26 avril 2026
Le pasteur et la porte
En ce 4e dimanche de Pâques, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous invite à reconnaître Jésus Christ et sa relation avec nous à travers les images de la porte et du pasteur, afin de nourrir notre méditation et devenir ainsi porte et pasteur pour les autres.
LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (2, 14a.36-41)
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.
« Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. »
Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PIERRE APÔTRE (2, 20b-25)
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.
ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN (10, 1-10)
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Prédication
Aujourd’hui, l’Évangile de Jean nous propose une parole imagée et inspirante qui parle de Jésus lui-même, de qui il est, mais dans sa relation à nous. Le ton est solennel : Amen, Amen, je vous le dis (deux fois : v.1.7), ce qui souligne l’importance de ce qui suit. Deux images, différentes et emmêlées, sont utilisées pour donner accès au mystère de Jésus : il est le pasteur, il est la porte.
La figure du pasteur évoque d’abord la relation personnelle entre Jésus et son disciple. Le pasteur est caractérisé par sa voix, qui appelle chacun et chacune des siens par son nom, voix unique à écouter, à reconnaître, voix qui établit une connaissance et une confiance mutuelles. Ce n’est pas une voix qui aliène, ou qui trompe ; elle est fiable. Elle permet de faire le passage vers l’extérieur, elle fait sortir dehors, au petit matin, après la nuit, dans un espace de liberté, où nous pouvons aller et venir et aussi trouver de quoi nous nourrir.
Cette relation entre le berger et les brebis est faite de confiance, de fiabilité, car ce pasteur est bon. Il n’est pas là pour utiliser les siens à son profit ou les conduire vers la destruction mais pour donner la vie, cette vie au grand air, en plein jour, une vie surabondante. Et dans l’iconographie chrétienne, les premières images de Jésus, dans les fresques et les reliefs antiques, sont celles d’un jeune berger.
Ici, cette figure du pasteur bon est mise en contraste avec d’autres, toujours actuelles, qui n’offrent ni liberté ni nourriture mais aliénation et violence. Voix des brigands qui viennent de nuit. Ces autres voix, nous entendons chaque jour leurs échos dans les médias, voix qui incitent au mépris, à la haine, qui appellent à vivre hors de toute solidarité, chacun pour soi, à nous enfermer dans nos petits mondes et à y rester, sans sortir dehors, prisonniers de nos peurs et de nos ressentiments. Voix qui exaltent les fermetures et fanatismes de toutes sortes. Face à ces voix des brigands, la piste est claire : ne pas les suivre, ne pas les écouter.
L’image de la porte est elle aussi invitante. Elle dit autre chose que celle du pasteur. C’est une porte pour entrer dans un monde de confiance et de liberté, pour y découvrir d’autres qui nous y attendent. Une porte qui est une médiation car nous avons besoin de signes pour nous guider un peu ; nous ne pouvons entrer dans le mystère directement. Une porte ouverte et identifiable, offerte à quiconque cherche et qui lui permet d’éviter l’égarement.
Cette porte donne accès à une nourriture, à un Royaume où la vie est donnée en abondance. Porte qui est celle du Messie, par où entrer dans la ville sainte pour célébrer l’arrivée d’une libération. Porte pour entrer dans un salut et sa dynamique d’espérance.
Les murs sont omniprésents autour de nous, créant des frontières et séparations étanches, fermant l’accès au mystère de l’autre. Mais cette porte qui est quelqu’un, Jésus le vivant, rend possible une libre circulation. Porte de maison, porte de ville, porte du pâturage, porte ouverte et offerte au passant en quête de pain et de rencontre, pour que le passant continue de vivre les passages vers la vie en abondance.
Pasteur et porte, ce sont des figures de Jésus proposées à notre méditation, pour mieux saisir et nourrir notre relation à lui. Mais aussi nous pouvons reprendre ces images pour nous-mêmes, puisque nous sommes le Corps du Christ vivant aujourd’hui, son visage. Comment pouvons-nous être des pasteurs bons, fiables, pasteurs les uns pour les autres et pour tant de gens que nous côtoyons, pasteurs qui aident à passer au grand air, avec confiance, qui cultivent un lien personnel avec les autres, qui donnent accès à une vie en abondance.
Comment pouvons-nous être ces portes ouvertes, portes battantes, qui favorisent l’entrée en d’autres univers, la circulation d’un lieu à l’autre, qui font des brèches dans les murs pour que des rencontres adviennent, …
Dans la première lecture des Actes, des gens entendent la Parole et sont remués en eux-mêmes. Ils se demandent (Ac 2, 37) : Frères, que dévons-nous faire ? Ils entrent dans une dynamique de conversion, avec plusieurs étapes. Et la communauté grandit. Que faire ? Devenir des pasteurs bons, des portes ouvertes, accueillir et soutenir ceux et celles qui sont en chemin avec et vers le Christ. Et rendre grâces au Dieu de la vie en abondance par et pour le berger qui veille sur nous, le gardien de nos âmes (1 P 2, 24-25) : Par ses blessures, nous sommes guéris. Amen.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ;
que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse,
là où son Pasteur est entré victorieux.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
