Prédication, 5e mardi du temps ordinaire A

10 février 2026

Le premier temple, c'est l'autre !

Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous rappelle que, malgré notre affection envers nos lieux de culte et notre patrimoine religieux, même Salomon et Jésus avaient compris que le temple qui importe réellement à Dieu n’est pas un édifice de matériaux inertes…

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Prédication

Un de mes rêves est de visiter la cathédrale Notre-Dame-de-Paris restaurée. J’ai toujours aimé cette église. Chaque fois que je passais par Paris, j’y allais. Et il y a eu ce terrible incendie où elle a failli disparaître. Il y a aussi toutes ces magnifiques églises que les chrétiens et chrétiennes ont édifiées au long des siècles. Quelques-uns d’entre nous ont même franchi les portes des quatre basiliques de Rome à l’occasion de l’année jubilaire qui vient de se terminer. Il y a aussi toutes ces églises au Québec que nous voyons disparaître ou affectées à un autre usage à cause de leur non-fréquentation. Certains déplorent la disparition de notre patrimoine religieux. Tous ces lieux peuvent être très significatifs.

L’Écriture, toutefois, présente une lecture contrastée de l’importance des édifices religieux, en particulier du Temple. Comme le relate la première lecture, on peut comprendre la fierté du roi Salomon au moment de sa consécration. Enfin, il réalise le rêve de son père David. Néanmoins, il reconnaît que, si les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent contenir le Seigneur, le Dieu d’Israël, cette maison qu’il a bâtie peut encore moins le faire !

Au psaume 49, on peut lire :

Il convoque les hauteurs des cieux et la terre au jugement de son peuple :
« Assemblez, devant moi, mes fidèles, eux qui scellent d’un sacrifice mon alliance. »
« Écoute, mon peuple, je parle ; Israël, je te prends à témoin.
Moi, Dieu, je suis ton Dieu !
« Je ne t’accuse pas pour tes sacrifices ; tes holocaustes sont toujours devant moi.
« Tout le gibier des forêts m’appartient et le bétail des hauts pâturages.
Je connais tous les oiseaux des montagnes ; les bêtes des champs sont à moi.
« Si j’ai faim, irai-je te le dire ? Le monde et sa richesse m’appartiennent.
Vais-je manger la chair des taureaux et boire le sang des béliers ?
« Offre à Dieu le sacrifice d’action de grâce, accomplis tes vœux envers le Très-Haut.
Invoque-moi au jour de détresse : je te délivrerai, et tu me rendras gloire. »

Dieu, par la parole du psalmiste, refroidit les ardeurs de ses fidèles. L’attitude intérieure est première. Jésus, dans l’Évangile, va plus loin en reprenant les reproches formulés par les prophètes contre le culte pratiqué par Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ». Jésus ne critique pas le culte en soi, mais la manière avec laquelle il est pratiqué.

Quelques fois, le croyant s’impose de lourds fardeaux pour plaire à Dieu. Mais plaît-il vraiment à Dieu ? Ou, plus ou moins consciemment, cherche-t-il à se plaire à lui-même ou à se justifier devant Dieu ?

Il me semble que saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople (IVe siècle) nous ramène à l’essentiel lorsqu’il commente l’évangile du jugement dernier (Mt 25, 31-46) : « Commence par rassasier l’affamé et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel. Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas un verre d’eau fraîche ? Et à quoi bon revêtir la table du Christ de voiles d’or, si tu ne lui donnes pas la couverture qui lui est nécessaire ? Qu’y gagnes-tu ? Dis-moi donc : si tu vois le Christ manquer de la nourriture indispensable, et que tu l’abandonnes pour recouvrir l’autel d’un revêtement précieux, est-ce qu’il va-t’en savoir gré ? Est-ce qu’il ne va pas plutôt s’en indigner ? Ou encore, tu vois le Christ couvert de haillons, gelant de froid, tu négliges de lui donner un manteau, mais tu lui élèves des colonnes d’or dans l’église en disant que tu fais cela pour l’honorer. Ne va-t-il pas dire que tu te moques de lui ? […] Par conséquent, lorsque tu ornes l’église, n’oublie pas ton frère en détresse, car ce temple-là a plus de valeur que l’autre. »

Il ne s’agit pas de ne pas aimer nos temples, nos églises, de ne pas y être attachés ni de ne pas en être fiers, mais de se rappeler que, pour nous disciples du Christ, le premier temple c’est l’autre !

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

En célébrant la mémoire de la bienheureuse vierge Scholastique,
Seigneur, nous te prions :
fais qu’à son exemple,
nous te servions avec une charité sans faille
et que nous obtenions avec bonheur les bienfaits de ton amour.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.