Prédication, samedi, 4e semaine du Carême A

21 mars 2026

Et toi, que dis-tu de lui? 

Aujourd’hui, le frère Yves Bériault, O.P., nous invite à plonger dans l’analyse des différentes personnages de l’Évangile de saint Jean pour prendre position et proclamer avec foi et espérance que Jésus est vraiment le Christ, le Messie et notre sauveur.
Et toi, qui dis-tu de lui?

Prédication

Comme le souligne saint Jean à la fin de son évangile : tout cela a été écrit afin que « vous croyiez que Jésus est le Christ, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jn 20, 31).

Tout cela a été écrit pour que vous croyiez, même l’évangile de ce jour, où le personnage le plus effacé, c’est Jésus lui-même. Pourtant, sa présence est palpable. Il n’est question que de lui et de ses paroles qui bouleversent et divisent ses auditoires. On le voit bien, l’heure de la Passion approche, mais surtout l’heure du choix quant à l’identité de cet homme de Nazareth.

La manière dont l’évangéliste Jean rapporte les arguments de ceux qui s’opposent à Jésus est subtile et ne peut échapper aux chrétiens et aux chrétiennes à qui il s’adresse, eux qui ne sont pas sans connaître ce que racontent les évangiles de Marc, Luc et Mathieu à propos de Jésus, puisqu’ils sont antérieurs à l’évangile de Jean.

Ainsi, l’on n’est pas sans savoir à la lumière de l’évangile de Luc que Jésus est né à Bethléem, ou encore qu’il est de la descendance de David selon l’évangile de Mathieu. Les scribes et les pharisiens qui s’opposent à Jésus ignorent cette information, et ils ne font que renforcer l’identité messianique de Jésus, alors qu’ils s’objectent à lui en disant :

« Le Christ peut-il venir de Galilée ? L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? »

Il en va de même pour cette présence de Nicodème dans le récit d’aujourd’hui, lui qui est pharisien et membre du Sanhédrin, alors que l’on s’oppose à son intervention en faveur de Jésus. Les pharisiens et les scribes, pensant clouer le bec aux partisans de Jésus, avancent l’argument d’autorité suivant : « Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, disent-ils, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? »

Les auditeurs de Jean ne sont pas sans savoir que c’est Nicodème qui était allé voir Jésus de nuit avec ses doutes et ses préoccupations, ce même Nicodème que Jean associe à Joseph d’Arimathie, membre du Sanhédrin et disciple de Jésus, pour aller demander le corps de Jésus afin de l’ensevelir, Nicodème apportant même une grande quantité de myrrhe et d’aloès, une préparation digne d’un roi.

Saint Jean fait ici œuvre pédagogique, puisqu’il est le seul des évangélistes à associer Nicodème à l’ensevelissement de Jésus, car Nicodème est un personnage unique à saint Jean qui va de la nuit de ses doutes lors d’une rencontre secrète avec Jésus, à une défense prudente de ce dernier dans l’évangile de ce jour, pour finalement devenir l’un de ceux qui manifeste le plus clairement ce que signifie suivre Jésus.

Oui, tout l’Évangile de Jean a été écrit afin que nous croyions. Le récit de ce matin nous permet de voir comment cela se vérifie chez Jean, dans sa manière de rapporter non seulement les événements qui vont conduire Jésus à sa Passion, mais aussi nous donnant de voir l’évolution de l’entourage de Jésus au fil de ce chassé-croisé d’adhésions et de refus. Ainsi, saint Jean fait apparaître dans son évangile une multitude de personnages auxquels nous pouvons nous identifier, chacun étant placé devant la question essentielle de sa relation à Jésus.

Son objectif est toujours le même, objectif qui était au cœur de l’évangile de dimanche dernier quand il était demandé à l’aveugle-né à propos de Jésus : « Et toi, que dis-tu de lui? »

Cette question nous accompagne encore ce matin, et ce, tout au long de ce carême, alors que nous nous préparons à la grande fête du matin de Pâques. Puissions-nous y être trouvés, nous aussi, frères et sœurs, illuminés de la joie pascale, réalisant l’espérance de l’évangéliste Jean, prêts à proclamer que ce Jésus est vraiment le Christ, le Messie qui devait venir pour notre plus grande joie.

Fr. Yves Bériault, O.P.


PRIÈRE

Seigneur, nous t’en prions :
dirige nos cœurs par l’action de ta miséricorde,
car, sans toi, il nous est impossible de te plaire.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.