Prédication, Vendredi Saint A

3 avril 2026

Veille de Pâque à Jérusalem

En ce vendredi de la Passion du Seigneur, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique le contexte antique et contemporain de Jérusalem lors de la crucifixion de Jésus qui est aussi le nôtre en cette Veille de Pâques.

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Prédication

Nous venons d’entendre un récit à la fois antique et contemporain. De quoi et de qui nous parle-t-il? Où et quand cela advient-il? Il nous parle d’un lieu et d’un temps très anciens, Jérusalem au temps de la Pâque vers l’an 30, mais il nous raconte en même temps une histoire de violence et de vérité, très actuelle.

Tout commence dans un jardin, celui de l’arrestation et de la trahison. Et le récit se termine dans un autre jardin, celui de l’attente et de la création nouvelle. Car la longue histoire de l’Alliance, tissée de violence et de vérité, de péché et de salut, a commencé dans un jardin, celui de la Genèse (Gn 2,8).

Le moment du drame est bien identifié (18,28; 19,14.31). Jésus est crucifié un vendredi, la veille de la fête de Pâque (Pessah), qui a lieu le lendemain, un jour de sabbat. Cela est propre à l’Évangile de Jean, alors que dans les Synoptiques, Jésus est crucifié le jour même de la Pessah. Ainsi, en Jean, au moment où les agneaux sont immolés au temple, pour préparer le repas pascal, Jésus donne sa vie sur la croix. Voici l’Agneau de Dieu, avait dit Jean le Baptiste (1,29.36).

En Jean, les grandes fêtes juives rythment les visites de Jésus à Jérusalem. En fin septembre (7,2.14), lors de la Fête des Tentes (Soukkot), fête de la moisson, il enseignait au temple et suscitait des controverses. En mi-décembre (10,22), lors de la Fête de la Dédicace (Hanoukka), fête des lumières, à nouveau il enseignait au Temple et suscitait appui et hostilité. Et nous voici en cette veille de Pâque à Jérusalem, où il est maintenant crucifié et mis à mort, inaugurant un nouveau Passage, pour les siens et pour tout homme, vers la vie sans fin.

Mais en notre année 2026, en ces mêmes lieux et temps de fête à Jérusalem, il n’y a pas de procession dans les rues ni de rassemblement, à cause de la guerre. En ces Jours Saints, seuls quelques-uns peuvent célébrer à l’intérieur de l’église du Saint-Sépulcre. Ces consignes s’appliquent aussi aux synagogues et mosquées. Au temps même des rassemblements et de la fête, le où et le quand du récit de la Passion restent marqués, aujourd’hui encore, par les conflits et les divisions.

Justement, de quoi s’agit-il dans ce récit? Au début, nous voyons des gens qui arrivent armés (18,3). Puis un disciple sort son glaive et frappe (18,10). Au procès, un soldat gifle Jésus brutalement (18,22). Et cela se poursuit avec des humiliations variées, de faux témoignages, un reniement ferme et répété, les cris d’une foule qui veut lyncher, et la crucifixion elle-même, réservée aux sans statut.

Comment Jésus réagit-il dans ces situations extrêmes, douloureuses? D’abord par des questions, qui posent une distance avec l’assaillant. Qui cherchez-vous?, demande-t-il deux fois à ceux qui viennent l’arrêter (18,4.7). Pourquoi me frappes-tu, dit-il au soldat (18,23). Des questions qui cherchent à briser, à ouvrir, l’espace clos des agressions. Puis Jésus répond aussi par des silences, dans ce procès ou tout est faussé. À Pilate, il rappelle l’enjeu de la vérité (18,37). À celui qui l’a renié, il pardonnera plus tard, au bord d’un lac (21,15-19). Sur la croix, à l’heure ultime, décentré et libre, il se soucie de ses proches, la mère et le disciple (19,26-27). Enfin, dépouillé, ayant tout accompli, il remet le souffle (19,30).

Dans un monde actuel traversé par la violence et la discorde, les désinformation et accusations, où les identités sont érigées en armes de combat contre l’autre, Jésus montre un autre chemin pour vivre ensemble, un chemin de vérité et de réconciliation. Il ouvre une autre voie pour notre humanité plurielle, selon l’expression de notre frère, le Bx Pierre Claverie, o.p.

Finalement, dans ce récit, en la veille de Pâque à Jérusalem, de qui s’agit-il (plutôt que de quoi)? Au 4e siècle, à Jérusalem dans l’église du Saint-Sépulcre, pour sa catéchèse baptismale aux catéchumènes avant la Pâque, l’évêque saint Cyrille utilisait les titres de Jésus dans les évangiles. Dans la Passion en Jean, quelques-uns ressortent : Jésus le Nazoréen (18,5.7; 19,19) disant ses origines. C’est moi, Je suis, (18,5-8) comme lors de la révélation du Dieu vivant à Moïse sur l’Horeb (Ex 3,14). Le roi des Juifs, qui revient plusieurs fois (18,33.39;19,3.15.19.21), et Jésus roi, d’une royauté autre (18,36-37); témoin de la vérité (18,37), celle qui rend libre. Voici l’homme, expression forte et vraie (19,5). Et le Fils de Dieu (19,7), titre présent déjà en Jean (5,18-20; 10,36).

Voilà finalement de quoi, de qui, il s’agit dans le récit de la Passion: l’enjeu, c’est de croire (19,35) en Jésus le Roi, le Messie, l’Homme, le Fils de Dieu. À travers la révélation que le récit déploie, la question nous est adressée, personnellement et communautairement : Qui cherchez-vous? Et si l’on trouve, la recherche est relancée.

En cette veille de Pâque à Jérusalem, tout se termine au jardin, près d’un tombeau neuf (19,41). Puis, tout renaîtra le premier jour de la semaine à l’aube (20,1), avec la rencontre d’un jardinier (20,15). Et cela ne finira pas là. La suite aura lieu à nouveau à Jérusalem, lors de la prochaine grande fête, 50 jours après Pâque (Actes 2,1), la Fête des Semaines (Chavouot), célébrant l’Alliance et le don de la Loi. Que l’Esprit, le Souffle remis par Jésus en croix, nous accompagne et nous soutienne en nos veilles de Pâque et en nos Jérusalems. Amen.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Souviens-toi, Seigneur, de ta miséricorde,
sanctifie ceux qui veulent te servir
et protège-les toujours,
car c’est pour eux que ton Fils Jésus Christ a institué
par son sang répandu le sacrement pascal.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.