Prédication, 2e dimanche de Pâques A

12 avril 2026

Dieu a un nom : Miséricorde

En ce deuxième dimanche de Pâques, aussi appelé « de la Divine Miséricorde », l’abbé Normand Bergeron nous invite à nous laisser inspirer par le dynamisme de la première communauté pour vivre selon l’esprit de Jésus-Ressuscité.

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Prédication

Le pape Saint Jean-Paul II, lors de l’année du troisième millénaire, invitait tous les fidèles du monde entier à entrer dans une nouvelle ère sous le signe de la foi, de l’espérance et de la charité. Et c’est aussi en cette année 2000 que le saint pape propose à l’Église entière la grande dévotion à la divine miséricorde, inspiré qu’il est par la reconnaissance de la religieuse polonaise qui a fait connaître cet attribut de la divine miséricorde de Jésus : sœur Faustine. Cette dernière est canonisée durant l’année 2000. Ainsi, nous célébrons depuis plus de vingt-cinq années ce deuxième dimanche de Pâques comme étant celui dédié à la divine miséricorde.

Lorsque j’étais enfant, je me souviens d’une image de Jésus, en première année du primaire, où je pouvais observer un visage de bonté. Jésus avait la main droite élevée en train de faire le signe de paix et de bénédiction. Une autre anecdote de mon enfance où, dans nos maisons comme celles de plusieurs foyers, on retrouvait l’image du Sacré-Cœur de Jésus. De cette image, dont les contours étaient faits en forme de croix, on pouvait lire l’inscription suivante : « Je bénirai les foyers où l’image de mon cœur sera honorée et exposée ». Ainsi, dès ma jeunesse, j’ai eu la chance de grandir dans un milieu où la conception de Dieu était celle du « bon Dieu », lent à la colère et plein d’amour.

Les évangiles que nous proclamons en ce temps pascal ont tous une saveur de plénitude, de joie, de fraternité et d’espérance. Oui ! La vie est plus forte que la mort ! La crucifixion, la mort et la résurrection de Jésus confirment trois choses : la victoire de la vie sur la mort, la force de l’amour sur la haine et la grâce divine de la miséricorde sur le péché. Nous empruntons de manière bien imparfaite notre langage humain, notre propre expérience humaine, nos sentiments pour décrire l’expérience de Dieu : il est pris aux entrailles, aux « tripes », par des sentiments de bonté, d’amour et de miséricorde pour nous.

À l’exemple de Marie qui accueille en elle l’humanité de Dieu, ce sont des femmes qui accueillent le nouvel homme lors de leur visite au tombeau ouvert. N’est-ce pas un clin d’œil de Dieu qui, par ses sentiments de tendresse et de compassion, choisit les femmes pour réaliser son alliance avec l’humanité, vivre son incarnation et sa résurrection au sein de sa création ? Comme le dit bien le décret conciliaire de Vatican II sur la Parole de Dieu (Dei Verbum) : En Jésus-Christ s’achève et se réalise définitivement l’accomplissement de la Révélation divine. En Lui s’accomplit la Nouvelle Alliance entre Dieu et l’humanité.

Dans ce récit évangélique (Jean 20, 19-31) de ce deuxième dimanche de Pâques, nous pouvons observer combien Jésus se dévoile progressivement auprès de ses disciples. Il offre d’abord sa paix à ses disciples et il leur manifeste à travers ses gestes et ses paroles, son identité profonde : premièrement, il leur montre ses mains et son côté (la dimension du Fils) ; deuxièmement, il les envoie en mission (la dimension du Père) ; troisièmement, il leur insuffle son Esprit, avec la dynamique du pardon et de la miséricorde « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » (la dimension de l’Esprit-Saint). Ainsi, nous retrouvons là les bases essentielles de notre foi en la divine miséricorde ; Dieu qui nous pardonne au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Le pape François, dans le même esprit qui animait ses prédécesseurs comme le pape Jean-Paul II, nous permettra d’approfondir cette dimension importante de la grâce, du pardon, de la réconciliation et de la miséricorde de Dieu. En 2016, année du jubilé de la miséricorde, toute l’Église a favorisé cette année spéciale pour vivre et approfondir cette dimension incontournable du Dieu des chrétiens : l’amour inconditionnel du Père, le don ultime de son Fils, et les grâces sanctifiantes de l’Esprit au sein de notre monde et de notre Église.

Aujourd’hui, en 2026, partout dans le monde, à l’heure où de grands enjeux géopolitiques bouleversent notre planète entière, nous avons besoin de mettre notre foi et notre espérance en un Dieu qui n’est ni gourou, ni dictateur, ni bourreau, mais un Dieu qui se fait le défenseur de toute sa création. La première lecture de ce dimanche nous apporte un bel exemple d’une vie communautaire saine et heureuse et qui devrait inspirer tous les peuples de la terre. Lorsque nous proclamons ce magnifique texte fondateur de la première communauté, celle que nous retrouvons dans les actes des Apôtres, nous comprenons alors le dynamisme qui les animait. C’est cet élan fondamental qui a permis l’entrée massive et exceptionnel dans l’Église de nouveaux croyants et croyantes. Et pourquoi un tel témoignage ? Nous avons à relire intégralement le texte de ce deuxième chapitre, versets 42 à 47. Nous retrouvons là, le fondement par lequel une communauté peut vivre selon l’esprit de Jésus-Christ.

Une dernière anecdote à partager qui peut illustrer cette expérience d’une communauté qui s’efforce de vivre selon l’esprit de l’Évangile : la première paroisse où j’ai exercé mon ministère comme prêtre, il y a eu un incendie. Suite à ce drame, plus de cent cinquante bénévoles se sont retroussé les manches pour rebâtir l’église. Pendant plusieurs mois, nous avons vécu une histoire exceptionnelle de fraternité, d’entraide, de joie, de compassion, de partage des forces et des talents. Ce qui aurait pu coûter une fortune est devenue une entreprise réalisable. Et cela, grâce à la foi partagée et le zèle constant des bénévoles. Et près d’un an plus tard, nous avons célébré la consécration de cette nouvelle église.

L’Église, depuis ses débuts, doit continuer à vivre de foi, d’espérance et de charité. Et je souhaite que les nombreux étudiants de l’Université de Montréal, d’hier à aujourd’hui, puissent continuer de bénéficier de cette expérience extraordinaire vécue par le Centre Dominicum : un lieu pour partager, fraterniser, prier, et vivre selon l’esprit de l’Évangile. En ce dimanche de la divine miséricorde, prions pour que nous soyons toujours des porteurs de vie, de joie, de pardon, de paix et d’amour en nous et autour de nous. Que notre prière personnelle et collective nous fortifie pour vivre tous les cycles de nos études, les défis que nous vivons dans nos travaux et nos examens et les projets que nous chérissons pour notre présent et notre futur. Enfin, voici la belle exhortation que nous donne cet autre passage de l’évangile de Jean et qui nous interpelle à être miséricordieux comme le père céleste l’est : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres ; car l’amour est Dieu, et quiconque aime Dieu est né de Dieu et connaît Dieu » Jean 4,7.

Abbé Normand Bergeron

 

PRIÈRE

Dieu d’éternelle miséricorde,
chaque année, par les célébrations pascales,
tu ranimes la foi du peuple qui t’est consacré :
fais grandir le don de ta grâce,
afin que tous comprennent vraiment quel baptême les a purifiés,
quel Esprit les a fait renaître, et quel sang les a rachetés.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.

 


 

L’abbé Normand a fréquenté le Centre étudiant lors de ses études de Bac à la Faculté de Musique de l’UdeM en 1986 et à la Faculté de Théologie en 1989.