29 décembre 2025
Maintenant je le tiens dans mes bras, mes yeux voient le salut
Aujourd’hui, le frère Maxime Allard, O.P., nous invite à réfléchir sur la nature mystérieuse du Salut qui est à la fois « maintenant » et « espérance », ce Salut qu’a su discerner le vieux Syméon dans un tout petit bébé.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT JEAN (2, 3-11)
Bien-aimés, voici comment nous savons que nous connaissons Jésus Christ : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection : voilà comment nous savons que nous sommes en lui. Celui qui déclare demeurer en lui doit, lui aussi, marcher comme Jésus lui-même a marché.
Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien que vous aviez depuis le commencement. La parole que vous avez entendue, c’est le commandement ancien.
Et pourtant, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en cette parole l’est aussi en vous ; en effet, les ténèbres passent et déjà brille la vraie lumière. Celui qui déclare être dans la lumière et qui a de la haine contre son frère est dans les ténèbres jusqu’à maintenant. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a en lui aucune occasion de chute. Mais celui qui a de la haine contre son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres sans savoir où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (2, 22-35)
Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »
Prédication
Maintenant ? Le vieux Syméon tenait dans ses bras l’enfant Jésus. Porté par l’Esprit Saint, dans une prophétie remplie d’espérance, il pouvait bien dire avoir « vu le salut » que Dieu préparait depuis ses premières alliances avec son peuple, une espérance qui, cependant, débordait ce peuple pour rejaillir désormais sur « les nations ». Maintenant Jésus, le Messie, dans ses bras, il tenait quelque chose du salut ! Syméon était ainsi déjà tout à la fois consolé et consolateur !
Mais qu’est-ce que ce « Maintenant » pour nous ? Pouvons-nous dire aujourd’hui « tiens, là je tiens le salut ; je l’ai aussitôt, avec promptitude, par devers moi, devant moi ? » Pouvons-nous le dire avec la fermeté de Syméon ? Que tenons-nous dans nos mains qui pourrait être signe, consolation annonçant le salut ? Pouvons-nous voir quelqu’un « maintenant » le salut de Dieu ?
En ce temps de Noël, les églises contiennent une « crèche » ! On y « voit » quelque chose du salut de Dieu représenté naïvement et profondément tout à la fois. Mais pouvons-nous dire que nous l’avons en main, que nous le tenons ? Vous me direz que nous recevons dans la main le Corps du Christ, mort et ressuscité, lorsque nous communion ? C’est vrai… mais nous ne le tenons pas en main, de fait, aussitôt, nous ne le voyons plus car nous le mangeons.
Alors, « maintenant » le salut ? Si on écoute bien la proclamation évangélique du jour, on décèle un délai, un avenir pas encore accompli. Maintenant, signifie aussi aussitôt, dans un moment, promptement. Dire « maintenant », c’est donc dire une espérance en train de s’accomplir, une espérance qui, ancrée dans l’Esprit Saint, entrevoit dans ce qui est infime, petit – l’enfant Jésus – du grand, de l’énorme, de l’inouï : le salut de Dieu… un salut qui est « relèvement », libération et résurrection.
Nous n’avons pas tous, il est vrai, l’âge de Syméon. Mais baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, habités par l’Esprit de Dieu, nous pouvons aussi dire, entre nous, « maintenant mes yeux ont vu le salut ». Quand ? Quand le pardon l’emporte sur la haine. Quand les pauvres et les victimes reçoivent justice. Quand la vérité triomphe ou, à tout le moins, ébranle les mensonges et les illusions. Pour que ces moments aient lieu, rien de mieux que de poser promptement les gestes qui contribueront à préparer les cœurs et les yeux à croire en un Dieu qui a pris chair, un Dieu qui est compassion et action pour la justice et la vérité, un Dieu qui pardonne et qui enjoint à ses enfants de pardonner à leur tour.
Fr. Maxime Allard, O.P.
PRIÈRE
Dieu tout-puissant, que nul ne peut voir,
tu as dissipé les ténèbres du monde
par la venue de ta lumière ;
nous t’en prions,
tourne vers nous ton visage de paix,
pour que nos louanges proclament l’œuvre merveilleuse
que tu as accomplie dans la naissance de ton Fils unique.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
