Prédication, vendredi de la 28ème semaine du temps ordinaire

16 octobre 2026

Transcendance et bonté

En cette journée dédiée à Sainte Marguerite d’Youville, sainte Montréalaise qui a marqué l’histoire de la ville, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique comment Jésus tente de changer le paradigme que ses contemporains avaient du Messie glorieux en l’identifiant entièrement aux plus petits et aux plus vulnérables de toute société.

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Prédication

Aujourd’hui, nous fêtons une grande figure qui a marqué Montréal, sa société et son Église, et plus largement encore : Marguerite d’Youville (1701-1771), fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal (Sœurs Grises), première Canadienne canonisée (1990). Jean XXII l’a qualifiée de Mère à la charité universelle. Deux lectures inspirantes sont offertes. Je me concentre sur Matthieu.

L’évangile est très solennel. Il annonce la venue du Fils de l’homme à la fin des temps, dans sa gloire. Il va porter le jugement universel, sur toutes les nations. Il est sur son trône, c’est très imposant. Cela évoque l’icône du Christ pantocrator, qui est exactement cette figure. Mais où rencontrer ce personnage si impressionnant ? On s’attendrait que la suite se passe dans un majestueux palais ou sur quelque nuage transcendant. Or, c’est là le paradoxe de l’Évangile, son renversement des façons courantes de voir. Ce Christ royal se donne à voir non au loin, à distance ou inaccessible, mais au proche, comme un prochain à voir : J’avais faim, j’avais soif, j’étais étranger, nu, malade, prisonnier. Il appelle ces gens, mes frères, mes sœurs. Et il va encore plus loin : il s’identifie à eux. C’est à moi que vous l’avez fait.

Ainsi le visage du Christ royal se rencontre dans l’expérience de l’autre qui est blessé, autrui qui est pauvre de pain, de parole, de communauté, autrui qui est mendiant de sens, d’affection, de beauté, de pardon. Autrui mis à nu dans une chambre de personnes âgées et qui n’est pas visité ; autrui dans une cellule de prison qui se sait pas grand-chose ; autrui, jeune, qui traîne dans un centre d’achats et qui ne sait que faire de la blessure qui l’habite ; autrui qui vit sous les bombes et la peur en tant de pays ; autrui qui est un étranger, un migrant, et ne comprend pas les mille paperasses de notre système. Dans ces visages humains défigurés, le visage de Jésus peut être entrevu, de façon privilégiée. Nous pouvons fermer nos yeux pour ne pas le voir, mais il nous attend au détour d’une rue, d’une image sur l’écran, ou d’une visite d’un proche.

Ce qui est intéressant dans cet évangile, c’est que le jugement final porte non sur des gestes extraordinaires à poser, mais sur des gestes simples. Il porte sur une pratique, ce que vous avez fait, et non seulement sur des grandes idées ou des bons sentiments. Et ces gestes sont accessibles à tout être humain. Comme si l’essentiel d’une vie humaine, au bout du compte, relevait de gestes de bonté et d’attention.

Quel drôle de Messie, ce roi qui n’est pas rencontré dans le très-haut mais le très-bas, qui prend soin de son monde, qui cherche les égarés, et qui montre son visage dans celui de personnes fragiles, comme nous, comme tant de personnes. Matthieu nous invite à faire du ménage dans nos images de Dieu, pour entrer dans une approche religieuse différente, autre, nous renvoyant à une présence transcendante près du quotidien, de la bonté, de la justice, de l’attention aux autres.

Marguerite d’Youville fut un témoin exceptionnel de cette attention aux plus vulnérables et de cette foi au Dieu bon et provident.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu de tendresse et de bonté,
tu as conduit sainte Marguerite d’Youville
sur des chemins qui passaient par la croix
et tu as voulu que sa charité porte secours
aux détresses de son temps ;
accorde-nous l’audace de manifester comme elle ta compassion
et la force de persévérer
jusqu’au jour où tu nous inviteras
à partager la joie de tous les saints.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.