21 novembre 2025
Marie est de notre famille
En cette journée de la Présentation de la Vierge Marie, le frère Raymond Latour, O.P., nous explique comment, en refusant à sa mère et à ses frères un accès privilégié à sa personne, Jésus a su rendre la famille du Christ illimitée et plus profonde dans la foi, ainsi que nous rapprocher de la Vierge Marie.
LIVRE DU PROPHÈTE ZACHARIE (2, 14-17)
Chante et réjouis-toi, fille de Sion ; voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi – oracle du Seigneur. Ce jour-là, des nations nombreuses s’attacheront au Seigneur ; elles seront pour moi un peuple, et j’habiterai au milieu de toi. Alors tu sauras que le Seigneur de l’univers m’a envoyé vers toi. Le Seigneur prendra possession de Juda, son domaine sur la terre sainte ; il choisira de nouveau Jérusalem. Que tout être de chair fasse silence devant le Seigneur, car il se réveille et sort de sa Demeure sainte.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (12, 46-50)
En ce temps-là, comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Prédication
Le Christ, né de la Vierge Marie, événement que nous célèbrerons avec faste dans un peu plus d’un mois, a eu une répercussion sur tout le genre humain, et d’abord c’est Marie la mère du Rédempteur qui a été comme irradiée par cette venue dans la chair. Elle a été d’avance préparée pour cette mission de porter le Fils du Père éternel et ainsi devenir Mère de Dieu. Tout en elle n’a été qu’obéissance à Dieu et à son dessein de salut.
La fête de la Présentation rattache fortement Marie au Temple où elle s’offre à Dieu et semble exprimer le désir d’habiter sa demeure. Elle y trouvait ses délices. Là, plus qu’ailleurs, elle vivait en présence de Dieu, Dieu qui faisait toute sa joie. Jamais la jeune fille n’aurait pu se représenter que sa vie pourrait graviter encore davantage dans ce mystère de la Parole et de la présence de Dieu, au point de réaliser en elle la prophétie de Zacharie entendue dans la première lecture : « fille de Sion, voici que je viens, j’habiterai au milieu de toi ».
Une telle proximité est enviable. Peut-être pour équilibrer les choses, l’évangile d’aujourd’hui opère un sérieux renversement. La mère de Jésus se retrouve « dehors » avec ses frères, tout le contraire d’une Marie au Cénacle, complètement intérieure à la vie de la communauté. Dans l’évangile, elle se présente avec « les frères » de Jésus, qui, avec elle, demandent audience. Ils sont là, « dehors, qui cherchent à te parler ». Dedans, il y a non seulement les disciples, mais « une foule », ou alors une foule de disciples venue pour l’écouter.
Les deux groupes sont comme mis en opposition. Celui du dehors, sans le dire explicitement, se réclame du lien de parenté qui lui vaudrait un certain privilège, un « accès » à Jésus. Celui du dedans semble indiscriminé. « Une foule » qui aurait répondu à une invitation « portes ouvertes ». Rien n’est dit sur la capacité d’accueil de la salle, mais on peut supposer qu’il restait bien quelques places et que la mère de Jésus et ses frères auraient pu se glisser parmi cet auditoire. Ils ont plutôt signalé leur présence à un des assistants qui a eu l’obligeance de transmettre le message à Jésus qui, s’il s’y était conformé, serait sorti de la maison pour aller à leur rencontre. Mais voilà que cette attente « naturelle » des membres de la famille de Jésus est déjouée. Il ne bougera pas. La demande « familiale » donne cependant l’occasion à Jésus de qualifier son auditoire. La famille de Jésus prend soudain de nouvelles dimensions.
Les familles humaines, même si l’on s’appelle « Tremblay » ou « Bouchard » ou « Côté » restent limitées, aussi nombreuses soient-elles. Celle de Jésus peut toujours accueillir de nouveaux membres. Elle n’est pas constituée par les liens du sang, mais par une communion de foi. Pour l’exprimer, Jésus a recours à son identité de Fils qui dépasse sa propre identité humaine. Il reconnaît pour mère, frères et sœurs, toute personne qui fait « la volonté de son Père qui est aux cieux ».
Jésus s’est montré « Fils » en faisant la volonté du Père. Il en va de même pour celui ou celle qui inscrit sa vie dans cette lignée. Tous nous sommes appelés à être ce que nous sommes en vérité, des fils et des filles de Dieu, et par là, des frères et des sœurs de Celui qui nous a dévoilé notre identité.
Notons qu’il s’agit d’une identité qui atteint réellement la personne de Jésus. Cette personne, affirme-t-il, est « pour moi » un frère, une sœur, une mère ». Jésus assure que c’est ainsi qu’il nous considère. Nous sommes de sa famille. Et non pas « autant que » ou « comme » sa famille. Le lien de la foi est pour lui plus réel, plus profond, plus agissant que celui de sa famille selon la chair. Parce que nous sommes de sa famille, nous pouvons avoir audience, accès auprès de lui. Ce n’est pas un privilège qui nous serait dévolu de façon exclusive, comme c’était le cas du « nous » fermé du lien familial. Tous peuvent se joindre au cercle des disciples qui compose la famille de Jésus. Il y a toujours de la place. Que personne ne reste dehors !
La mère de Jésus et ses frères n’ont pas à rester dehors. Ils peuvent toujours entrer et devenir membre de la famille. Jésus n’exclut personne. C’est le rapport que nous avons à son Père qui détermine notre appartenance. Il s’agit seulement de « faire sa volonté ». Marie n’a jamais prétendu à un autre titre que celui-là : « celle qui fait la volonté du Père ». Et c’est pourquoi nous l’honorons aujourd’hui. Elle est notre mère, notre sœur. Avec elle, nous formons ce grand cercle toujours ouvert qui compose la famille de Jésus. Dans notre dévotion, nous lui conférons une place prééminente parce que, par elle, beaucoup ont été conduits à devenir des fils et des filles. N’était-elle pas dès son plus jeune âge dans la maison, à l’écoute de la volonté du Père ?
Fr. Raymond Latour, O.P.
PRIÈRE
Puisque nous célébrons la glorieuse mémoire
de la très sainte Vierge Marie,
nous t’en prions, Seigneur,
accorde-nous, à son intercession,
d’avoir part, nous aussi,
à la plénitude de ta grâce.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
