ses approches, par les démarches qu’il met en œuvre auprès de ses disciples, des foules, d’opposants, d’individus. Sa façon d’accompagner, d’éveiller, d’éduquer, est aussi importante que ce qu’il dit.

Ici, dans ce débat, il nous offre un chemin à suivre pour affronter certaines questions, dans la société, l’Église, nos milieux, et même celles que nous nous posons en dedans de nous. Quand nous lui demandons des réponses claires : oui ou non, qu’est-ce qui est permis et défendu ? Il nous répond alors par de nouvelles questions, pour que nous sortions de notre monde étroit, pour que nous allions plus loin.

Sa Parole nous déroute et nous renvoie à nous-mêmes, à nos choix de vie, à nos responsabilités. Elle resitue nos recherches dans un horizon plus vaste, où Dieu est présent, où Dieu est premier comme nous le rappelle la lecture d’Isaïe. La Parole de Jésus nous fait entrer dans une autre logique, celle du Royaume.

C’est aujourd’hui la Journée mondiale des Missions, célébrée dans toute l’Église. Pour cette mission partagée, l’Évangile nous souligne l’importance de la liberté et d’un discernement vigilant dans notre rapport aux pouvoirs et aux courants de l’opinion.

Mais aussi, le début de la Lettre aux Thessaloniciens, qui est le plus ancien écrit du Nouveau Testament, nous parle de la mission avec pertinence. C’est la lettre d’une équipe et non d’un seul : Paul, Sylvain et Timothée. Dès les débuts, les chrétiens ont compris que le service missionnaire et pastoral se faisait en équipe. Elle nous indique aussi les fruits de la mission, de l’annonce de l’Évangile, car le trio se réjouit de la foi active, de la charité engagée et de l’espérance tenace qui animent cette toute nouvelle communauté. Ils savent voir cette vie nouvelle et ils rendent grâce à Dieu pour ce qui est le plus important dans la vie chrétienne : la foi, l’espérance et la charité.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu veux que tous les hommes soient sauvés
et parviennent à la connaissance de la vérité ;
regarde l’étendue des champs à moissonner,
envoie, nous t’en prions,
des ouvriers pour annoncer l’Évangile à toute créature :
ainsi, ton peuple, rassemblé par la parole de vie
et soutenu par la force des sacrements,
progressera sur le chemin du salut et de la charité.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.