15 mai 2026
Entre peine et joie
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous parle des contrastes de la vie que le Christ présente à ses disciples pour qu’ils restent centrés sur l’annonce de la Parole de manière créative malgré les défis.
LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (18, 9-18)
À Corinthe, une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : « Sois sans crainte : parle, ne garde pas le silence. Je suis avec toi, et personne ne s’en prendra à toi pour te maltraiter, car dans cette ville j’ai pour moi un peuple nombreux. » Paul y séjourna un an et demi et il enseignait parmi les Corinthiens la parole de Dieu.
Sous le proconsulat de Gallion en Grèce, les Juifs, unanimes, se dressèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal, en disant : « La manière dont cet individu incite les gens à adorer le Dieu unique est contraire à la loi. » Au moment où Paul allait ouvrir la bouche, Gallion déclara aux Juifs : « S’il s’agissait d’un délit ou d’un méfait grave, je recevrais votre plainte à vous, Juifs, comme il se doit. Mais s’il s’agit de débats sur des mots, sur des noms et sur la Loi qui vous est propre, cela vous regarde. Être juge en ces affaires, moi je m’y refuse. » Et il les chassa du tribunal. Tous alors se saisirent de Sosthène, chef de synagogue, et se mirent à le frapper devant le tribunal, tandis que Gallion restait complètement indifférent.
Paul demeura encore assez longtemps à Corinthe. Puis il fit ses adieux aux frères et s’embarqua pour la Syrie, accompagné de Priscille et d’Aquilas. À Cencrées, il s’était fait raser la tête, car le vœu qui le liait avait pris fin.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (16, 20-23a)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde.
« Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. »
Prédication
Jésus parle à ses disciples avec des contrastes : l’affliction et la joie, la souffrance et le bonheur. Il réfère à une expérience humaine fondamentale : celle d’un accouchement et d’une naissance. Mais de quoi parle-t-il à travers ces expressions ? D’abord du mystère pascal, celui de la Passion-Résurrection, toujours au cœur de l’Évangile, et en même temps de l’expérimentation de ce passage qu’en font les disciples.
Leur vie fraternelle et apostolique, leur foi et leur espérance, ne sont pas des réalités fixes, assurées, qui mènent aisément au Royaume, comme un fleuve tranquille. Il s’agit d’une naissance, d’une re-naissance, source de la vie même, mais qui n’advient pas sans peine et défis. Comme la mère qui accouche, mais non sans douleur, la communauté va se réjouir des néophytes qu’elle engendre dans le Christ.
Aujourd’hui encore, des inquiétudes et questions nous habitent, des pertes et deuils nous affligent. Quel avenir pour la Bonne Nouvelle dans un monde rétréci et violent, qui semble bannir le cœur et l’esprit hors du champ des compétences humaines ? Pourtant, c’est dans ce monde que nous sommes appelés à oser, à recommencer, pour que naissent des croyants, pour que des communautés se forment et grandissent, pour que prennent corps des engagements qui soutiennent l’orphelin, la veuve et l’étranger. Et ainsi, notre peine se changera en joie.
Il nous arrive de ne percevoir que l’absence et l’indifférence dans des milieux qui se méfient de tout horizon qui transcende l’immédiat des intérêts et des gains, des opinions et des sentiments. Pourtant, c’est sur ce terrain même, sec et rocailleux, que nous sommes appelés à semer la Bonne Nouvelle, qui nous réserve des surprises. Comme dit le Psalmiste (125,6) : On s’en va, on s’en va en pleurant, on porte la semence ; on s’en vient, on s’en vient en chantant, on rapporte les gerbes. Notre cœur alors se réjouira, et personne ne pourra nous enlever cette joie.
Dans la première lecture, nous voyons Paul, installé à Corinthe, qui enseigne la parole de Dieu. Et qui ainsi assure la formation à la vie chrétienne d’une communauté naissante. Aujourd’hui, dans la famille dominicaine, nous faisons mémoire d’un Bienheureux, le frère André Abellon (1375-1450). Prieur du couvent Saint-Maximin, en Provence, il a été lui aussi un prédicateur réputé et un professeur de théologie. En plus, il était un artiste-peintre, qui annonçait la parole par l’image (miniatures, peintures).
Rendons grâce pour toutes ces naissances qui adviennent, des nouveaux croyants, des communautés et mouvements, des projets et services, des œuvres visuelles et des musiques. Notre peine déjà se change en joie.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Seigneur, écoute nos prières :
que la prédication de l’Évangile réalise dans le monde
ce que ton Verbe promettait en se sanctifiant lui-même ;
et que l’adoption filiale, acquise en plénitude,
accomplisse le salut que le Christ annonçait
en rendant témoignage à la vérité.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
