14 avril 2026
Le partage, fruit de l'Esprit
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous amène à découvrir la réalité de la première communauté qui, dans le partage, a su mettre en pratique l’enseignement spirituel du Christ. Voilà le fruit de l’Esprit Saint.
LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (4, 32-37)
La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous.
Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.
Il y avait un lévite originaire de Chypre, Joseph, surnommé Barnabé par les Apôtres, ce qui se traduit : « homme du réconfort ». Il vendit un champ qu’il possédait et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (3, 7b- 15)
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? »
Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage.
« Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »
Prédication
Aujourd’hui, la liturgie de la Parole nous propose un amalgame surprenant. D’une part, les Actes des Apôtres nous présentent le mode de vie bien concret de la première communauté chrétienne. Les biens étaient mis en commun. Personne ne vivait dans l’indigence. D’autre part, le dialogue entre Jésus et Nicodème s’élève dans les hauteurs de l’Esprit qui permet à chacun de renaître. D’un côté, le concret. De l’autre, le spirituel que certains qualifieraient d’évanescent.
Pourtant, il ne faut pas s’imaginer que la vie de la première communauté repose sur des affinités personnelles ou sur le désir de vivre un certain idéal humain de partage des biens. Le verset 31 qui précède l’extrait retenu mentionne explicitement l’action de l’Esprit dans la communauté. « Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance » (Ac 4, 31). Comme le soutient le grand exégète Daniel Marguerat, l’œuvre de l’Esprit n’est pas seulement de susciter des témoins, une œuvre de la parole, mais aussi de créer un esprit de communion, qui unit la communauté croyante (L’historien de Dieu, p. 142).
« C’est leur foi nouvelle qui conduit les croyants à mettre en commun leurs propriétés et leurs biens, qu’ils vendent au profit des nécessiteux du groupe. Le principe n’est pas égalitariste : le produit de vente est distribué ‘selon les besoins de chacun’ » (p. 142). Ainsi « aucun d’entre eux n’était dans l’indigence », renvoyant au désir de Dieu exprimé au livre du Deutéronome (Dt 15, 4) dans le cadre de la législation sur l’année de la remise des dettes. Dieu a donné à son peuple une terre non pas pour que certains s’enrichissent et que d’autres vivent dans la misère. Tous doivent y trouver ce dont ils ont besoin. Tous font partie du même peuple libéré de la servitude. Être fidèle à l’alliance exige la solidarité, la générosité, le partage.
Le chrétien, la chrétienne sont, par nature, des êtres communautaires qui vivent dans une communion s’enracinant dans l’action de l’Esprit. La foi n’est pas cachée dans l’intime de la conscience, car elle vient de l’Esprit qui projette le croyant par la parole et par la vie vers l’autre en créant une communauté nouvelle.
Certes, tous les premiers chrétiens ne se comporteront pas comme Barnabé qui « vendit un champ et en apporta l’argent qu’il déposa aux pieds des Apôtres ». Il y aura Ananie et son épouse qui vendirent un bien et n’en remirent qu’une partie ayant affirmé qu’ils avaient tout donné. Ils seront châtiés à cause de leur mensonge. L’idéal de mise en commun par tous ne tiendra pas, mais, dans les Actes des Apôtres, nous voyons l’instauration de ces sept hommes pour combler le besoin du service des tables (Ac 6). Il y aura aussi l’envoi d’une contribution au service des frères et sœurs menacés par une famine (Ac 11). Il faudrait aussi mentionner tous ces exemples d’hospitalité qui émaillent le livre des Actes des Apôtres.
Le partage, la solidarité et l’hospitalité ne sont pas des fioritures. Ils sont au cœur de la vie chrétienne. Ils sont les premiers fruits de l’Esprit. Quant à la mise en commun des biens, il ne faut pas penser qu’il est mort. N’est-ce pas l’essence même du vœu de pauvreté prononcé par les religieux ? Écoutons saint Augustin qui débute sa règle ainsi.
« Tout d’abord, pourquoi êtes-vous réunis sinon pour habiter ensemble dans l’unanimité, ne faisant qu’un cœur et qu’une âme en Dieu. Ne dites pas ‘ceci m’appartient’ mais que, pour vous, tout soit en commun. Que votre supérieur distribue à chacun le vivre et le couvert, non pas selon un principe d’égalité – ni vos forces ni vos santés ne sont pas égales – mais bien plutôt selon les besoins de chacun. Lisez en effet les Actes des Apôtres : Pour eux tout était en commun et l’on distribuait à chacun selon son besoin. »
Que l’Esprit fasse de nous des témoins par notre parole mais aussi, et surtout, par notre vie vécue en communauté.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Dieu fort, nous t’en prions,
fais-nous proclamer la puissance déployée
dans la résurrection du Seigneur ;
nous avons reçu les prémices de sa grâce :
rends-nous capables d’en saisir la plénitude.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
