2 avril 2026
Garder la marmite bien chaude !
Ce soir, le frère André Descôteaux, O.P., médite sur les diverses façons de garder vivant le feu d’amour jaillissant du Christ en nous. Faisons mémoire de cet amour, partageons le pain et le vin, gardons bien chaude la marmite de la charité.
LIVRE DE L’EXODE (12, 1-14)
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
« Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous n’en mangerez aucun morceau qui soit à moitié cuit ou qui soit bouilli ; tout sera rôti au feu, y compris la tête, les jarrets et les entrailles. Vous n’en garderez rien pour le lendemain ; ce qui resterait pour le lendemain, vous le détruirez en le brûlant.
« Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte, j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
« Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (11, 23-26)
Moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (13, 1-15)
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Prédication
Dans toute vie, il y a de ces événements qui marquent une rupture et nous lancent sur un nouveau chemin. Par exemple, certains, certaines d’entre vous, ont peut-être déjà rencontré la personne qui deviendra leur conjoint ou conjointe. La vie s’en trouve complètement bouleversée. Il y a un avant et un après. Si ce n’est pas encore arrivé, ne désespérez pas ! Cela est magnifique. La vie est alors si belle, mais comment garder vivant le souffle de cet amour au fil du temps ? Une anecdote. En 1989, j’ai passé quelques semaines en Chine où je travaillais avec de jeunes professeurs de statistique. J’étais devenu proche d’un d’entre eux. Il m’avait dit que son mariage avait été organisé par ses parents et ceux de son épouse. Pourtant, j’avais remarqué qu’ils étaient très attachés l’un à l’autre. Il parlait toujours de son épouse comme la mère de son fils. Il m’a expliqué. Vous, les Occidentaux, quand vous vous mariez, la marmite est bien chaude. Le problème c’est qu’avec le temps, elle risque de refroidir. Et quelques fois, elle est plutôt frette ! On dirait de la glace ! Alors que pour nous, la marmite, au départ, est froide. Il faut sans cesse mettre du feu pour qu’elle devienne chaude ! Comment garder le souffle de l’amour bien vivant ? Comment cet amour peut-il nourrir une vie malgré l’usure du temps, les enfants, les intérêts professionnels ?
Aujourd’hui, nous célébrons un événement qui a bouleversé non seulement nos vies personnelles, mais aussi l’histoire du monde entier. Il y a eu un avant. Il y a eu un après. Le Christ, comme il le dit, passe de ce monde à son Père pour que nous passions avec lui de ce monde marqué par le mal et la violence, vers le Père et sa vie d’amour et de paix. Comment garder vivant ce feu d’amour jaillissant du Christ ? Comment cet amour peut-il nous rejoindre et toujours bouleverser nos vies ? Comment peut-il y avoir dans nos vies un avant et un après à cause du Christ ? Comment empêcher que la marmite de nos vies se refroidisse, mais qu’elle soit de plus en plus brûlante d’amour ?
Ce soir, Jésus pose deux gestes. Tout d’abord, dans l’évangile de Jean, nous le voyons se lever de table, déposer son vêtement qu’on lui arrachera dans quelques heures et laver les pieds de ses disciples comme le dernier des esclaves. C’est comme s’il disait. « Dans quelques heures, je prendrai la dernière place pour que toi, Pierre, et pour que toute l’humanité avec toi, ayez part à ma vie. Je subirai le châtiment réservé aux esclaves pour vous libérer de l’esclavage du mal et de la mort. On me mettra au plus bas, pour qu’uni à vous dans l’amour, je vous amène au plus haut ! Pour que, comme moi, vous renonciez à l’esprit de domination et vous vous convertissiez à la puissance du service dans l’amour. »
Oui, ce geste de Jésus que nous rappelons année après année est stimulant. Il nous fait prendre conscience de l’amour du Christ pour nous et de son appel à servir comme lui. Mais il n’en reste pas là. C’est l’apôtre Paul qui nous dévoile un autre geste que Jésus a accompli.
Jésus prend du pain, après avoir rendu grâce, il le rompt et le donne en disant « ceci est mon corps, qui est pour vous ». Après le repas, il fait de même avec la coupe qui devient la coupe de la Nouvelle Alliance. Ici, au lieu de s’abaisser comme un esclave, il se donne comme un pain rompu, comme une coupe partagée !
Ce n’est plus un agneau qui est mangé, comme dans le repas de la première alliance ; ce n’est plus le sang d’un agneau qui protège, mais c’est un pain brisé qui est donné et une coupe partagée pour le grand passage, pour la Pâque véritable. Ce pain et cette coupe sont le don irrévocable de la vie de notre Seigneur. En effet, Jésus sait ce qui l’attend, mais sa vie, personne ne peut la lui ôter. Lui seul a le pouvoir de la donner. Et c’est ce qu’il fait ce soir. Quand il mourra demain en croix, il aura déjà tout donné. Entouré de ses disciples qu’il appelle désormais ses amis, sa vie, il l’offre comme un pain qui est rompu pour être distribué et comme un vin qui est versé pour être partagé.
Le signe de l’eucharistie n’est pas qu’une petite hostie plate, mais un morceau de pain rompu, son corps, pour être mangé afin que nous entrions, là où nous sommes, en profonde communion avec lui et qu’avec lui nous vivions sa Pâque. Le signe de l’eucharistie n’est pas qu’une coupe de vin que nous vénérons, c’est la coupe de son sang à laquelle nous buvons, là où nous sommes, pour que la vie nouvelle du Christ circule en nous et nous fasse vivre. Le corps et le sang du Seigneur nous sont donnés en pain et en vin pour que nous les fassions nôtres.
C’est cela faire mémoire de lui, comme il nous ordonne de le faire par deux fois. Il ne s’agit pas de simplement refaire ce geste de Jésus comme le lavement des pieds de ses disciples, mais de nous laisser rejoindre, de nous laisser atteindre, de nous laisser bousculer par cet amour qui nous atteint personnellement, là où nous sommes, quand nous rompons le pain et partageons la coupe comme il nous a dit de le faire. Ainsi, quand nous communions à ce pain rompu et à la coupe partagée, au corps et au sang du Seigneur, nous ne communions pas à un souvenir, ni à un beau geste passé, si touchant soit-il, mais nous communions à l’amour du Christ pour nous, au don de sa vie, pour passer avec lui de la mort à la vie, de la haine à l’amour, de la vengeance au pardon. Sa vie devient notre vie. Son offrande, notre offrande. Son amour, notre amour ! Chaque jour, il y a un avant et un après.
C’est ainsi que la marmite de notre amour pour lui et pour nos frères et sœurs devient de plus en plus chaude et source de la bienveillante chaleur de charité pour tout être humain pour lequel le Christ a donné sa vie. Prenez et mangez ! Prenez et buvez !
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu nous appelles à célébrer la très sainte Cène
où ton Fils unique, avant de se livrer lui-même à la mort,
a remis pour toujours à son Église le sacrifice nouveau,
le repas qui est le sacrement de son amour ;
donne-nous de puiser à ce grand mystère
la charité et la vie en plénitude.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
