11 septembre 2026
Voir clair et s’entraîner
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique que la parabole du jour nous invite à retourner la correction fraternelle vers nous-même dans la lucidité et l’humilité.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (9, 16-19.22-27)
Frères, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée. Alors quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile.
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.
Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas.
Moi, si je cours, ce n’est pas sans fixer le but ; si je fais de la lutte, ce n’est pas en frappant dans le vide. Mais je traite durement mon corps, j’en fais mon esclave, pour éviter qu’après avoir proclamé l’Évangile à d’autres, je sois moi-même disqualifié.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (6, 39-42)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.
« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »
Prédication
Aujourd’hui, Jésus parle en parabole. Il est question d’aveugle, puis de paille et de poutre. Dans les deux cas, il s’agit du regard, de voir. C’est notre œil qui est en jeu. Pour guider autrui, ou pour le corriger. Quand un aveugle guide un autre aveugle, il y a risque de s’égarer ! En Matthieu (15, 12-14), cette même parabole vise les Pharisiens. Mais ici, en Luc, elle n’est pas en extériorité, elle s’adresse aux disciples, à nous. Comment prétendre guider les autres, si nous ne voyons pas clair ?
Cela se poursuit avec la paille et la poutre, où sont mis en contraste deux réalités, l’une petite et l’autre grande. Et la grande, la poutre, elle est dans notre œil, non pas dans celui de l’autre ! Encore là, nous sommes ramenés à nous-mêmes. Il y a dans ces images de Jésus une part d’humour et de provocation. Il a dû le dire avec un certain sourire au visage. Ses paroles appellent à une certaine humilité, à ne pas nous prendre pour d’autres. Et à ne pas juger les autres trop vite, pour leurs petites faiblesses.
Cela m’a rappelé la fois où j’étais choqué de voir que la clé de l’auto que j’allais prendre n’était pas là. Encore quelqu’un qui a oublié de la remettre, ah ces frères… Pour m’apercevoir un peu plus tard que la clé était dans le manteau de celui qui l’avait prise la veille, i.e. moi-même ! Cela te ramène sur terre et t’invite à l’humilité et à ne pas voir trop vite la paille dans l’œil de l’autre.
Dans cette parabole, un mot revient plusieurs fois : frère. Il s’agit de la correction fraternelle, qui a sa place dans toute expérience communautaire. Mais Jésus nous invite à d’abord nous inclure nous-mêmes dans l’effort de connaissance de soi, de nos forces et faiblesses, et de transformation de soi, de nos façons de voir, d’être et de faire. Non pas penser et dire : oui, je le vois bien, tous ces gens qui sont aveugles, qui ont une super-paille dans l’œil. Mais plutôt : quels sont mes aveuglements, quelles sont ces poutres qui m’empêchent de voir clair ? L’habitude, les préjugés, les stéréotypes, la crainte de voir ce qui se passe, la vanité, l’indifférence,…
Entre les deux paraboles, Jésus fait une remarque sur le maître et le disciple. Pour que le disciple devienne comme le maître, cela requiert de la formation, i.e. un travail à long terme sur nos regards, nos attitudes et nos pratiques et un accompagnement par et avec d’autres disciples. Ou encore, comme l’athlète a besoin d’un entrainement rigoureux pour participer aux célèbres Jeux isthmiques de Corinthe, célébrés aux deux ans et incluant plusieurs disciplines dont la course et la lutte, de même le disciple de Jésus est appelé à des efforts et renoncements pour s’engager à sa suite. Paul emploie ces comparaisons (1 Co 9, 24-27), pour mieux rejoindre ses lecteurs, avides de sports. C’est un langage qu’ils comprennent et qui les touche.
Jésus et Paul : voici deux communicateurs inspirants, attentifs aux expériences et événements et sachant utiliser un langage riche en images et parlant.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
fais-nous agir pour toi d’une volonté ardente,
et servir ta gloire d’un cœur sans partage.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
