24 mars 2026
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Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., fait le lien entre le passage de Moïse et du serpent de bronze et Jésus, élevé de terre pour être crucifié. C’est une invitation à prendre conscience de ce que nous sommes et de la plus parfaite miséricorde de Dieu.
LIVRE DES NOMBRES (21, 4-9)
En ces jours-là, les Hébreux quittèrent Hor-la-Montagne par la route de la mer des Roseaux en contournant le pays d’Édom. Mais en chemin, le peuple perdit courage. Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! »
Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie !
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (8, 21-30)
En ce temps-là, Jésus disait aux Pharisiens : « Je m’en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. »
Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu’il dit : “Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller” ? » Il leur répondit : « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. »
Alors, ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire. À votre sujet, j’ai beaucoup à dire et à juger. D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis pour le monde. » Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père.
Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné. Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui.
Prédication
L’histoire du serpent de bronze est bien étrange. Que Dieu envoie des serpents à la morsure brûlante pour punir son peuple de son cœur endurci et révolté, à la limite, nous pouvons comprendre. Mais, pourquoi exiger de lui qu’il regarde son effigie pour être guéri ?
À y penser un peu plus, ce faisant, Dieu n’invite-t-il pas son peuple à regarder bien en face non seulement le mal qui l’afflige, les serpents, mais, plus profondément encore, ce mal profond qui empoisonne son cœur ? Son cœur ingrat plein d’amertume et de révolte. La vie au désert est difficile, manque d’eau, manque de nourriture, d’où ces questions qui agitent son cœur. « Pourquoi Dieu nous a-t-il fait sortir d’Égypte ? Ce Dieu qui nous a libérés de l’esclavage se désintéresse-t-il de nous ? Pouvons-nous encore croire en lui ? Ne nous a-t-il pas amenés ici pour nous détruire ? Dieu est-il ce qu’il prétend être ? »
Regarde ce serpent de bronze, source de ton mal immédiat, mais n’en reste pas là. Entre en toi. Consens à voir le mal qui est en toi, la révolte qui t’habite ! N’est-ce pas là le début du chemin qui mène à toute guérison ? On ne cesse de répéter que le plus difficile pour une personne alcoolique serait de reconnaître et d’admettre qu’elle souffre d’une dépendance à l’alcool ? Ce qui est vrai pour l’alcoolisme l’est pour tant et tant d’autres situations. Admettre qu’il y a un problème et que ce problème est le sien n’est pas facile, mais comment peut-on prendre un autre chemin sans cette prise de conscience ?
Aujourd’hui, ce n’est plus un serpent de bronze qui se donne à être contemplé, mais un homme qui, comme le dit Jésus, dans l’évangile, sera élevé de terre. Il attirera tout à lui et comme Jean écrit plus loin, en reprenant le prophète Zacharie, « ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). Que voyons-nous ? Un homme broyé par la souffrance, un innocent écrasé par la violence, la haine, l’égoïsme, le refus de croire au vrai Dieu. Cet homme est là sur une croix, mourant, parce que nos cœurs sont habités par le mal. Regardons-le bien, tous et toutes, car personne n’y échappe. Prenons conscience de ce que nous sommes et du désastre auquel notre mal conduit.
Mais en regardant cet homme, nous voyons autre chose. Nous découvrons l’expression la plus parfaite de la miséricorde et de la bonté de ce Dieu. Les bras de cet homme sont cloués sur le bois pour qu’il ne puisse plus les replier. Dieu n’est pas le Dieu pervers en qui nous avons tellement de difficulté à nous abandonner, il est le Dieu du pardon, le Dieu qui, en mourant, nous partage sa vie, le Dieu qui n’est qu’amour.
Dans ces derniers jours de notre montée vers Pâques, regardons bien le Crucifié. Reconnaissons en lui l’homme, comme a dit Pilate en présentant Jésus torturé, humilié, blessé à la foule ‘Voici l’homme’. Reconnaissons surtout celui qui nous sauve en répandant sur l’humanité malade et perverse la miséricorde de Dieu.
« Avant que ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de ton Alliance, il voulut célébrer la Pâque au milieu de ses disciples » (Prière eucharistique I pour la réconciliation). Ne faisons pas que regarder, mais ouvrons nos mains pour communier à l’homme des douleurs et qu’il change nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur,
accorde-nous de persévérer
dans l’attachement à ta volonté,
afin qu’au long des jours,
le peuple qui te sert augmente en nombre
et grandisse en sainteté.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
