10 avril 2026
À la fin, un commencement
Aujourd’hui, vendredi dans l’Octave du Pâques, le frère Daniel Cadrin, O.P., décortique avec nous ce récit de transition de l’évangile de saint Jean où le Ressuscité va chercher ses disciples pour les encourager à reprendre la route de la mission du Règne de Dieu.
LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (4, 1-12)
En ces jours-là, après la guérison de l’infirme, comme Pierre et Jean parlaient encore au peuple, les prêtres survinrent, avec le commandant du Temple et les sadducéens ; ils étaient excédés de les voir enseigner le peuple et annoncer, en la personne de Jésus, la résurrection d’entre les morts. Ils les firent arrêter et placer sous bonne garde jusqu’au lendemain, puisque c’était déjà le soir. Or, beaucoup de ceux qui avaient entendu la Parole devinrent croyants ; à ne compter que les hommes, il y en avait environ cinq mille.
Le lendemain se réunirent à Jérusalem les chefs du peuple, les anciens et les scribes. Il y avait là Hanne le grand prêtre, Caïphe, Jean, Alexandre, et tous ceux qui appartenaient aux familles de grands prêtres. Ils firent amener Pierre et Jean au milieu d’eux et les questionnèrent : « Par quelle puissance, par le nom de qui, avez-vous fait cette guérison ? »
Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint, leur déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (21, 1-14)
En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.
Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.
Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Prédication
Voici un évangile autour d’une histoire de pêche. Il commence en mer (un lieu de danger), la nuit, avec une pêche qui échoue : la mer, la nuit, l’échec. Il nous montre des visages précis, formant un groupe de sept : Simon surnommé Pierre ; Thomas surnommé Jumeau ; Nathanaël de Cana, dont Jésus a dit (Jn 1,48) qu’il était un vrai Israélite, sans artifice ; les fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui ont du caractère ; et deux autres. Des gens qui ont une histoire et des liens entre eux et qu’on voit ici dans leur travail.
Et puis vient le matin, par-delà la nuit, et un inconnu est présent sur le rivage. À son appel à jeter le filet, le groupe tente un nouvel essai de pêche et cette fois-ci, c’est la surabondance de poissons, et le filet résiste. Et Pierre, fougueux encore, tout nu, se jette à la mer, mais s’habille avant ! Et ça ne s’arrête pas là : il y a un feu sur la grève, avec du poisson et du pain. L’inconnu est reconnu : c’est le Seigneur ressuscité qui partage le pain et prépare le repas pour ses amis. Après le repas, un dialogue entre Jésus et Pierre sur l’amour et la responsabilité pastorale suivra (21, 15-19).
Un récit vif et plein d’allusions (mer, barque, pêche, pain, repas,…) qui vient comme en appendice à la toute fin de l’évangile de Jean. Une fin qui est un commencement. Un récit de transitions, de passage, entre la mort de Jésus et la mission des disciples. Une transition qui lance vers un avenir différent : pour tout ce groupe de pêcheurs, c’est une autre pêche (mission) qu’ils vont faire désormais. Tirer les poissons hors de mer, cela évoque le salut.
Ce passage ramasse aussi le passé de ces gens. Il est significatif qu’ils soient retournés en arrière, à leur ancien métier, en Galilée, là où l’aventure avec Jésus avait commencé. Mais Jésus va les chercher à nouveau, les ré-appeler, au cœur de leur vie. C’est un nouveau commencement, pour une mission universelle (153 poissons).
Et nous dans tout cela ? Dans les récits des évangiles, nous sommes toujours là, quelque part. Comme les sept, nous retournons parfois en arrière, car ce que nous avons essayé n’a pas abouti. On retourne alors à ce qu’on savait déjà, laissant les rêves de vie nouvelle. Vaut-il la peine de poursuivre l’aventure avec Jésus ? Mais même là, le Seigneur vient nous chercher, nous appeler à reprendre route, à reprendre vie. C’est nous aussi qui apercevons cet inconnu sur nos rivages. Pour le reconnaître, ce n’est pas évident : nos yeux de disciple bien-aimé doivent s’ouvrir. Être attentifs aux signes offerts, qui peuvent nous venir d’un proche, d’une jeune, d’un aîné, d’une parole, d’une prière.
C’est nous que Jésus appelle, en plein cœur de nos activités, et qui nous appelle en communauté, ce groupe de sept, des gens qui partagent une histoire, qui croyaient que l’heure du retrait était venue mais qui reçoivent une nouvelle mission. Ainsi, c’est nous sur la barque de nuit en pleine mer, travaillant pour rien. Et c’est nous au matin, débordés par l’abondance du don de Dieu et recevant le défi d’une mission universelle.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
par le mystère pascal,
tu as rétabli l’humanité dans ton alliance ;
accorde-nous d’exprimer par nos actes
la foi que nos célébrations proclament.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
