22 février 2026
Choisir un désert !
Aujourd’hui, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous invite à laisser entrer Jésus dans nos déserts intérieurs, afin qu’il nous aide à ne pas devenir proie des tentations qui assèchent nos vies de leur sens.
LIVRE DE LA GENÈSE (2, 7-9 ; 3, 1-7a)
Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (5, 12-19)
Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir.
Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (4, 1-11)
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Prédication
Le premier dimanche de Carême est traditionnellement appelé le dimanche de la tentation. L’Évangile nous conduit au désert, là où Jésus affronte trois tentations que nous connaissons tous : l’avoir, le pouvoir et la gloire. Ce ne sont pas des tentations d’un autre temps. Ce sont les structures mêmes de nos désirs humains, les forces qui traversent nos sociétés, nos ambitions, nos études, nos relations.
L’avoir : la tentation de croire que la valeur d’une vie se mesure à ce qu’elle possède. Le pouvoir : la tentation de croire que la liberté consiste à ne dépendre de personne. La gloire : la tentation de croire que l’existence n’a de poids que lorsqu’elle est applaudie.
Soyons honnêtes : personne n’est indifférent à ces réalités. Nous aimons tous la sécurité matérielle. Nous aimons tous décider pour nous-mêmes. Nous aimons tous être reconnus pour ce que nous accomplissons. Et très souvent, ces trois tentations marchent ensemble. Elles se renforcent. Elles se nourrissent mutuellement. Elles peuvent même devenir des absolus qui déforment notre liberté intérieure.
Mais l’Évangile ne nous dit pas de résistez par nos propres forces. Il nous dit : laissez le Christ entrer dans nos déserts. Car le désert n’est pas un lieu géographique. C’est un lieu intérieur. C’est cet espace où nous sommes confrontés à nous-mêmes, sans masque, sans performance, sans justification. Un espace que nous évitons souvent, parce qu’il nous oblige à regarder ce que nous préférons ignorer.
Le Carême commence par cette vérité simple et radicale : nous ne sommes pas tout-puissants. Nous sommes poussière. Et c’est précisément là que Dieu peut enfin nous rejoindre. Jésus ne fuit pas le désert. Il l’habite. Il y affronte ce que nous fuyons. Et il nous montre que la victoire ne vient pas de la force, mais de la vérité. La vérité sur Dieu, la vérité sur nous-mêmes.
Aujourd’hui, le Christ nous invite à un travail intérieur exigeant : identifier nos propres tentations, non pour nous culpabiliser, mais pour reprendre la maîtrise de notre liberté. Le Carême n’est pas un exercice de privation. C’est un exercice de lucidité. Un retour à l’essentiel. Un refus de laisser nos désirs les plus nobles être déformés par la peur, l’orgueil ou la comparaison.
Dans un monde universitaire saturé de discours, de données, d’opinions, de pression à performer, le Carême nous propose quelque chose de radical : le silence intérieur. Un espace où Dieu peut enfin dire une parole qui ne ressemble à aucune autre. Et ce silence n’est pas un vide. C’est un lieu de rencontre. Un lieu où Dieu nous révèle ce qui, en nous, a besoin d’être éclairé, guéri, réorienté.
Le Christ attend notre collaboration. Il ne force jamais la porte. Il frappe, doucement, patiemment. À nous de lui ouvrir. Alors, en ce premier dimanche de Carême, je vous propose une démarche simple mais courageuse : choisissez un désert. Un seul. Un espace de votre vie où vous savez que vous avez besoin de lumière. Et laissez le Christ y entrer.
Peut-être un désert de fatigue intérieure. Peut-être un désert de comparaison, de pression, de perfectionnisme. Peut-être un désert de solitude, de doute, ou de colère. Peut-être un désert où l’avoir, le pouvoir ou la gloire ont pris trop de place.
Le Carême n’est pas là pour nous écraser. Il est là pour nous libérer. Pour nous ramener à ce que nous sommes vraiment : des êtres aimés, attendus, appelés à la vérité par Jésus-Christ qui s’est identifié comme chemin, vérité et vie. Que ce Carême soit pour nous un temps de profondeur, un temps d’authenticité, un temps où nous découvrons que Dieu ne nous demande pas d’être parfait, mais d’être vrai.
Amen.
Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant,
toi qui nous invites chaque année
à vivre le Carême en vérité,
donne-nous de progresser
dans l’intelligence du mystère du Christ,
et d’en rechercher la réalisation
par une vie qui lui corresponde.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
