15 février 2026
36e édition de la Messe des Nations !
En ce dimanche de fête pour le CéDum, Mgr Alain Faubert, évêque de Valleyfield, nous a invités à nous émerveiller tant des ressemblances et diversités dans les cultures culinaires que de toutes les saveurs qu’a prise l’Évangile en se répandant sur notre terre et parmi les peuples !
LIVRE DE LA GENÈSE (12, 1-3)
Abraham vivait alors en Chaldée. Le Seigneur lui dit : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les nations de la terre.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (15, 9-13)
Frères, c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom. Elle dit encore : Réjouissez-vous, nations, avec son peuple ! et encore : Louez le Seigneur, toutes les nations ; que tous les peuples chantent sa louange. À son tour, Isaïe déclare : Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se lève pour commander aux nations ; en lui les nations mettront leur espérance.
Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (28, 16-20)
Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Prédication
À la veille du Carême, je l’avoue, mais sans contrition : j’aime la bière. J’aime la déguster, des IPA pamplemousses aux Stouts café. Je rassure ma chère mère en lui disant que c’est pour moi une manière de manger des bonnes céréales… en les buvant.
C’est bien sûr un prétexte… Mais je suis à moitié sérieux… c’est vraiment un moyen de consommer des céréales ! On a inventé la bière pour mieux conserver les céréales et leur valeur nutritive. Et aussi fier que je sois d’être québécois et de boire ma petite Mol… ou ma Maudite, ce ne sont pas les Québécois, ni les Belges d’ailleurs qui ont inventé ce procédé.
C’est plutôt le génie des peuples anciens qui, peut-être de Mésopotamie, ont découvert un potentiel insoupçonné aux céréales à partir du même grain.
Génie des peuples de partout dans le monde, d’hier et d’aujourd’hui, pour arriver à garder les aliments frais, comestibles, en misant parfois sur leur potentiel insoupçonné, en leur découvrant des propriétés jusqu’alors inconnues, en leur donnant du même coup une saveur un peu nouvelle, malgré la base commune.
Parce que j’imagine bien qu’on ne garde pas les légumes ou la viande de la même manière, au Groenland qu’au Nigéria. À quoi on n’a pas pensé pour y arriver ? Fumage, boucanage, séchage, salaison, conservation dans la cendre ou enfouissement dans la terre, fermentation, sans oublier les conserves de nos grands-mères. J’ai même entendu parler d’une technique développée il n’y pas si longtemps pour créer un véritable « réfrigérateur du désert », le pot-en-pot, ou le canari frigo, efficace surtout pour les légumes.
Certaines de ces techniques, nées au Sud ou à l’Est, se sont exportées ailleurs dans le monde, à l’heure d’une recherche d’efficacité écologique, de respect des ressources limitées de notre mère la Terre. Aujourd’hui encore, les peuples autochtones d’ici et d’ailleurs nous apprennent à être les bons intendants de l’héritage reçu, pour la sauvegarde de notre Maison commune.
Pourquoi je vous parle de ça ? Vous devinez que le contexte de notre célébration, une messe des nations, m’y amène un peu… mais c’est surtout un mot, une idée, tirée de l’Évangile selon Matthieu qu’on vient d’entendre.
Quand le Seigneur demande à ses apôtres, et à l’Église avec eux, de faire des disciples de toutes les nations, de les baptiser, et de leur apprendre à garder tous les commandements reçus de Lui, comment est-ce qu’on comprend cet appel et cette responsabilité des nations de bien « garder les commandements » reçus ?
Est-ce que c’est, pour ces peuples, de « mettre l’Évangile sous une cloche de verre » ? Est-ce que ça veut dire que les nouveaux disciples d’horizons culturels différents sont appelés à reproduire, dans leur contexte, le « pareil au même » ?
Est-ce qu’ils sont appelés à devenir Juifs pour pouvoir vivre comme les premiers chrétiens, qui étaient tous Juifs ou presque ? On sait que ça n’a pas été la réponse de l’Église.
Alors, comment être fidèle, comment garder le bon grain de l’Évangile, dans ces régions du monde, dans tous ces terreaux et ces climats différents ?
C’est là que j’ai pensé à la bière, pour mieux garder les céréales, entre autres. Parce que j’ai pensé aussi au vin, au même cépage Cabernet Sauvignon, planté non pas sur les rives de la Garonne, mais en terre d’Argentine ou du Chili… et pour le faire pousser, dans ce terreau différent, sous ce climat plus ou moins propice, des techniques nouvelles… qui peuvent s’exporter et enrichir les viticulteurs du monde entier.
Est-ce qu’on peut entendre les chrétiens de partout, dire aux chrétiens de partout : « Voyez, frères et sœurs, comment notre volonté de garder fidèlement l’Évangile dans toute sa saveur, nous a amenés, dans nos conditions concrètes, à découvrir des potentialités insoupçonnées à l’Évangile. »
Et j’ai pensé à l’heureuse catholicité de l’Église, qui n’est pas simplement son universalité, son extension géographique.
Du temps où j’enseignais l’ecclésiologie, j’aimais dire à mes étudiants qu’il y a une différence entre universalité et catholicité. Parce que McDonald est universel, mais il n’est pas catholique… Vous me comprenez… pas un modèle qui s’impose, avec des petites adaptations locales comme du vin dans les McDO de France, mais une véritable pousse nouvelle de l’Évangile et de l’Église.
C’est bien cette caractéristique de l’Église du Seigneur qu’on fête aujourd’hui. La catholicité de l’Église, c’est sa capacité de rencontrer toutes les cultures d’intégrer avec discernement ce qu’elles portent de convergent avec l’Évangile, de dialoguer, d’être évangélisée même par ceux et celles qui entendent la Parole pour la première fois et la font fructifier dans leurs terreaux nouveaux.
Enrichissement mutuel, échange des dons.
J’entends Jésus dire à ses disciples : « Apprenez-leur à garder les commandements… et ils vont vous apprendre des choses encore cachées sur l’Évangile que vous leur transmettez… ils vont vous apprendre, non pas à reproduire le même, mais à être fidèles pour chaque temps, en chaque lieu, dans chaque contexte. »
Voilà l’Église et son mystère, qui est peut-être une clé pour l’avenir de l’humanité : l’Église devient de plus en plus fidèle à l’Évangile, en accueillant les harmoniques de sens que les cultures diverses font résonner de la Bonne Nouvelle. Je deviens plus moi-même… l’Église devient de plus en plus elle-même. J’ose le dire, peut-être qu’on ne sait pas encore pleinement ce que c’est qu’être Église ; peut-être qu’on n’a pas encore goûté à toute la saveur de l’Évangile. Peut-être qu’on ne sait pas encore ce que c’est qu’être vraiment et pleinement humain.
La bénédiction d’Abraham se répand, et, par le fait même, elle s’enrichit. Dieu voulait la faire parvenir à toutes les nations. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » C’était la volonté de Dieu dès le départ.
Et donc, je pense que si saint Paul dit aux chrétiens de Rome, en majorité de tradition juive, que c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire, je crois que ce n’est pas à comprendre comme une concession de dernière minute, un changement de plan, ou encore Dieu qui se ravise (OK, les nations païennes aussi, pourquoi pas ?). Non, sa miséricorde, c’est son projet de toujours, c’est le mystère caché et désormais dévoilé : les nations païennes sont associées aux mêmes promesses, dans le Christ, par l’annonce de l’Évangile » (Éphésiens 3, 6).
Voilà l’Église que nous sommes. Que nous sommes appelés à être aujourd’hui plus que jamais.
À l’heure où, par la peur et le mensonge, des puissants veulent élever entre les peuples des murs d’intolérance, des murs d’indifférence.
Ils veulent nous enfermer sur nous-mêmes. Sur nos privilèges. Quelle erreur ! L’enfer, c’est les autres… ? Mais non, depuis le début de l’humanité, l’autre est une chance pour me révéler à moi-même.
Frères et sœurs, rappelons-nous aujourd’hui que nous sommes l’Église de Dieu, l’Église de Jésus Christ qui est mort pour que tombe entre les peuples le mur de la haine. Nous sommes le peuple de Dieu, porteur de la bénédiction d’Abraham, promise à toutes les familles de la terre. Nous sommes le peuple prophétique qui appelle l’humanité à sa vocation universelle à la fraternité. Amen.
Mgr. Alain Faubert, évêque de Valleyfield
PRIÈRE
À toi, Dieu, notre Père
la louange unanime et joyeuse des peuples
de toute race et de toute langue,
de toute culture et de tout pays,
depuis l’aurore du temps
jusqu’à l’épuisement des siècles !
En leur nom, ton Église te bénit et te rend grâce
pour la fécondité de notre communauté universitaire,
et les fruits de l’intelligence et du cœur.
Garde le Centre étudiant Dominicum
dans la nouvelle et éternelle alliance.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
