10 février 2026
Le premier temple, c'est l'autre !
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous rappelle que, malgré notre affection envers nos lieux de culte et notre patrimoine religieux, même Salomon et Jésus avaient compris que le temple qui importe réellement à Dieu n’est pas un édifice de matériaux inertes…
PREMIER LIVRE DES ROIS (8, 22-23.27-30)
En ces jours-là, lors de la consécration du Temple, Salomon se plaça devant l’autel du Seigneur, en face de toute l’assemblée d’Israël ; il étendit les mains vers le ciel et fit cette prière : « Seigneur, Dieu d’Israël, il n’y a pas de Dieu comme toi, ni là-haut dans les cieux, ni sur la terre ici-bas ; car tu gardes ton Alliance et ta fidélité envers tes serviteurs, quand ils marchent devant toi de tout leur cœur. Est-ce que, vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie !
« Sois attentif à la prière et à la supplication de ton serviteur. Écoute, Seigneur mon Dieu, la prière et le cri qu’il lance aujourd’hui vers toi. Que tes yeux soient ouverts nuit et jour sur cette Maison, sur ce lieu dont tu as dit : “C’est ici que sera mon nom.” Écoute donc la prière que ton serviteur fera en ce lieu. Écoute la supplication de ton serviteur et de ton peuple Israël, lorsqu’ils prieront en ce lieu. Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (7, 1-13)
En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Il leur disait encore : « Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition. En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère. Et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort. Mais vous, vous dites : Supposons qu’un homme déclare à son père ou à sa mère : “Les ressources qui m’auraient permis de t’aider sont korbane, c’est-à-dire don réservé à Dieu”, alors vous ne l’autorisez plus à faire quoi que ce soit pour son père ou sa mère ; vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. »
Prédication
Un de mes rêves est de visiter la cathédrale Notre-Dame-de-Paris restaurée. J’ai toujours aimé cette église. Chaque fois que je passais par Paris, j’y allais. Et il y a eu ce terrible incendie où elle a failli disparaître. Il y a aussi toutes ces magnifiques églises que les chrétiens et chrétiennes ont édifiées au long des siècles. Quelques-uns d’entre nous ont même franchi les portes des quatre basiliques de Rome à l’occasion de l’année jubilaire qui vient de se terminer. Il y a aussi toutes ces églises au Québec que nous voyons disparaître ou affectées à un autre usage à cause de leur non-fréquentation. Certains déplorent la disparition de notre patrimoine religieux. Tous ces lieux peuvent être très significatifs.
L’Écriture, toutefois, présente une lecture contrastée de l’importance des édifices religieux, en particulier du Temple. Comme le relate la première lecture, on peut comprendre la fierté du roi Salomon au moment de sa consécration. Enfin, il réalise le rêve de son père David. Néanmoins, il reconnaît que, si les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent contenir le Seigneur, le Dieu d’Israël, cette maison qu’il a bâtie peut encore moins le faire !
Au psaume 49, on peut lire :
Il convoque les hauteurs des cieux et la terre au jugement de son peuple :
« Assemblez, devant moi, mes fidèles, eux qui scellent d’un sacrifice mon alliance. »
« Écoute, mon peuple, je parle ; Israël, je te prends à témoin.
Moi, Dieu, je suis ton Dieu !
« Je ne t’accuse pas pour tes sacrifices ; tes holocaustes sont toujours devant moi.
« Tout le gibier des forêts m’appartient et le bétail des hauts pâturages.
Je connais tous les oiseaux des montagnes ; les bêtes des champs sont à moi.
« Si j’ai faim, irai-je te le dire ? Le monde et sa richesse m’appartiennent.
Vais-je manger la chair des taureaux et boire le sang des béliers ?
« Offre à Dieu le sacrifice d’action de grâce, accomplis tes vœux envers le Très-Haut.
Invoque-moi au jour de détresse : je te délivrerai, et tu me rendras gloire. »
Dieu, par la parole du psalmiste, refroidit les ardeurs de ses fidèles. L’attitude intérieure est première. Jésus, dans l’Évangile, va plus loin en reprenant les reproches formulés par les prophètes contre le culte pratiqué par Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ». Jésus ne critique pas le culte en soi, mais la manière avec laquelle il est pratiqué.
Quelques fois, le croyant s’impose de lourds fardeaux pour plaire à Dieu. Mais plaît-il vraiment à Dieu ? Ou, plus ou moins consciemment, cherche-t-il à se plaire à lui-même ou à se justifier devant Dieu ?
Il me semble que saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople (IVe siècle) nous ramène à l’essentiel lorsqu’il commente l’évangile du jugement dernier (Mt 25, 31-46) : « Commence par rassasier l’affamé et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel. Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas un verre d’eau fraîche ? Et à quoi bon revêtir la table du Christ de voiles d’or, si tu ne lui donnes pas la couverture qui lui est nécessaire ? Qu’y gagnes-tu ? Dis-moi donc : si tu vois le Christ manquer de la nourriture indispensable, et que tu l’abandonnes pour recouvrir l’autel d’un revêtement précieux, est-ce qu’il va-t’en savoir gré ? Est-ce qu’il ne va pas plutôt s’en indigner ? Ou encore, tu vois le Christ couvert de haillons, gelant de froid, tu négliges de lui donner un manteau, mais tu lui élèves des colonnes d’or dans l’église en disant que tu fais cela pour l’honorer. Ne va-t-il pas dire que tu te moques de lui ? […] Par conséquent, lorsque tu ornes l’église, n’oublie pas ton frère en détresse, car ce temple-là a plus de valeur que l’autre. »
Il ne s’agit pas de ne pas aimer nos temples, nos églises, de ne pas y être attachés ni de ne pas en être fiers, mais de se rappeler que, pour nous disciples du Christ, le premier temple c’est l’autre !
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
En célébrant la mémoire de la bienheureuse vierge Scholastique,
Seigneur, nous te prions :
fais qu’à son exemple,
nous te servions avec une charité sans faille
et que nous obtenions avec bonheur les bienfaits de ton amour.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
