24 avril 2026
Pain de vie qui étonne encore
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous exhorte à plonger dans le discours de Jésus afin de croire que celui-ci est et sera pour toujours le pain pour la vie éternelle et nous invite à identifier le sens sacramentel de l’Eucharistie.
LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (9, 1-20)
En ces jours-là, Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem.
Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté. Il fut précipité à terre ; il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » Il demanda : « Qui es-tu, Seigneur ? » La voix répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. » Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne.
Saul se releva de terre et, bien qu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas. Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire.
Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. Dans une vision, le Seigneur lui dit : « Ananie ! » Il répondit : « Me voici, Seigneur. » Le Seigneur reprit : « Lève-toi, va dans la rue appelée rue Droite, chez Jude : tu demanderas un homme de Tarse nommé Saul. Il est en prière, et il a eu cette vision : un homme, du nom d’Ananie, entrait et lui imposait les mains pour lui rendre la vue. »
Ananie répondit : « Seigneur, j’ai beaucoup entendu parler de cet homme, et de tout le mal qu’il a fait subir à tes fidèles à Jérusalem. Il est ici, après avoir reçu de la part des grands prêtres le pouvoir d’enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom. » Mais le Seigneur lui dit : « Va ! car cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d’Israël. Et moi, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom. »
Ananie partit donc et entra dans la maison. Il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, celui qui m’a envoyé, c’est le Seigneur, c’est Jésus qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais. Ainsi, tu vas retrouver la vue, et tu seras rempli d’Esprit Saint. » Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue.
Il se leva, puis il fut baptisé. Alors il prit de la nourriture et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours à Damas avec les disciples et, sans plus attendre, il proclamait Jésus dans les synagogues, affirmant que celui-ci est le Fils de Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (6, 52-59)
En ce temps-là, les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
« En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
« Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Voilà ce que Jésus a dit alors qu’il enseignait à la synagogue de Capharnaüm.
Prédication
Cet évangile de Jean nous propose une réflexion à haute densité théologique. Ces paroles viennent à la fin d’un long discours de Jésus autour du pain vivant et de la manne du désert, de la vie éternelle et de la résurrection, sans compter le lien au Père. Le tout faisant suite aux récits des pains multipliés. L’enjeu fondamental en ce discours est celui de croire en Jésus Christ, pain de vie pour la vie éternelle. Et juste après la fin du discours, et cela est plein de sens, plusieurs disciples de Jésus vont décider de le quitter (6,60-66). Ils ne peuvent plus le suivre, ils sont choqués. Finalement, ils ne peuvent croire en lui.
Quelle dimension de l’eucharistie cette réflexion fait-elle ressortir? Encore aujourd’hui, elle peut être source d’étonnement et de choc (v.52). Nous sommes habitués d’entendre ces textes anciens, avec leurs images fortes (manger ma chair, mon sang est vraie boisson, ressusciter au dernier jour…). Nous sommes souvent blindés et routiniers face à ces paroles. Ou cela nous semble trop mystérieux pour y porter une véritable attention. Il y a là pourtant des mots très simples et fondamentaux, qui parlent de Jésus et de notre lien à lui : pain, don, vie; manger, boire; demeurer, vivre…. C’est de cela dont nos existences sont faites. Des réalités premières mais profondes, où se disent nos faims et soifs, notre quête d’une vie vraie, sans fin.
Mais il importe de saisir qu’il s’agit ici d’une participation active à l’eucharistie et non d’un regard à distance. Il s’agit de manger et boire. Cela engage le corps et ne se vit pas seul. Au temps de cet évangile, cela supposait une expérience de relations à d’autres personnes croyantes, dans une communauté fraternelle. Nous sommes loin ici d’une approche de l’eucharistie comme dévotion individuelle ou purement intérieure. Nous sommes en plein sacrement.
Cette participation est un acte qui exprime un croire en ce Jésus ressuscité. Ce n’est pas évident. Les réactions des auditeurs, qui prennent les paroles de Jésus littéralement, disent bien qu’ils ne saisissent pas. Leur regard n’est pas celui de la foi mais un voir immédiat, sans dimension spirituelle. Le sens sacramentel n’est possible que dans l’expérience croyante, où le centre est le mystère pascal de Jésus. C’est parce qu’il est passé de la mort à la vie qu’il peut continuer ce don de la vie qu’il a réalisé sur la croix de gloire.
Cette réflexion en Jean ne nous offre pas de conseils pratiques sur l’organisation de nos eucharisties, le style de nos liturgies. Elle nous redit l’essentiel en nous parlant de don, de vie, de foi en Jésus le Fils, incarné et ressuscité. Elle nous rappelle ou nous invite à découvrir qu’il s’agit d’un sacrement, du signe d’une présence, à accueillir de façon active, avec d’autres. De quoi nous laisser étonner, surprendre, encore aujourd’hui.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Nous t’en prions, Dieu tout-puissant :
puisque nous avons la grâce de connaître
la résurrection du Seigneur,
que ton Esprit d’amour nous ressuscite, nous aussi,
à une vie nouvelle.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
