10 septembre 2026
Bénir au lieu de maudire
Aujourd’hui, Gustavo Adolfo Garay Ortega nous explique à quoi ressemble le pardon et l’amour de nos ennemis, qui sont des contributions importantes au Royaume de Dieu parce qu’elles empêchent le mal de se répandre.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (8, 1b-7.10-13)
Frères, la connaissance rend orgueilleux, tandis que l’amour fait œuvre constructive. Si quelqu’un pense être arrivé à connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait ; mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est vraiment connu de lui.
Quant à manger ces viandes offertes aux idoles, le pouvons-nous ? Nous savons que, dans le monde, une idole n’est rien du tout ; il n’y a de dieu que le Dieu unique. Bien qu’il y ait en effet, au ciel et sur la terre, ce qu’on appelle des dieux – et il y a une quantité de « dieux » et de « seigneurs » –, pour nous, au contraire, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons ; et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout vient et par qui nous vivons.
Mais tout le monde n’a pas cette connaissance : certains, habitués jusqu’ici aux idoles, croient vénérer les idoles en mangeant de cette viande, et leur conscience, qui est faible, s’en trouve souillée.
En effet, si l’un d’eux te voit, toi qui as cette connaissance, attablé dans le temple d’une idole, cet homme qui a la conscience faible ne sera-t-il pas encouragé à manger de la viande offerte aux idoles ? Et la connaissance que tu as va faire périr le faible, ce frère pour qui le Christ est mort. Ainsi, en péchant contre vos frères, et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre le Christ lui-même.
C’est pourquoi, si une question d’aliments doit faire tomber mon frère, je ne mangerai plus jamais de viande, pour ne pas faire tomber mon frère.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (6, 27-38)
En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.
« Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.
« Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »
Prédication
Que pouvons-nous dire de l’invitation de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui (Lc 6, 27-38) : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » Cette exhortation pourrait sembler trop exigeante pour notre fragilité humaine.
Réunir « amour/pardon » et « ennemis » est probablement ce qu’il y a de plus difficile dans l’idéal chrétien. Effectivement, la proposition de Jésus rompt avec les paradigmes de justice jusque-là existants et semble se mettre en dehors de la portée de l’être humain. Dans son temps et encore aujourd’hui, la loi du talion est considérée comme une façon plus logique, juste et rapide d’appliquer la justice, de rendre à chacun ce qui lui est dû : une faute commise a des conséquences et crée une dette qu’il faut payer. Dans un cas d’agression par exemple, personne ne trouvera anormal que la personne blessée soit incapable de pardonner à son agresseur. On sait aussi que lorsqu’une personne est envahie par la colère et la rancune, une soif de vengeance peut rapidement émerger. Mais est-ce là un réel désir de justice ou est-ce plutôt le cri de douleur d’un esprit toujours prisonnier de l’expérience qui l’a traumatisé ?
Il n’est pas rare pour une victime de penser que la punition de son agresseur est nécessaire à sa guérison, qu’il faut que cette personne ait « ce qu’elle mérite » ou qu’elle « comprenne simplement » la douleur dont la victime a souffert et promette de ne plus recommencer. Dans ce sens, dire à une victime qu’elle doit « aimer son ennemi » pour respecter la volonté du Christ va à l’encontre de toute logique humaine, contre le sens commun et démontrerait même un manque flagrant d’empathie et de compassion.
Cependant, aimer ses ennemis ne signifie pas refouler sa douleur ou rester passif ou permissif face au mal. Au contraire ! Il faut toujours être en alerte et refuser activement de lui laisser une place dans nos vies, aussi petite soit-elle. Bien que la colère et la peur soient naturelles et légitimes, elles ne doivent pas devenir des raisons d’agir ou une base pour prendre des décisions. Du moment qu’une graine du mal a été semée, la miséricorde chrétienne cherche à la neutraliser plutôt qu’à la laisser prendre racine dans le cœur de la victime, comme elle l’a fait pour l’agresseur. Chercher à imiter la miséricorde de Dieu, c’est percer du regard une tempête d’émotions et de sentiments envahissants pour s’en libérer et être capable de poser à nouveau un regard lucide et paisible sur le monde, sur soi-même et sur l’être humain qui nous a blessé. Et cela prendra autant de temps que nécessaire.
Cette attitude est la contribution du croyant pour rendre possible le projet du Royaume. Dieu montre sa bonté en pardonnant à l’être humain et en l’accueillant en tout temps. Pardon et réconciliation sont au plein centre du message du Christ ; sa mission est justement de sauver l’humanité tout entière à travers le sacrifice de la Croix. La volonté de Dieu est de nous donner la vie en plénitude.
Dans son temps, cette proposition révolutionnaire de Jésus remettait en question le comportement et l’enseignement des pharisiens et des maîtres de la loi qui divisaient le peuple en bonnes et mauvaises personnes, maintenant une société où il fallait abhorrer les méchants. Au cours de l’histoire, les disciples de Jésus ont aussi toujours été confrontés à ce que la société et même la tradition religieuse ont proposé comme justice humaine plutôt que la miséricorde évangélique.
Donc, pour nous comme disciples, l’amour doit prendre la place de la haine, bénir au lieu de maudire, la non-violence ou la paix face à la violence. Parler d’amour selon le Christ ne se réduit pas à un pur sentiment : il s’agit de faire le bien, de laisser de côté tout intérêt de recevoir en réciprocité, de chercher le bienêtre de l’autre sans négliger le sien, d’aimer sans mesures et sans limites. L’amour est l’élément essentiel dans l’expérience avec/de Dieu que Jésus révèle et enseigne. Accorder le pardon à l’autre, ou autrement dit commencer à l’aimer, est une action libératrice de ce qui nous fait mal. Se revêtir de la miséricorde, comme nous dit saint Paul, c’est vraiment humaniser nos vies. Avons-nous besoin de rafraîchir notre garde-robe ?
Que l’Esprit Saint nous guide toujours pour nous habiller de l’amour de Dieu !
Gustavo Adolfo Garay Ortega
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
qui régis et le ciel et la terre,
exauce, en ta bonté, les supplications de ton peuple
et donne à notre temps la paix qui vient de toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
