Prédication, samedi, 3e semaine du Carême A

14 mars 2026

Le besoin d'être rejoint par Dieu

Aujourd’hui, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous explique le vrai sens de la parabole du pharisien et du publicain, une histoire entre un renfermement sur un soi qui n’existe pas vraiment et une relation ouverte et guérissante avec Dieu.

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Prédication

Frères et sœurs,

Il y a des moments où l’Évangile nous place devant un miroir. Pas un miroir qui juge, mais un miroir qui révèle. Dans la parabole du pharisien et du publicain, Jésus ne nous demande pas de choisir un camp, ni de condamner l’un pour glorifier l’autre. Il nous invite à regarder comment nous nous tenons devant Dieu. Avec quel cœur. Avec quelle vérité.

Parce qu’au fond, ce n’est pas l’apparence de la prière qui compte, mais la posture intérieure qui l’accompagne. Nous avons donc deux hommes, deux prières… et un seul Dieu qui regarde le cœur : le Pharisien et le Publicain.

Le pharisien. Il n’est pas un menteur. Il dit vrai : il jeûne, il donne, il observe la Loi. Le problème n’est pas dans ses œuvres, mais dans la manière dont il s’en sert pour construire une forteresse d’autosatisfaction. Il ne parle pas à Dieu : il se parle à lui-même. Il ne contemple pas la miséricorde : il contemple son propre reflet. Il parle beaucoup, mais il ne dit rien. Il ne demande rien, parce qu’il croit ne manquer de rien. Il ne confesse rien, parce qu’il ne voit rien. Il remercie Dieu, mais seulement pour mieux se féliciter lui-même. Sa prière n’est pas tournée vers le ciel : elle tourne en rond dans son propre cœur. Et ce cœur, pourtant religieux, est devenu un espace où Dieu n’a plus de place. Il ne voit pas ses blessures, il ne voit pas ses manques, il ne voit pas sa fragilité. Il ne voit que ce qui le distingue des autres.

Le publicain, lui, ne se trompe pas non plus. Il sait ce qu’il est. Il ne maquille rien, il ne négocie rien. Il se tient là, pauvre, fragile, conscient de ses manques… mais tourné vers Dieu. Il n’a presque pas de mots. Une seule phrase, mais elle porte tout son être. Il ne se compare à personne. Il ne cherche pas à se distinguer. Il ne se raconte pas une histoire. Il se tient loin, comme quelqu’un qui sait que la sainteté de Dieu n’est pas un décor mais une réalité brûlante. Il baisse les yeux, non par honte maladive, mais parce qu’il sent la vérité de sa vie. Il se frappe la poitrine, non pour se punir, mais pour dire : « C’est ici que ça se passe. C’est ici que j’ai besoin d’être rejoint. » Et sa prière, courte, simple, nue, devient un cri qui traverse le ciel. Il ne demande pas une récompense, il demande une miséricorde. Il ne réclame pas un droit, il implore une grâce. Et cette grâce lui est donnée. Dieu ne justifie pas le péché du publicain. Il justifie son cœur ouvert.

Ce qui distingue les deux hommes n’est pas la quantité de leurs fautes, mais la qualité de leur vérité. L’un se protège derrière ses œuvres ; l’autre s’expose dans sa pauvreté. L’un se croit juste ; l’autre se sait fragile. L’un se compare ; l’autre se confesse. L’un parle de lui ; l’autre parle à Dieu. Et c’est pourquoi l’un repart vide, et l’autre repart justifié.

Pour nous, étudiants, chercheurs, religieux, nous qui vivons dans des milieux où la compétence, la performance, la maîtrise sont valorisées. Nous apprenons à argumenter, à démontrer, à prouver. Et parfois, sans nous en rendre compte, nous apportons cette logique dans notre vie spirituelle. Nous voulons montrer à Dieu ce que nous avons réussi, ce que nous avons compris, ce que nous avons accompli. Nous voulons prier comme on présente un dossier. Mais Dieu ne cherche pas des dossiers impeccables. Il cherche des cœurs ouverts.

La vraie prière commence quand nous cessons de nous comparer, quand nous renonçons à nous justifier pour être aimés ou valorisés, quand nous acceptons de nous tenir devant Dieu tels que nous sommes. Pas tels que nous voudrions être. Pas tels que les autres nous imaginent. Tels que nous sommes. Avec nos contradictions, nos blessures, nos désirs, nos limites, nos élans, nos fatigues. C’est là que Dieu peut entrer. C’est là que la grâce de Dieu peut germer en nous et nous combler. C’est là que la miséricorde devient une expérience et non un concept.

Alors aujourd’hui, que nous soyons étudiants, religieux, chercheurs, ou simplement croyants cherchant à échapper à l’enfer et au purgatoire, des petites gens qui espèrent une place au ciel après les combats de la vie, la parabole nous invite à une seule chose : entrer dans la prière comme on entre dans la lumière. Sans masque. Sans défense. Sans illusion. Avec un cœur qui dit : « Seigneur, me voici. Toi qui vois tout, prends-moi tel que je suis. Et fais de moi ce que je ne peux pas faire seul. » N’oublions pas que le pardon de Dieu est une chance pour un changement, une occasion pour nous convertir. On ne demande pas pardon pour être simplement pardonnés et continuer comme avant ; on demande pardon pour être transformés et devenir meilleurs.

Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.

 

PRIÈRE

En célébrant avec joie, chaque année, ce temps de Carême,
nous te prions, Seigneur :
puisque nous vivons déjà du mystère de Pâques,
accorde-nous le bonheur d’en goûter pleinement les fruits.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.