15 mars 2026
Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., à l’image de l’aveugle qui voit d’abord puis cherche et apprend à croire en celui qui l’a guérit, nous invite à chercher sans cesse et avec honnêteté le Christ, sans tomber dans le piège de ceux qui sont convaincus de savoir.
PREMIER LIVRE DE SAMUEL (16, 1b.6-7.10-13a)
En ces jours-là, le Seigneur dit à Samuel : « Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! Je t’envoie auprès de Jessé de Bethléem, car j’ai vu parmi ses fils mon roi. »
Lorsqu’ils arrivèrent et que Samuel aperçut Éliab, il se dit : « Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur ! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. » Alors Samuel dit à Jessé : « N’as-tu pas d’autres garçons ? » Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. » Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. » Jessé le fit donc venir : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « Lève-toi, donne-lui l’onction : c’est lui ! » Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ÉPHÉSIENS (5, 8-14)
Frères, autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière, et tout ce qui devient manifeste est lumière.
C’est pourquoi l’on dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (9, 1-41)
En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »
Prédication
Je suis très impressionné par l’aveugle-né qui, guéri par Jésus, découvre petit à petit, en étant honnête avec lui-même, qui est ce Jésus. Quelle démarche ! Quelle probité ! Lui, il n’a rien demandé, même pas d’être guéri de sa cécité. C’est Jésus qui, de sa propre initiative, applique sur ses yeux de la boue et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait (v. 7). Il a écouté Jésus ; il a obéi ; il est guéri. C’est alors que va commencer la longue discussion au sujet de l’aveugle guéri, et, surtout, au sujet de ce Jésus qui a guéri l’aveugle, aboutissant à ce que Jésus appelle le jugement.
Une fois guéri, l’aveugle raconte à son entourage ce qui lui est arrivé. Rien de plus, rien de moins. Il sera honnête sur l’identité de celui qui l’a guéri, il dit simplement ne pas le connaître. Il n’est que cet homme qu’on appelle Jésus. Évidemment, il se retrouve devant les pharisiens. Il raconte encore son histoire. Ils ne sont pas d’accord entre eux. Les uns sont certains : « il ne vient pas de Dieu, car il ne respecte pas le sabbat » ; les autres sont interrogatifs : « comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? ». Leur débat enclenche le questionnement de l’aveugle. Il commence à voir un peu plus clair : il se dit que Jésus doit être un prophète.
Pour une seconde fois, il est convoqué par les pharisiens. Alors que ses parents ne veulent pas s’en mêler, car ils ont peur, lui n’hésite pas à poser la bonne question à ses interlocuteurs : comment un homme qui ne viendrait pas de Dieu aurait pu lui avoir ouvert les yeux ? Il se montre même ironique : « Voulez-vous devenir vous aussi ses disciples ? » La coupe est pleine. Insultés, ils s’indignent. Ils le jettent dehors. Eux, ils savent. Ne sont-ils pas les disciples de Moïse et ses interprètes patentés ? Cause entendue !
C’est alors que l’aveugle guéri rencontre celui dont tout le monde parle, mais qui est le grand absent du récit : Jésus, lui-même. Ignorant où il se trouve, c’est Jésus qui le trouve et l’interpelle. Il lui pose la question décisive : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il reconnaît alors en lui son Seigneur et confesse sa foi en se prosternant. Maintenant, il voit ! Son illumination est totale. Alors que la confiance l’avait conduit à Siloé où il avait trouvé la vue, ses yeux se sont ouverts peu à peu sur la réalité cachée de Jésus, jusqu’à reconnaître en lui le Seigneur, celui qui a le pouvoir de recréer l’être humain et de l’appeler à la lumière.
Vous aurez remarqué que sa découverte du Christ n’est pas advenue subitement, d’un seul coup. Au contraire, celle-ci est survenue, grâce à l’intervention de Jésus, mais aussi grâce au long cheminement dans lequel il s’est engagé. Après sa guérison, il s’est interrogé. Il a été confronté à différentes opinions. Il a tenu bon, malgré l’adversité, dans son honnêteté et son questionnement. Maintenant, il croit !
Nous sommes bien loin de l’attitude des malheureux pharisiens de l’évangile. Ils font le chemin inverse. Au départ, ils sont étonnés. Ils s’interrogent. Ils discutent entre eux. Après avoir rencontré les parents, qui ont peur d’eux, ils ne peuvent nier le fait de la guérison. Lors de leur deuxième rencontre avec l’aveugle guéri, ils font pression sur lui en lui assénant leur savoir. Ils sont convaincus : le guérisseur ne peut être qu’un pécheur. Eux sont les véritables disciples de Moïse. Ils savent. Tout est dit ! Ils savent ! Dehors ceux qui ne pensent pas comme eux ! Quelle terrible et pénible régression ! Comme s’ils devenaient de plus en plus aveugles alors que l’aveugle devient de plus en plus voyant, s’enfonçant toujours davantage dans les ténèbres alors que celui-ci émerge de plus en plus à la lumière ! « Rivés à leur passé, si grand soit-il – c’est Moïse tout de même ! – ils sont incapables de s’ouvrir à la nouveauté de Jésus, de se laisser mener plus loin par lui sur le chemin de la connaissance de Dieu. Ils le refusent ainsi que la main qui leur est tendue par l’ancien aveugle. (André Wénin) »
Jésus en tirera la conclusion. « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ». Terrible jugement, mais tel est le sort de l’être humain qui s’enferme dans son petit monde de croyances.
Frères et sœurs. N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de la nouveauté et de nous laisser interroger par notre époque. Chaque génération comporte ses défis. N’ayons pas peur de chercher honnêtement en relisant les Écritures. L’Église est appelée, d’âge en âge, à redécouvrir le Christ pour illuminer le monde de sa présence. Ne nous enfermons pas dans nos interprétations. Ne nous emmurons pas dans nos positions en excluant. C’est la meilleure façon d’être infidèles à celui que nous prétendons connaître. Nous sommes alors des aveugles qui croient voir et tout savoir !
Comme l’aveugle qui, après avoir été guéri par le Christ, soyons toujours en marche, dans l’honnêteté et la confiance que le Christ est notre lumière. Nous avons notre bout de chemin à faire. Il est avec nous ! Ayons l’humilité et le courage, comme disait Augustin, de « chercher pour trouver, et de chercher encore une fois que nous l’aurons trouvé ».
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
par ton Verbe incarné,
tu as merveilleusement réconcilié avec toi le genre humain ;
accorde au peuple chrétien de se hâter avec un amour généreux
et une foi ardente au-devant des fêtes pascales qui approchent.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
