Prédication, mardi, 2e semaine du Carême A

3 mars 2026

Grands parleurs, petits faiseurs !

Aujourd’hui, le frère Hervé Tremblay, O.P., dit que nous devons pas penser moins de bien du Message parfait du Christ parce que ses messagers ne sont pas toujours à la hauteur.

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Prédication

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on remarque parfois un décalage entre ce qu’une personne dit et ce qu’elle fait. Cela vaut dans tous les domaines. Les médias sont pleins de scandales ou de crises causés par des fautes qui ne devraient pas s’être passées chez des politiciens, des policiers, des médecins, même des princes… Plus une personne a des responsabilités importantes ou sensibles, plus il y a de la colère quand cette personne est infidèle. Plus l’idéal est élevé, plus les attentes le sont aussi.

Même si ce n’est pas nécessairement une excuse, ce n’est pas surprenant de voir ce même décalage chez les ministres de l’évangile. Ce sont des hommes et des femmes comme les autres. Il me semble qu’il faut, dans un premier temps, enregistrer ce décalage et l’accepter une fois pour toutes. Il faut être réaliste. Il serait illusoire, voire pharisaïque, de croire qu’une personne sera en totale syntonie avec le message qu’elle proclame. On le sait, même les saints avaient de petits défauts. Après tout, la sainteté, c’est la charité.

Mais cela ne nous empêche pas de travailler activement à nous approcher le plus possible d’une vie parfaitement cohérente avec le message proclamé.

Au moins, il ne faut pas profiter de cette position à son propre avantage. Quand le décalage entre l’idéal et le concret est dû à la faiblesse malgré les efforts, la compréhension est plus facile. Mais quand c’est voulu et entretenu pour un gain personnel, le scandale chez les fidèles peut se justifier.

Jésus invite ses disciples à ce même réalisme qui n’exclut certainement pas l’idéal. Faute d’écouter un message supporté par une vie cohérente, il faut écouter ce message quand même. L’évangile, en effet, est plus grand que le comportement de l’un ou l’autre. Il ne faut pas oublier que ces serviteurs de l’évangile, aussi parfaits ou imparfaits fussent-ils, sont des serviteurs de Dieu qui, seul, est maître, enseignant et père. Malgré leur faiblesse et leurs défauts, les ministres de l’évangile parlent au nom de quelqu’un d’autre qui est la référence ultime. En quelque sorte, ils en sont le reflet de diverses manières et à des degrés divers ; certains plus que d’autres.

Père, maître, enseignant. Comme mon père et ma mère (que je vais continuer d’appeler « père/papa »), qui n’étaient pas parfaits, mais qui ont quand même été mes parents que j’aime profondément ; comme tous les maîtres et enseignants que nous avons croisés sur notre chemin qui, bien qu’imparfaits, nous ont appris quelque chose et ont influencé notre vie.

Parce qu’il ne faut pas se résigner à ce décalage entre la parole et la vie, parce qu’il ne faut pas se contenter trop facilement d’être des « grands parleurs et des petits faiseurs » comme dit le proverbe de chez nous, l’appel à la pénitence du prophète Isaïe se répercute jusqu’aujourd’hui et concerne tous les membres de l’Église. Tous. Prêcher avec des mots, c’est déjà quelque chose, prêcher avec des actes, c’est quelque chose de plus. Une vie cohérente renforce le message proclamé.

Fr. Hervé Tremblay, O.P.

 

PRIÈRE

Avec une inlassable bonté, Seigneur,
veille sur ton Église ;
comme, sans toi, l’homme mortel succombe,
puisse ton aide constante nous arracher au mal
et nous diriger vers le salut.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.