Prédication, Jeudi Saint, La Cène du Seigneur A

2 avril 2026

Garder la marmite bien chaude !

Ce soir, le frère André Descôteaux, O.P., médite sur les diverses façons de garder vivant le feu d’amour jaillissant du Christ en nous. Faisons mémoire de cet amour, partageons le pain et le vin, gardons bien chaude la marmite de la charité.

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Prédication

Dans toute vie, il y a de ces événements qui marquent une rupture et nous lancent sur un nouveau chemin. Par exemple, certains, certaines d’entre vous, ont peut-être déjà rencontré la personne qui deviendra leur conjoint ou conjointe. La vie s’en trouve complètement bouleversée. Il y a un avant et un après. Si ce n’est pas encore arrivé, ne désespérez pas ! Cela est magnifique. La vie est alors si belle, mais comment garder vivant le souffle de cet amour au fil du temps ? Une anecdote. En 1989, j’ai passé quelques semaines en Chine où je travaillais avec de jeunes professeurs de statistique. J’étais devenu proche d’un d’entre eux. Il m’avait dit que son mariage avait été organisé par ses parents et ceux de son épouse. Pourtant, j’avais remarqué qu’ils étaient très attachés l’un à l’autre. Il parlait toujours de son épouse comme la mère de son fils. Il m’a expliqué. Vous, les Occidentaux, quand vous vous mariez, la marmite est bien chaude. Le problème c’est qu’avec le temps, elle risque de refroidir. Et quelques fois, elle est plutôt frette ! On dirait de la glace ! Alors que pour nous, la marmite, au départ, est froide. Il faut sans cesse mettre du feu pour qu’elle devienne chaude ! Comment garder le souffle de l’amour bien vivant ? Comment cet amour peut-il nourrir une vie malgré l’usure du temps, les enfants, les intérêts professionnels ?

Aujourd’hui, nous célébrons un événement qui a bouleversé non seulement nos vies personnelles, mais aussi l’histoire du monde entier. Il y a eu un avant. Il y a eu un après. Le Christ, comme il le dit, passe de ce monde à son Père pour que nous passions avec lui de ce monde marqué par le mal et la violence, vers le Père et sa vie d’amour et de paix. Comment garder vivant ce feu d’amour jaillissant du Christ ? Comment cet amour peut-il nous rejoindre et toujours bouleverser nos vies ? Comment peut-il y avoir dans nos vies un avant et un après à cause du Christ ? Comment empêcher que la marmite de nos vies se refroidisse, mais qu’elle soit de plus en plus brûlante d’amour ?

Ce soir, Jésus pose deux gestes. Tout d’abord, dans l’évangile de Jean, nous le voyons se lever de table, déposer son vêtement qu’on lui arrachera dans quelques heures et laver les pieds de ses disciples comme le dernier des esclaves. C’est comme s’il disait. « Dans quelques heures, je prendrai la dernière place pour que toi, Pierre, et pour que toute l’humanité avec toi, ayez part à ma vie. Je subirai le châtiment réservé aux esclaves pour vous libérer de l’esclavage du mal et de la mort. On me mettra au plus bas, pour qu’uni à vous dans l’amour, je vous amène au plus haut ! Pour que, comme moi, vous renonciez à l’esprit de domination et vous vous convertissiez à la puissance du service dans l’amour. »

Oui, ce geste de Jésus que nous rappelons année après année est stimulant. Il nous fait prendre conscience de l’amour du Christ pour nous et de son appel à servir comme lui. Mais il n’en reste pas là. C’est l’apôtre Paul qui nous dévoile un autre geste que Jésus a accompli.

Jésus prend du pain, après avoir rendu grâce, il le rompt et le donne en disant « ceci est mon corps, qui est pour vous ». Après le repas, il fait de même avec la coupe qui devient la coupe de la Nouvelle Alliance. Ici, au lieu de s’abaisser comme un esclave, il se donne comme un pain rompu, comme une coupe partagée !

Ce n’est plus un agneau qui est mangé, comme dans le repas de la première alliance ; ce n’est plus le sang d’un agneau qui protège, mais c’est un pain brisé qui est donné et une coupe partagée pour le grand passage, pour la Pâque véritable. Ce pain et cette coupe sont le don irrévocable de la vie de notre Seigneur. En effet, Jésus sait ce qui l’attend, mais sa vie, personne ne peut la lui ôter. Lui seul a le pouvoir de la donner. Et c’est ce qu’il fait ce soir. Quand il mourra demain en croix, il aura déjà tout donné. Entouré de ses disciples qu’il appelle désormais ses amis, sa vie, il l’offre comme un pain qui est rompu pour être distribué et comme un vin qui est versé pour être partagé.

Le signe de l’eucharistie n’est pas qu’une petite hostie plate, mais un morceau de pain rompu, son corps, pour être mangé afin que nous entrions, là où nous sommes, en profonde communion avec lui et qu’avec lui nous vivions sa Pâque. Le signe de l’eucharistie n’est pas qu’une coupe de vin que nous vénérons, c’est la coupe de son sang à laquelle nous buvons, là où nous sommes, pour que la vie nouvelle du Christ circule en nous et nous fasse vivre. Le corps et le sang du Seigneur nous sont donnés en pain et en vin pour que nous les fassions nôtres.

C’est cela faire mémoire de lui, comme il nous ordonne de le faire par deux fois. Il ne s’agit pas de simplement refaire ce geste de Jésus comme le lavement des pieds de ses disciples, mais de nous laisser rejoindre, de nous laisser atteindre, de nous laisser bousculer par cet amour qui nous atteint personnellement, là où nous sommes, quand nous rompons le pain et partageons la coupe comme il nous a dit de le faire. Ainsi, quand nous communions à ce pain rompu et à la coupe partagée, au corps et au sang du Seigneur, nous ne communions pas à un souvenir, ni à un beau geste passé, si touchant soit-il, mais nous communions à l’amour du Christ pour nous, au don de sa vie, pour passer avec lui de la mort à la vie, de la haine à l’amour, de la vengeance au pardon. Sa vie devient notre vie. Son offrande, notre offrande. Son amour, notre amour ! Chaque jour, il y a un avant et un après.

C’est ainsi que la marmite de notre amour pour lui et pour nos frères et sœurs devient de plus en plus chaude et source de la bienveillante chaleur de charité pour tout être humain pour lequel le Christ a donné sa vie. Prenez et mangez ! Prenez et buvez !

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu nous appelles à célébrer la très sainte Cène
où ton Fils unique, avant de se livrer lui-même à la mort,
a remis pour toujours à son Église le sacrifice nouveau,
le repas qui est le sacrement de son amour ;
donne-nous de puiser à ce grand mystère
la charité et la vie en plénitude.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.