Prédication, 3e dimanche de Pâques A

19 avril 2026

Sur la route, devenir compagnon

En ce troisième dimanche de Pâques, le frère André Descôteaux, O.P., nous explique les paroles de Jésus lors de la rencontre avec les disciples d’Emmaüs afin de croire que toute sa vie y compris sa mort a un sens aux yeux de Dieu.

sur la route

Prédication

Dans un commentaire sur cet évangile, le frère Daniel Cadrin faisait remarquer le grand nombre de prises de parole, à différents niveaux, qui caractérisaient le cheminement des disciples d’Emmaüs. Ces nombreuses interventions nous permettent de percevoir la complexité ou plutôt la richesse d’un cheminement menant à la foi au Ressuscité.

Au point de départ, il faut bien réaliser que croire en la résurrection du Christ n’allait pas de soi et ne va pas encore de soi. La croix du Christ, sa mort ignominieuse ainsi que son rejet par les autorités civiles et religieuses dénient toute prétention de cet homme Jésus à être l’envoyé de Dieu ou le Messie attendu. Je suis heureux qu’il y ait eu un Thomas qui a exigé des preuves, une Marie-Madeleine qui a confondu le Ressuscité avec le jardinier et les disciples d’Emmaüs qui découvrent progressivement cette action inouïe de Dieu : le Christ s’est relevé d’entre les morts, il est vivant et il siège à la droite du Père.

Il est étrange que Luc ne nomme qu’un seul des deux disciples, Cléophas, sans doute pour que nous puissions nous identifier à son compagnon de voyage. Nous aussi, nous cheminons. La foi au Ressuscité n’est pas évidente et elle ne peut plus s’appuyer sur un consensus social. Comme les disciples d’Emmaüs, nous pouvons nous sentir seuls et désespérés.

Commençons par écouter justement nos deux amis. Ils se parlent. Ils évoquent les derniers événements. Tous les deux parlent vrai de la difficile expérience qu’ils vivent et de leur profonde déception. Arrivés à destination, après rencontré Jésus et l’avoir écouté longuement, ils prennent la parole à nouveau pour lui demander de rester avec eux. Après avoir partagé le pain avec lui, ils prennent conscience que cet étranger n’est nul autre que le Seigneur Jésus, ce Maître en qui ils avaient tant espéré et qu’il était là avec eux bien vivant. Mais il disparaît mystérieusement. Ils repartent pour Jérusalem pour témoigner de leur expérience du Ressuscité alors que les disciples restés à Jérusalem leur apprennent que le Seigneur s’était également manifesté à Simon-Pierre.

Le personnage clé, dans ce récit, c’est évidemment Jésus. Lui aussi prend la parole. Au départ, Jésus questionne. Il leur permet de lui partager ce qui habite leurs cœurs. Mais Jésus n’en reste pas là. Sa parole se fait provocante, elle est même dure. « Esprits sans intelligence! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit! » En effet, des femmes leur avaient pourtant dit qu’elles avaient trouvé le tombeau vide et que des anges leur étaient apparus leur annonçant que Jésus était vivant. Évidemment, ce sont des femmes. Que vaut leur parole? Même si on avait pu vérifier que le tombeau était bien vide.

Et voilà que Jésus se fait pédagogue. S’il les accompagne sur la route, il les prend avec lui dans le labyrinthe des Écritures. Il leur permet de comprendre « qu’il fallait que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ». Cette mort qui, à première vue, rendait caduque toute prétention du Christ, a été en fait sa victoire et la victoire de Dieu qui s’était engagé avec lui. Le destin de Jésus n’est pas le fruit du hasard. Ce ne sont pas des humains qui ont le dernier mot. C’est Dieu. Dans toutes les épreuves que Jésus a traversées, il accomplissait la volonté de salut du Père. Comme l’affirme saint Pierre, dans la deuxième lecture, « Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous ».

Je ne sais pas si vous avez remarqué que Jésus ne leur a pas dit. « Arrêtez de vous en faire. C’est bien moi Jésus ». Il ne leur dit pas comme à Thomas « avance ta main, mets ton doigt dans mon côté ». Il les écoute, les provoque, leur permet de progresser dans leur quête. Ainsi, le but de Jésus n’est pas qu’ils le reconnaissent physiquement, mais qu’ils croient que toute sa vie y compris sa mort a un sens aux yeux de Dieu.

C’est au moment où Jésus rompt le pain, dit la bénédiction et leur partage que leurs yeux s’ouvrent. Pourquoi s’ouvrent-ils à ce moment et non pas à la fin de la longue catéchèse de Jésus alors que leurs cœurs étaient brûlants? Il est clair que c’est Jésus qui a décidé du où, du quand et du comment, mais il n’en demeure pas moins que cette reconnaissance s’opère au moment du partage du pain. Mais n’est-ce pas justement le but même du partage du pain que de manifester, rendre présent le Christ se livrant pour le salut du monde jusqu’à la fin des temps? Mémoire où le Ressuscité nous rejoint et nous associe à lui pour qu’avec lui nous passions de la mort à la vie en plénitude. Dernière parole de Jésus dans ce récit : parole de bénédiction, parole de vie!

Beaucoup de paroles dans ce beau récit. Chacune est nécessaire pour que finalement Jésus puisse ouvrir les yeux à nos compagnons. Regardons-nous. Ne sommes-nous pas dans une situation semblable? Ne sommes-nous devenus croyants parce que plusieurs ont pris la parole ? Ne sommes-nous pas restés croyants parce qu’entourés par des paroles de foi? Parole du témoignage, comme les femmes. Paroles intérieures où nous découvrons ce qui nous habite et peut nous blesser. Paroles échangées avec un ami pour essayer de comprendre et faire la vérité. Parole de Dieu qui s’offre à nous, dans les Écritures, pour que, dans l’Esprit, nous comprenions ce que nous vivons et que nous ne sommes pas seuls sur la route. Il y a toujours un compagnon qui est là à nos côtés, le Ressuscité! Nos yeux peuvent ne pas le reconnaître, mais il est là et toujours prêt à rompre le pain et partager la coupe pour que, dans la foi, nous le reconnaissions et partions joyeux pour, à notre tout, par notre parole, proclamer : « Christ est ressuscité! Oui, il est vraiment ressuscité! » Amen.

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Garde à ton peuple sa joie, Seigneur Dieu,
car tu renouvelles la jeunesse de son âme;
il se réjouit d’avoir retrouvé la gloire de l’adoption filiale :
qu’il attende désormais le jour de la résurrection,
dans la ferme espérance du bonheur que tu donnes.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.