25 décembre 2025
Fêter Noël?
Aujourd’hui, jour de la Nativité du Fils de Dieu, le frère André Descôteaux, O.P., nous invite à découvrir le mystère de sa naissance dans la chair humaine pour accomplir le don d’Amour de Dieu pour toute l’humanité.
LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (52, 7-10)
Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.
LETTRE AUX HÉBREUX (1, 1-6)
À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur.
En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? Ou bien encore : Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ? À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (1, 1-18)
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.
Prédication
Une paroisse du diocèse de Boston a créé tout un émoi. La Sainte Famille n’est pas dans la crèche extérieure comme on peut voir sur la photo accompagnant cette homélie. Elle a trouvé refuge, nous dit l’affiche, dans l’église, car elle aurait pu être arrêtée par l’agence américaine I.C.E. (Immigration and Customs Enforcement). Celle-ci est responsable d’appliquer la réglementation entourant les migrants. Plusieurs ont été arrêtés et vivent dans des prisons où le régime est très sévère. On a même refusé à des prêtres d’aller y célébrer l’eucharistie. L’archevêque de Boston a demandé au curé de la paroisse de remettre la Sainte Famille dans la crèche à cause de son caractère controversé.
Je comprends très bien que cette crèche soit controversée d’autant plus que les catholiques américains ont voté majoritairement pour monsieur Trump qui avait promis une politique migratoire musclée.
Au-delà de la controverse que peut susciter cette crèche, je me demande si celle-ci convient alors que, pour une fois dans l’année, nous sommes bons les uns pour les autres. C’est le temps des rassemblements familiaux et amicaux. Plusieurs familles en profitent pour partir en vacances ensemble. Du temps de qualité, comme on dit ! Alors que les jours sont les plus courts, nous illuminons l’extérieur et l’intérieur de la maison. Nous cherchons à faire plaisir aux autres de différentes manières par des cadeaux ou encore par la préparation de bons petits plats. La générosité dépasse les limites des maisons. C’est la période de l’année où de multiples organismes de charité viennent solliciter nos dons. Il y a aussi toutes ces personnes qui s’impliquent auprès des malades, des oubliés, des exclus. Les enfants hospitalisés sont tellement heureux quand les joueurs du Canadien viennent les visiter ! Noël, une période où le plus beau visage de l’être humain se manifeste. Un temps de paix ! Une pause dans ce quotidien marqué par la compétition, le calcul et la mesquinerie. Oui, une pause qui fait du bien même si, quelques fois, nous nous courrons dans les magasins et si nous nous imposons une pression supplémentaire pour arriver comme tout le monde au 24 décembre. Une pause ! Comme on dit en bon québécois « peut-on, une fois dans l’année, nous sacrer patience ? » Une paix sans nous remettre sur le nez tous ces problèmes qui nous assaillent à longueur d’année, sans ces souffrances qui s’imposent à nous, sans ces blessures d’une humanité maltraitée, souffrante, exploitée qui sont sans cesse relayées par les médias. Pour quelques jours, la paix, s’il vous plaît ! Une belle petite crèche, s’il vous plaît !
Récemment, je lisais un article où des parents, qui n’avaient donné aucune éducation religieuse à leurs jeunes enfants, racontaient comment ces derniers avaient réagi quand ils ont entendu pour la première fois le récit de la naissance de Jésus. Ils ont été horrifiés ! Oui, vous m’avez bien lu. Ils en ont eu froid dans le dos. Et pourquoi ? Un couple dont la femme est sur le point d’accoucher ne trouve nulle part où mettre au monde son enfant si ce n’est dans une étable. C’est sale (la saleté revient souvent dans les commentaires). Quelle horreur de déposer le nouveau-né dans une mangeoire sale ! C’est l’hiver. Ils ont froid. Un bœuf et un âne, c’est crotté ! Et ça pue ! Les anges qui apparaissent, des puissances cosmiques qui surgissent, au départ, effraient. Veulent-elles du bien ou cherchent-elles le mal ? Les bergers qui arrivent avec leurs moutons : pauvres, malpropres avec l’odeur de brebis. Et si l’on poursuit le récit, il y a la fuite en Égypte, le massacre des Innocents, Jésus qui vit comme un réfugié pour quelques années.
Même si je peux comprendre la réaction des enfants, j’en ai été surpris. Je suis tellement habitué à me représenter le récit de la naissance de Jésus dans une belle crèche, toute propre, avec de la paille fraîche, des animaux bien gentils soufflant sur un beau petit Jésus de cire dans une belle robe de satin, de beaux rois mages richement vêtus, sans oublier ce petit ange qui incline la tête lorsqu’on lui verse une pièce de monnaie. Sans compter ces poinsettias de Noël qui entourent la crèche et tous ces beaux chants traditionnels !
Pourtant, ces enfants ne nous ramènent-ils pas au vrai Noël, aux débuts de la vie de Jésus tels qu’ils ont été ? Ne nous cachons pas la vérité : ils ont été très durs. Dans un sens, ils annoncent déjà sa fin. Non seulement personne ne veut l’accueillir, mais il est emmailloté et couché dans une crèche. Certains commentateurs du début de l’Église y voient même une annonce de Jésus qui, après sa mort, sera enveloppé, cette fois, d’un linceul et déposé dans un tombeau. Alors, comment célébrer cet événement ? Pire encore, faut-il encore fêter ?
Il est clair que nos célébrations, avec leur surconsommation ou un luxe sans limites, peuvent trahir ce Noël. Pourtant, si le Fils de Dieu prend ce chemin de pauvreté pour rencontrer l’humanité au point de devenir lui-même l’un de nous, n’est-ce pas pour nous conduire avec lui de la misère à la vie en plénitude ? Ne pouvons-nous donc pas nous en réjouir ? Ce Jésus est, comme dit Isaïe, le prince de la paix. Il naît sans armes, pauvrement pour briser ce monde de haine et de violence que, malheureusement, l’être humain s’ingénie à construire. La violence n’engendre que la violence ! La haine, la haine ! Vite, un nouveau début ! Voilà Noël. Avec l’enfant de la crèche naissant, c’est l’humanité qui renaît, car Dieu est avec elle. Il est Jésus, le Dieu qui sauve ! Il est l’Emmanuel, Dieu avec nous ! L’avenir est ouvert. Dieu ne nous condamne pas. Au contraire, l’Enfant de la crèche est son plus beau mot pour chacun et chacune de nous : « je t’aime » ! Un mot de vie, un mot d’espérance, un mot illuminant nos ténèbres.
Voilà pourquoi il me semble que nous pouvons fêter ! Certes, il faut marcher et s’engager avec Jésus pour le salut de l’humanité, mais nous pouvons nous donner une pause non pas en enfouissant notre tête dans le sable de notre réalité, mais en prenant le temps de déballer ce magnifique cadeau d’une présence qui vient, par amour, nous libérer et nous partager sa vie : une vie de communion, de justice, de paix et d’amour ! Soyons bons les uns pour les autres, comme Dieu est bon pour nous, comme Jésus est bon pour nous ! Rassemblons-nous et partageons ! Aimons-nous les uns les autres comme nous sommes aimés ! C’est Noël, c’est le début de la fin du monde ancien. C’est la naissance d’un nouveau monde ! Réjouissons-nous à la manière du Christ en faisant de la place aux démunis ou aux blessés de la vie ! Ils sont souvent plus près de nous que nous le pensons.
Je termine en cédant la parole à ce grand théologien jésuite du XXe siècle, Karl Rahner. « Si Noël est autre chose que les bougies, la joie des enfants et la poussière lumineuse des sapins ; si Noël est l’adhésion de notre cœur à la parole de l’amour divin qui s’exprime dans cet enfant, alors c’est le vrai Noël, alors on a bien autre chose que l’atmosphère de Noël, alors on a Noël dans tout l’éclat de sa vérité. […] ‘Je suis là, dit Dieu. C’est Noël. Allons, allumez les bougies ! Elles ont plus de droit que toutes les ténèbres ! C’est Noël. Et Noël ne passe pas, c’est éternellement Noël !’ » (L’homme au miroir de l’année chrétienne, p. 32-33, 36).
Joyeux Noël
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu as merveilleusement créé l’être humain dans sa dignité,
et tu l’as rétabli plus merveilleusement encore :
accorde-nous d’être unis à la divinité de ton Fils,
qui a voulu prendre notre humanité.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
