31 mars 2026
L'amour qui se donne
Jésus, au cœur du repas, révèle qu’il sera trahi par l’un de ceux qu’il a aimés jusqu’au bout, et pourtant il continue de se donner. La Passion devient le lieu où la fidélité de Dieu affronte nos fragilités, nos reniements et nos pauvretés. Comme le dit le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., en marchant avec Jésus vers Jérusalem, nous découvrons que la vraie gloire naît lorsque nous laissons son amour nous transformer.
LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (49, 1-6)
Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois.
Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu.
Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (13, 21-33.36-38)
En ce temps-là, au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples, il fut bouleversé en son esprit, et il rendit ce témoignage : « Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera. » Les disciples se regardaient les uns les autres avec embarras, ne sachant pas de qui Jésus parlait.
Il y avait à table, appuyé contre Jésus, l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait. Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler. Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus lui répond : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote. Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Mais aucun des convives ne comprit pourquoi il lui avait dit cela. Comme Judas tenait la bourse commune, certains pensèrent que Jésus voulait lui dire d’acheter ce qu’il fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres. Judas prit donc la bouchée, et sortit aussitôt. Or il faisait nuit.
Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
« Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. »
Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard. » Pierre lui dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi ! » Jésus réplique : « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois. »
Prédication
En ce mardi saint, l’Évangile nous conduit au cœur d’un moment d’une grande intimité : Jésus est à table avec ses disciples. Ce repas n’est pas seulement un repas ; c’est un espace où les cœurs se dévoilent, où la vérité des relations apparaît. Et c’est précisément là, dans cette proximité, que Jésus laisse monter ce qui le bouleverse : « L’un de vous me livrera. »
Ce n’est pas un étranger. Ce n’est pas un adversaire. C’est l’un de ceux qu’il a appelés par leur nom, qu’il a formés, accompagnés, aimés. Et le signe qu’il donne la bouchée trempée et offerte n’est pas un geste de dénonciation, mais un geste d’amitié. Jusqu’au bout, Jésus aura tenté d’ouvrir une brèche dans le cœur de Judas, de lui offrir une dernière occasion de revenir à la lumière.
Mais Jean nous dit qu’à ce moment précis, les ténèbres prennent le dessus. Jésus ne parle plus vraiment à Judas, mais à ce qui a envahi son cœur : « Ce que tu fais, fais‑le vite. » Comme si Jésus reconnaissait que l’heure est venue, que la Passion doit s’accomplir, que le Fils de l’homme doit être livré pour que la gloire de Dieu éclate.
Et cette gloire, Jésus la définit d’une manière qui nous dépasse : la gloire n’est pas un triomphe extérieur, mais le don total de soi, la capacité d’aimer jusqu’au bout, de traverser la nuit sans renoncer à la lumière.
Pendant cette Semaine Sainte, Jésus nous montre ce que signifie aimer en vérité : sortir de soi, briser l’égoïsme, laisser la vie divine circuler à nouveau. Le péché nous a fait perdre ce mouvement naturel du cœur qui se donne. Jésus, lui, va le restaurer en offrant sa vie.
Comme les disciples, nous ne comprenons pas tout immédiatement. Nous avons besoin de temps, de contemplation, de laisser l’amour du Christ nous façonner. Et Jésus nous dit, comme à Pierre : « Là où je vais, vous ne pouvez pas me suivre maintenant. »
Pierre, dans son enthousiasme, veut aller trop vite : « Je donnerai ma vie pour toi ! » Heureusement que Jésus connaît la fragilité humaine : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Ce n’est pas une condamnation. C’est une vérité. Pour suivre Jésus, il faut d’abord passer par la reconnaissance humble de notre pauvreté. C’est là que commence la vraie glorification : non pas dans la force, mais dans la vérité de ce que nous sommes.
En cette Semaine Sainte, Jésus nous invite à marcher avec lui vers Jérusalem, à regarder en face notre péché, à accueillir sa miséricorde, et à laisser son amour nous relever. Car la gloire de Dieu, c’est l’Amour qui se donne. Notre seule tâche, c’est de nous laisser transformer. Car dans la vie chrétienne, on ne perd jamais rien à se laisser aimer par Dieu : on y gagne la vie.
Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Accorde-nous, Dieu éternel et tout-puissant,
de célébrer les mystères de la passion du Seigneur
de telle sorte que nous obtenions le pardon.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
