22 mars 2026
Crois-tu ?
En ce 5ème dimanche du Carême, le frère André Descôteaux, O.P., nous invite à plonger notre regard de foi dans le Christ pour comprendre la vie nouvelle à laquelle il nous fait participer, car nous sommes des êtres-vers-la-vie-éternelle.
LIVRE DU PROPHÈTE ÉZÉKIEL (37, 12-14)
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple !
Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (8, 8-11)
Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (11, 1-45)
En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre.
Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Prédication
Dans cet évangile, Jésus est confronté non seulement à la mort, mais également à la résignation face à cette dernière qui enferme l’humanité dans la peine et obstrue complètement son avenir. Le grand philosophe allemand Martin Heidegger parlait de l’être humain comme d’un être-vers-la-mort !
La mort semble obscurcir même le regard des disciples de Jésus. Alors que, finalement, Jésus décide de se rendre chez Lazare pour nourrir la confiance de ses disciples en lui et en Dieu, l’apôtre Thomas ne voit que la mort qui se dessine pour Jésus ainsi que pour eux. Arrivé sur les lieux, Jésus ne trouve que tristesse, pleurs, résignations et reproches à peine voilés « si tu avais été là », sous-entendant que tout est fini. La mort marquerait la limite à la puissance de Jésus.
Survient la rencontre de Jésus et de Marthe. Au départ, elle admet que son frère revivra, mais à la fin des temps. Il ne lui vient pas à l’esprit que Jésus pourrait ressusciter Lazare. Finalement, Jésus réussit à faire jaillir chez elle la lumière de la foi. Elle reconnaît en lui « le Christ, le Fils de Dieu », mais il ne vous aura pas échappé qu’elle ne reprend pas les mêmes mots de Jésus qui avait dit « je suis la résurrection et la vie, quiconque croit en moi ne mourra jamais ». D’ailleurs quand Jésus sera devant la tombe de son frère, Marthe essaie de le dissuader de l’ouvrir. « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là » comme si Jésus, le Fils de Dieu, ne pouvait plus rien. Quant à Marie, elle pleure, tout entière à sa peine.
Arrivé au tombeau, nous lisons que Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion. Cette traduction est bien en deçà du grec. Le verbe employé par l’évangéliste signifie « gronder de colère, s’irriter », ou encore « s’indigner ». Jésus est en fait gagné par une profonde irritation face à la mort, mais aussi face à ce manque de foi qui l’entoure. Comment peut-on se résigner face à la mort en sa présence ? Un commentateur sérieux écrit que « Jésus est révolté intérieurement de voir Marie et les judéens pleurer, parce que toutes ces lamentations n’ont pas de raison d’être en présence de celui qui vient de se dire résurrection et vie ». Pourquoi ce manque de foi alors qu’à deux reprises il est dit, dans ce récit, que « Dieu peut lui accorder tout ce qu’il demande » et encore « N’est-il pas celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ? ».
Après avoir prié pour éveiller la foi des assistants, Jésus crie d’une voix forte : « Lazare dehors ! » Suit immédiatement un autre ordre : que ceux qui ont paralysé Lazare dans la mort avec des bandelettes le libèrent de ces liens !
Se trouve réalisée de manière suréminente la prophétie d’Ézéchiel. « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter ». Non seulement le peuple en exil revivra, mais Dieu le fera remonter comme il avait fait remonter son peuple à la suite de Moïse lorsqu’il avait traversé la Mer Rouge. Comme alors, Dieu fera du neuf avec le peuple de l’exil. Ainsi, le Christ fera du neuf.
Enlevez à Lazare ses bandelettes. Laissez-le aller ! Laissez-le vivre ! Nous aurions sans doute aimé entendre Lazare dire quelques mots sur son expérience de ces quatre jours passés au séjour des morts. Heureusement, l’évangéliste ne le fait pas parler. Parce qu’on s’en fout ! Ce qu’a vécu Lazare n’a rien à voir avec la vie nouvelle qu’apporte le Christ. En fait, Lazare n’a été que réanimé, c’est déjà pas mal, je l’admets. Mais Lazare fera à nouveau l’expérience de la mort. La résurrection réalisée par le Christ ne consiste pas en la reprise de ce qu’est notre vie ou à l’ajout d’une période supplémentaire comme dans un match de hockey. C’est une vie nouvelle, la vie éternelle, non seulement en durée, mais surtout en plénitude parce que participante à la vie même de Dieu grâce à l’Esprit.
Mais pour nous donner la vie, le Christ devra donner la sienne. Ce soir, il frémit devant le tombeau ouvert. Dans quelques jours, il frémira quand le moment de sa mort approchera, mais il l’affrontera courageusement s’en remettant à son Père dans la confiance et l’amour. Le tombeau ne pourra retenir le Fils bien-aimé, celui que le Père a envoyé pour être la résurrection et la vie ! Il en sortira vivant et glorieux ! Et avec lui, nous surgirons du tombeau, libres comme lui, sans bandelettes et, avec lui, nous remonterons vers le Père !
Certes, dans nos existences, nous sommes toujours confrontés aux mille visages de la mort : mort étalée dans les médias, souvent sous la forme de massacres horribles ou de terribles guerres, mort de nos proches et dureté de leur absence. À tout âge, il y a aussi toutes ces morts qui brisent nos élans et peuvent nous paralyser : échecs, ruptures, trahisons, épreuves. Mais ce soir, le Seigneur nous demande comme à Marthe : crois-tu que je suis la résurrection et la vie ? Attention à notre réponse, car Jésus est le vainqueur non seulement de la mort physique, mais de la mort de l’espérance, de cette terrible résignation devant la fatalité de la mort. Dehors ! Sors ! Finies les bandelettes ! L’être humain n’est pas un être-vers-la-mort, mais un être-vers-la-vie !
Déjà, la vie nouvelle du Christ germe en nous. Car comme le dit Paul « l’Esprit de Dieu habite déjà en nous » ! Déliés de nos bandelettes, de nos peurs de vivre, de nos inerties, nous pouvons marcher, plus confiants et affermis, pour affronter les morts multiples et faire sortir des tombeaux ceux et celles qui y sont enfermés y compris nous-mêmes.
Croire au Christ ressuscité, malgré la mort encore présente avec son cortège de souffrance, c’est marcher à sa suite, en apprenant de lui à vaincre la mort comme il l’a fait, dans l’abandon au Père et le courage de l’amour. Croire au Christ ressuscité c’est également communier à son corps livré pour nous et à son sang versé pour notre vie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Dieu par qui tout existe,
tu ne laisses pas mourir en nous
la vie que tu nous offres.
À l’appel de ton Fils,
fais-nous sortir des tombeaux
où nous enferme le péché.
Rends-nous à ta lumière éclatante,
Dieu vivant pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
