19 mars 2026
Savoir gérer...
Aujourd’hui, à l’occasion de la fête de saint Joseph, époux de Marie, le frère Raymond Latour, O.P., nous invite à le prendre en exemple et à invoquer son intercession dans les moments difficiles, tendus, stressants, lui qui fut un piler sûr pour sa famille malgré les mystères qui l’entouraient.
DEUXIÈME LIVRE DE SAMUEL (7, 4-5a.12-14a.16)
Cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée au prophète Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (4, 13.16-18.22)
Frères, ce n’est pas en vertu de la Loi que la promesse de recevoir le monde en héritage a été faite à Abraham et à sa descendance, mais en vertu de la justice obtenue par la foi. Voilà pourquoi on devient héritier par la foi : c’est une grâce, et la promesse demeure ferme pour tous les descendants d’Abraham, non pour ceux qui se rattachent à la Loi seulement, mais pour ceux qui se rattachent aussi à la foi d’Abraham, lui qui est notre père à tous.
C’est bien ce qui est écrit : J’ai fait de toi le père d’un grand nombre de nations. Il est notre père devant Dieu en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Espérant contre toute espérance, il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations, selon cette parole : Telle sera la descendance que tu auras ! Et voilà pourquoi il lui fut accordé d’être juste.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (2, 41-51a)
Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.
À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis.
Prédication
Il y a une expression qui revient souvent dans les conversations. Les gens parlent de « gérer » une situation, « gérer » un conflit ou simplement « gérer » son quotidien par exemple gérer le partage travail-famille. Cela donne l’impression que tout est devenu compliqué, qu’il nous faut jongler avec quantité d’éléments, s’adapter à de fréquents changements. Cela va de l’augmentation des prix des aliments et du coût de l’essence jusqu’à des bouleversements de société et l’émergence de nouvelles valeurs. Les défis à gérer ne manquent pas. La vie n’est plus un long fleuve tranquille. Il faut « gérer » une vie constamment en tension. Joseph que nous célébrons aujourd’hui aurait beaucoup à nous apprendre sur ce thème, lui qui a été confronté à une réalité que l’imagination n’aurait pu inventer.
Joseph, bon père de famille, a bien su gérer ces différents épisodes que les Évangiles de l’enfance nous rapportent. Celui d’aujourd’hui nous le présente comme partageant l’inquiétude de Marie lors de l’escapade de Jésus au Temple : « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Joseph apparaît comme un homme moderne, capable de prendre sa part de charge émotive dans une situation inquiétante. Joseph, l’homme sans parole, avait certainement exprimé de quelque façon le souci que lui causait la disparition de Jésus. Marie a compris qu’il était bien avec elle, non seulement dans la recherche mais dans son angoisse parentale. Tous deux ont la garde de l’enfant. Tous deux ont eu à « gérer » ce moment douloureux, trois jours qui leur ont sans doute paru comme une éternité. Trois jours pendant lesquels ils ne vivaient plus. Jésus retrouvé, ils sont comme revenus à la vie.
Nous aussi, nous « revivons » lorsque nous retrouvons la présence du Christ lorsqu’il nous arrive de perdre nos repères, de ne plus trop savoir où nous en sommes, lorsque le contrôle de nos vies nous échappe et que nous n’arrivons plus « à gérer ».
La fête de saint Joseph nous arrive avec un bel à-propos, lui que nous invoquons comme notre protecteur. Avec son attitude de calme, son sens de la décision, son ouverture au dessein de salut de Dieu, Joseph, l’homme juste pourrait être notre modèle en ces temps incertains.
Il nous faudra une sagesse semblable à la sienne. Il nous faudra une attention semblable à la sienne, pour être ensemble protecteurs de nos frères et sœurs.
Joseph n’avait aucune prise sur des réalités qui le dépassaient infiniment. Dieu s’est introduit dans sa vie dans une relation qui l’a constituée en « homme juste ». Son histoire, son cheminement ne nous est pas connu. Mais qu’il ait reçu la prédilection de Marie en dit déjà assez long sur ses vertus. Comme le laissait entendre le thème de la neuvaine à saint Joseph, il était capable d’ouverture à « l’inattendu de Dieu », acceptant de vivre dans l’obéissance des événements déroutants. Son appartenance au peuple de Dieu avait éduqué son oreille et son cœur, un long entraînement.
Joseph était membre du peuple des pauvres qui, au quotidien, apprenait la distance qui le séparait des riches et des puissants. Dans cet écart avec ce qui faisait la force des autres, Joseph et les siens découvraient la proximité de Dieu. Il a fait l’expérience de la fidélité de Dieu, même si elle s’est traduite par une grande instabilité dans son existence. Cette conviction de foi en l’amour de Dieu qui est de toujours lui a permis d’aller là où d’autres n’auraient pu avancer.
Joseph a su se laisser déborder complètement par le Dieu de l’Alliance, au point où un jour, il lui a fallu accueillir cette parole déroutante : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ». Jésus, tout aux affaires de son Père, rappelait à ses parents que, en bout de piste, c’est Dieu qui gère. Mais Joseph aura été un merveilleux intendant.
C’est cela être juste, attendre tout de Dieu, comme Joseph. Accepter que Dieu attende tout de vous, comme Joseph.
Et comme lui, en bons intendants de la grâce, nous serons engagés dans ce mystère de proximité. Il se peut que Dieu s’insère dans nos rêves pour nous accorder à cette réalité…
Fr. Raymond Latour, O.P.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant,
à l’aube des temps nouveaux,
tu as confié au bienheureux Joseph
la garde des mystères du salut ;
accorde maintenant à ton Église, soutenue par sa prière,
de veiller toujours sur leur achèvement.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
