Prédication, jeudi de la 23ème semaine du temps ordinaire

10 septembre 2026

Bénir au lieu de maudire

Aujourd’hui, Gustavo Adolfo Garay Ortega nous explique à quoi ressemble le pardon et l’amour de nos ennemis, qui sont des contributions importantes au Royaume de Dieu parce qu’elles empêchent le mal de se répandre.

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Prédication

Que pouvons-nous dire de l’invitation de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui (Lc 6, 27-38) : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » Cette exhortation pourrait sembler trop exigeante pour notre fragilité humaine.

Réunir « amour/pardon » et « ennemis » est probablement ce qu’il y a de plus difficile dans l’idéal chrétien. Effectivement, la proposition de Jésus rompt avec les paradigmes de justice jusque-là existants et semble se mettre en dehors de la portée de l’être humain. Dans son temps et encore aujourd’hui, la loi du talion est considérée comme une façon plus logique, juste et rapide d’appliquer la justice, de rendre à chacun ce qui lui est dû : une faute commise a des conséquences et crée une dette qu’il faut payer. Dans un cas d’agression par exemple, personne ne trouvera anormal que la personne blessée soit incapable de pardonner à son agresseur. On sait aussi que lorsqu’une personne est envahie par la colère et la rancune, une soif de vengeance peut rapidement émerger. Mais est-ce là un réel désir de justice ou est-ce plutôt le cri de douleur d’un esprit toujours prisonnier de l’expérience qui l’a traumatisé ?

Il n’est pas rare pour une victime de penser que la punition de son agresseur est nécessaire à sa guérison, qu’il faut que cette personne ait « ce qu’elle mérite » ou qu’elle « comprenne simplement » la douleur dont la victime a souffert et promette de ne plus recommencer. Dans ce sens, dire à une victime qu’elle doit « aimer son ennemi » pour respecter la volonté du Christ va à l’encontre de toute logique humaine, contre le sens commun et démontrerait même un manque flagrant d’empathie et de compassion.

Cependant, aimer ses ennemis ne signifie pas refouler sa douleur ou rester passif ou permissif face au mal. Au contraire ! Il faut toujours être en alerte et refuser activement de lui laisser une place dans nos vies, aussi petite soit-elle. Bien que la colère et la peur soient naturelles et légitimes, elles ne doivent pas devenir des raisons d’agir ou une base pour prendre des décisions. Du moment qu’une graine du mal a été semée, la miséricorde chrétienne cherche à la neutraliser plutôt qu’à la laisser prendre racine dans le cœur de la victime, comme elle l’a fait pour l’agresseur. Chercher à imiter la miséricorde de Dieu, c’est percer du regard une tempête d’émotions et de sentiments envahissants pour s’en libérer et être capable de poser à nouveau un regard lucide et paisible sur le monde, sur soi-même et sur l’être humain qui nous a blessé. Et cela prendra autant de temps que nécessaire.

Cette attitude est la contribution du croyant pour rendre possible le projet du Royaume. Dieu montre sa bonté en pardonnant à l’être humain et en l’accueillant en tout temps. Pardon et réconciliation sont au plein centre du message du Christ ; sa mission est justement de sauver l’humanité tout entière à travers le sacrifice de la Croix. La volonté de Dieu est de nous donner la vie en plénitude.

Dans son temps, cette proposition révolutionnaire de Jésus remettait en question le comportement et l’enseignement des pharisiens et des maîtres de la loi qui divisaient le peuple en bonnes et mauvaises personnes, maintenant une société où il fallait abhorrer les méchants. Au cours de l’histoire, les disciples de Jésus ont aussi toujours été confrontés à ce que la société et même la tradition religieuse ont proposé comme justice humaine plutôt que la miséricorde évangélique.

Donc, pour nous comme disciples, l’amour doit prendre la place de la haine, bénir au lieu de maudire, la non-violence ou la paix face à la violence. Parler d’amour selon le Christ ne se réduit pas à un pur sentiment : il s’agit de faire le bien, de laisser de côté tout intérêt de recevoir en réciprocité, de chercher le bienêtre de l’autre sans négliger le sien, d’aimer sans mesures et sans limites. L’amour est l’élément essentiel dans l’expérience avec/de Dieu que Jésus révèle et enseigne. Accorder le pardon à l’autre, ou autrement dit commencer à l’aimer, est une action libératrice de ce qui nous fait mal. Se revêtir de la miséricorde, comme nous dit saint Paul, c’est vraiment humaniser nos vies. Avons-nous besoin de rafraîchir notre garde-robe ?

Que l’Esprit Saint nous guide toujours pour nous habiller de l’amour de Dieu !

Gustavo Adolfo Garay Ortega

 

PRIÈRE

Dieu éternel et tout-puissant,
qui régis et le ciel et la terre,
exauce, en ta bonté, les supplications de ton peuple
et donne à notre temps la paix qui vient de toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.