Prédication, 4e dimanche du Carême A

15 mars 2026

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !

Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., à l’image de l’aveugle qui voit d’abord puis cherche et apprend à croire en celui qui l’a guérit, nous invite à chercher sans cesse et avec honnêteté le Christ, sans tomber dans le piège de ceux qui sont convaincus de savoir.

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Prédication

Je suis très impressionné par l’aveugle-né qui, guéri par Jésus, découvre petit à petit, en étant honnête avec lui-même, qui est ce Jésus. Quelle démarche ! Quelle probité ! Lui, il n’a rien demandé, même pas d’être guéri de sa cécité. C’est Jésus qui, de sa propre initiative, applique sur ses yeux de la boue et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait (v. 7). Il a écouté Jésus ; il a obéi ; il est guéri. C’est alors que va commencer la longue discussion au sujet de l’aveugle guéri, et, surtout, au sujet de ce Jésus qui a guéri l’aveugle, aboutissant à ce que Jésus appelle le jugement.

Une fois guéri, l’aveugle raconte à son entourage ce qui lui est arrivé. Rien de plus, rien de moins. Il sera honnête sur l’identité de celui qui l’a guéri, il dit simplement ne pas le connaître. Il n’est que cet homme qu’on appelle Jésus. Évidemment, il se retrouve devant les pharisiens. Il raconte encore son histoire. Ils ne sont pas d’accord entre eux. Les uns sont certains : « il ne vient pas de Dieu, car il ne respecte pas le sabbat » ; les autres sont interrogatifs : « comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? ». Leur débat enclenche le questionnement de l’aveugle. Il commence à voir un peu plus clair : il se dit que Jésus doit être un prophète.

Pour une seconde fois, il est convoqué par les pharisiens. Alors que ses parents ne veulent pas s’en mêler, car ils ont peur, lui n’hésite pas à poser la bonne question à ses interlocuteurs : comment un homme qui ne viendrait pas de Dieu aurait pu lui avoir ouvert les yeux ? Il se montre même ironique : « Voulez-vous devenir vous aussi ses disciples ? » La coupe est pleine. Insultés, ils s’indignent. Ils le jettent dehors. Eux, ils savent. Ne sont-ils pas les disciples de Moïse et ses interprètes patentés ? Cause entendue !

C’est alors que l’aveugle guéri rencontre celui dont tout le monde parle, mais qui est le grand absent du récit : Jésus, lui-même. Ignorant où il se trouve, c’est Jésus qui le trouve et l’interpelle. Il lui pose la question décisive : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il reconnaît alors en lui son Seigneur et confesse sa foi en se prosternant. Maintenant, il voit ! Son illumination est totale. Alors que la confiance l’avait conduit à Siloé où il avait trouvé la vue, ses yeux se sont ouverts peu à peu sur la réalité cachée de Jésus, jusqu’à reconnaître en lui le Seigneur, celui qui a le pouvoir de recréer l’être humain et de l’appeler à la lumière.

Vous aurez remarqué que sa découverte du Christ n’est pas advenue subitement, d’un seul coup. Au contraire, celle-ci est survenue, grâce à l’intervention de Jésus, mais aussi grâce au long cheminement dans lequel il s’est engagé. Après sa guérison, il s’est interrogé. Il a été confronté à différentes opinions. Il a tenu bon, malgré l’adversité, dans son honnêteté et son questionnement. Maintenant, il croit !

Nous sommes bien loin de l’attitude des malheureux pharisiens de l’évangile. Ils font le chemin inverse. Au départ, ils sont étonnés. Ils s’interrogent. Ils discutent entre eux. Après avoir rencontré les parents, qui ont peur d’eux, ils ne peuvent nier le fait de la guérison. Lors de leur deuxième rencontre avec l’aveugle guéri, ils font pression sur lui en lui assénant leur savoir. Ils sont convaincus : le guérisseur ne peut être qu’un pécheur. Eux sont les véritables disciples de Moïse. Ils savent. Tout est dit ! Ils savent ! Dehors ceux qui ne pensent pas comme eux ! Quelle terrible et pénible régression ! Comme s’ils devenaient de plus en plus aveugles alors que l’aveugle devient de plus en plus voyant, s’enfonçant toujours davantage dans les ténèbres alors que celui-ci émerge de plus en plus à la lumière ! « Rivés à leur passé, si grand soit-il – c’est Moïse tout de même ! – ils sont incapables de s’ouvrir à la nouveauté de Jésus, de se laisser mener plus loin par lui sur le chemin de la connaissance de Dieu. Ils le refusent ainsi que la main qui leur est tendue par l’ancien aveugle. (André Wénin) »

Jésus en tirera la conclusion. « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ». Terrible jugement, mais tel est le sort de l’être humain qui s’enferme dans son petit monde de croyances.

Frères et sœurs. N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de la nouveauté et de nous laisser interroger par notre époque. Chaque génération comporte ses défis. N’ayons pas peur de chercher honnêtement en relisant les Écritures. L’Église est appelée, d’âge en âge, à redécouvrir le Christ pour illuminer le monde de sa présence. Ne nous enfermons pas dans nos interprétations. Ne nous emmurons pas dans nos positions en excluant. C’est la meilleure façon d’être infidèles à celui que nous prétendons connaître. Nous sommes alors des aveugles qui croient voir et tout savoir !

Comme l’aveugle qui, après avoir été guéri par le Christ, soyons toujours en marche, dans l’honnêteté et la confiance que le Christ est notre lumière. Nous avons notre bout de chemin à faire. Il est avec nous ! Ayons l’humilité et le courage, comme disait Augustin, de « chercher pour trouver, et de chercher encore une fois que nous l’aurons trouvé ».

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
par ton Verbe incarné,
tu as merveilleusement réconcilié avec toi le genre humain ;
accorde au peuple chrétien de se hâter avec un amour généreux
et une foi ardente au-devant des fêtes pascales qui approchent.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.