27 janvier 2026
Quelle famille ?
Dans la prédication du frère André Descôteaux, O.P., pour aujourd’hui, Jésus va à l’encontre de la culture de son temps en relativisant les liens familiaux, car il a déjà instauré une nouvelle famille beaucoup plus grande dont il est le guide.
DEUXIÈME LIVRE DE SAMUEL (6, 12b-15.17-19)
En ces jours-là, David fit monter l’arche de Dieu de la maison d’Obed-Édom jusqu’à la Cité de David, au milieu des cris de joie. Quand les porteurs de l’Arche eurent avancé de six pas, il offrit en sacrifice un taureau et un veau gras. David, vêtu d’un pagne de lin, dansait devant le Seigneur, en tournoyant de toutes ses forces. David et tout le peuple d’Israël firent monter l’arche du Seigneur parmi les ovations, au son du cor.
Ils amenèrent donc l’arche du Seigneur et l’installèrent à sa place, au milieu de la tente que David avait dressée pour elle. Puis il offrit devant le Seigneur des holocaustes et des sacrifices de paix.
Quand David eut achevé d’offrir les holocaustes et les sacrifices de paix, il bénit le peuple au nom du Seigneur des armées. Il fit une distribution à tout le peuple, à la foule entière des Israélites, hommes et femmes : pour chacun une galette de pain, un morceau de rôti et un gâteau de raisins. Ensuite tout le monde s’en retourna chacun chez soi.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (3, 31-35)
En ce temps-là, comme Jésus était dans une maison, arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. »
Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? » Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Prédication
À notre époque, il semble normal pour un jeune de vouloir voler de ses propres ailes en prenant ses distances du nid familial. Notre mentalité individualiste est bien éloignée de celle du temps de Jésus. La famille est fondamentale. Elle est la cellule de base de la société. L’individu n’existe pas en dehors d’elle. La famille est aussi la première communauté religieuse, avec ses fêtes que le père préside. La famille comporte un sens plus large qu’aujourd’hui, elle regroupe les frères, les sœurs, les cousins, cousines. Les liens du sang sont inaltérables. Il ne faut donc pas se surprendre si la famille de Jésus décide d’intervenir dans certains cas comme dans l’épisode relaté par Marc quelques versets précédents. Sa famille vient pour se saisir de lui, car ils affirmaient ‘il a perdu la tête’ (Mc, 3, 21). Qu’est-ce qui a bien pu prendre à Jésus de partir sur les routes annoncer la venue prochaine du Royaume?
Aujourd’hui, sa mère et ses frères veulent le voir. Ils sont à l’extérieur de la maison où Jésus enseigne. Ayant été informé que ceux-ci le faisaient appeler, Jésus ose cette affirmation stupéfiante « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : ‘Voici ma mère et mes frères, celui qui fait la volonté de Dieu’ » (Mc34-35). La parole est inouïe. Sa liberté par rapport à sa famille et à la souffrance qu’il inflige à Marie, sa mère, est bouleversante. Comme Jésus dira à Pierre, il n’est plus dans l’ordre de la chair et du sang, mais dans celui de l’Esprit, de la foi, de l’écoute de la Parole.
Cet épisode survient après la constitution du groupe des Douze où chacun est appelé par son nom et invité à le suivre. Une nouvelle communauté, une nouvelle famille est en gestation. Jésus en est le cœur. C’est lui qui appelle chacun par son nom. Tout passe par lui. C’est lui qu’il faut suivre et à qui il faut s’attacher. Ce n’est que par lui que tout être humain peut devenir membre de cette nouvelle famille, première par rapport à toutes les autres.
Et qu’en est-il de nos familles ? Clairement Jésus relativise les liens du sang : il faut suivre Jésus, même s’il cela signifie entrer en conflit avec son père, sa mère. Comme il le dira : « Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère » (Mt 10, 35). Pourtant dans la deuxième lettre à Timothée lue hier en la fête des saints Tite et Timothée, nous lisons : ‘J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi : c’était celle qui habitait d’abord Loïs, ta grand-mère, et celle d’Eunice, ta mère, et j’ai la conviction que c’est aussi la tienne’ (2 Tm 1, 5).
La foi serait un trésor qui peut se transmettre dans la famille. Si celle-ci n’est pas un absolu, elle peut être un lieu où chacun peut entendre l’appel du Christ, mettre sa foi en lui et apprendre à lui parler personnellement. Si la foi ne se transmet pas automatiquement, il est bon de grandir dans une atmosphère de foi. Le baptême des enfants en témoigne.
Comme le dit le jésuite Marc Rastoin, « chaque être humain est constitué par toutes les relations depuis sa plus tendre enfance et, en même temps, il est un être toujours unique qui est créé pour entrer dans une communion unique avec son Père des cieux » et devenir membre de la nouvelle famille instaurée par Jésus, fils du Père. (Marc Rastoin, La famille selon Jésus. Revue Christus, no 287, juillet 2025)
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ;
et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets,
fais-nous aimer ce que tu commandes.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
