8 février 2026
Sel de la terre, lumière du monde, vraiment?
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous explique que l’appel du Christ à être sel et lumière c’est en vue du bonheur de l’autre et ainsi rendre gloire à Dieu!
LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (58, 7-10)
Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. »
Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (1, 26-31)
Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (5, 13-16)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Prédication
« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Affirmation énorme, surtout quand je me regarde ! Mais, est-ce bien ce que Jésus a dit ? Au lieu d’un présent de l’indicatif, ne serait-ce pas plutôt un subjonctif ? « Soyez le sel de la terre ou la lumière du monde ! » Tout serait différent. En effet, si Jésus avait dit « soyez » nous serions appelés à le devenir puisque nous ne le serions pas encore. Un peu plus digeste ! Mais non. C’est vraiment le présent de l’indicatif: vous êtes!
Et ce vous, qui englobe-t-il ? Les savants exégètes affirment que le ‘vous’ comprend tous les auditeurs et toutes les auditrices de la parole de Jésus. Ce ‘vous’ n’inclut pas seulement l’élite des disciples de Jésus, les saints, mais tous les disciples à commencer par ces pêcheurs que Jésus a invités, il y a peu de temps, à le suivre, des personnes, comme nous, bien terre à terre. Je ne pense pas qu’ils se considéraient sel de la terre ou lumière du monde, comme nous, d’ailleurs. Après avoir entendu, dimanche dernier, la parole décoiffante des béatitudes, Jésus pousse encore le bouchon. Pour Jésus, tout est simple. Parce que nous le suivons, nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Unis à lui, le véritable sel de la terre et la lumière du monde, nous le devenons! Après avoir croisé la route de Jésus, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes, quelque chose a changé en nous, au plus profond de nous. Jésus est vraiment doté d’une grande imagination!
La parole de Jésus est énorme, pourtant, il se réfère, comme souvent dans l’Évangile, à notre quotidien. Quoi de plus banal que le sel! Même si notre société trouve au sel des dangers, il demeure essentiel. Sans lui, les plats seraient fades et insipides. Le sel relève la saveur d’un mets. Ainsi, être sel de la terre, n’est-ce pas donner du goût à la vie? Rendre la vie de l’autre plus belle, plus profonde, lui révélant sa destinée ultime : la vie en plénitude! Comme le Christ donne à nos vies, par sa présence et son amour, une dimension exceptionnelle, son disciple, par ce qu’il est devenu, éveille le goût du Christ dans la vie de celui ou de celle qu’il côtoie.
De plus, le sel permet de conserver les aliments en ralentissant leur décomposition. Il protège la vie. J’allais oublier qu’il nous protège dans des hivers comme celui que nous connaissons. Il nous permet de marcher en évitant de glisser. Dieu sait que, dans notre monde, la culture de la mort, de l’égoïsme et de la violence peut nous faire tomber et même tuer la vie. Attention de s’affadir! Pour le chrétien, s’affadir, c’est renoncer à sa spécificité pour ne pas déplaire, devenant un sel inutile, bon à être piétiné.
À cet égard, le pape François s’adressant à des jeunes les mettait en garde. « N’ayez pas peur d’aller à contre-courant, quand on veut vous voler l’espérance, quand on propose ces valeurs qui sont avariées, des valeurs comme un plat qui n’est plus bon, et quand un plat n’est plus bon, il nous fait mal; ces valeurs nous font mal. Nous devons aller à contre-courant! En avant, soyez courageux et allez à contre-courant! Et soyez fiers de le faire! » (Angélus, 23 juin 2013)
Il ne s’agit pas pour autant de tellement saler que le goût de l’aliment disparaît, ou de faire d’une mer, une mer morte. La Mer morte est tellement salée que la vie y est impossible. Même à contre-courant, c’est l’amour de la vie vécue avec le Christ Jésus qui doit animer son disciple.
Jésus poursuit en présentant ses disciples comme la lumière du monde. Comme le sel, la lumière n’est pas là pour elle-même. Jésus ne veut ni l’ostentation ni le vedettariat. Il ne s’agit pas d’aveugler mais d’éclairer pour que l’autre voit plus clairement dans sa vie. Il y a quelques années, un confrère, qui est ici, était allé manger dans un restaurant où tout était noir, comme si chacun des convives était aveugle. Toute une expérience. Mieux voir pour mieux avancer, mieux discerner, mieux choisir. Éclairer pour dévoiler la beauté de la vie et l’appel du Christ comme la lumière peut révéler une œuvre d’art! Jésus va même plus loin en évoquant l’image d’une ville située sur une haute montagne qui ne peut être cachée. Sous le soleil de Galilée, des villes de calcaire blanc scintillaient. Briller signifie que la foi n’est pas un secret gardé, mais un phare qui permet aux bateaux de naviguer en évitant les écueils.
Pas question de cacher cette lumière sous le boisseau. Au contraire, elle doit être mise sur le lampadaire. Mais comment briller? Jésus nous le dit, en agissant bien. Isaïe, dans la première lecture, vient préciser : ne pas se dérober à ceux qui ont faim, qui n’ont pas de toit pour s’abriter ou qui manquent de vêtements décents. Il y a ensuite les besoins plus larges à combler: la liberté, ne pas vivre sous le joug d’autrui, le droit à la réputation, pas de calomnie ni de médisance, le droit à la justice, absence du doigt accusateur. Alors, « si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière du monde ». Petite question en passant, si nous vivions à Minneapolis au Minnesota, comment serions-nous lumière face à la force brutale de ICE?
Le sel, la lumière, deux images qui correspondent à deux aspects de la vie chrétienne qui ne sont pas toujours faciles de bien arrimer. Se fondre dans le monde comme le sel au point de faire partie intégrale du plat et s’en distinguer comme la lampe aperçue dans la maison peuvent susciter des tensions. L’important est de bien comprendre que le but, en étant sel ou lumière, n’est pas de rechercher sa propre gloire, mais celle de Dieu. Le disciple est un être pour autrui en vue de Dieu. « Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux! » Nous, les disciples du Christ Jésus, ne formons pas un club où le bien de chacun des membres est premier. Au contraire, le Christ nous envoie à sa suite sur les chemins du monde pour être sel de la terre et lumière du monde en vue du bonheur de l’autre qui ne peut être trouvé que dans le Christ.
Si nous nous en croyons incapables, relisons Saint Paul. « C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Ma proclamation de l’Évangile n’avait rien d’un langage de sagesse, c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu ». Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Dans ton inlassable tendresse,
nous t’en prions, Seigneur,
veille sur ta famille :
elle s’appuie sur la grâce du ciel,
son unique espérance;
qu’elle soit toujours assurée de ta protection.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
