Prédication, jeudi, 3e semaine du Carême A

12 mars 2026

Raisonnements tortueux et mauvaise foi

Aujourd’hui, en ce monde où les cœurs sont endurcis et la vérité semble secondaire dans les discussions, le frère Raymond Latour, O.P., nous rappelle, par l’exemple de Jésus, que nous devons être prêts à faire preuve d’une logique d’amour imparable !

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Prédication

Une expulsion de démon, cela provoque l’admiration. C’est bien ce qui s’est produit dans notre évangile quand Jésus a rendu la parole à un homme muet. C’est la réaction normale, attendue. Comment ne pas reconnaître un prodige qui se produit sous ses yeux ? Mais il s’est trouvé dans cette foule des voix dissidentes. Comme quoi, rien ne fait jamais l’unanimité. Il y aura toujours quelqu’un pour être en retrait, pour questionner, pour contester, et c’est souvent heureux, car l’esprit critique manque souvent cruellement. Mais la justification de ces objecteurs ne tient pas toujours la route. Il arrive, comme dans notre évangile, que ces voix soient davantage l’expression de la mauvaise foi que de la raison.

La page d’Évangile que nous avons entendu est l’une de celles où le raisonnement de Jésus se déploie le plus largement. Il a vite compris que les voix discordantes n’étaient pas guidées par la recherche de la vérité. Il a pu se faire la réflexion de Jérémie en première lecture : « La vérité s’est perdue ». Des gens attribuent l’expulsion du démon à une intervention de Béelzéboul, d’autres, non satisfaits, voudraient encore lui voir produire « un signe venant du ciel ».

Jésus n’espérait probablement pas les rallier, mais à tout le moins, il leur sert une petite leçon de logique, partant du principe « Tout royaume divisé contre lui-même devient désert », ce que l’expérience humaine ne manque pas à tout coup de confirmer. Combien de conflits internes n’ont produit que ruine et dévastation ?

Il n’y a pas de gagnant, même quand tout le monde est persuadé de son bon droit ou de détenir la vérité. Les divisions et les propos véhéments foisonnent sur les réseaux sociaux et les tribunes d’opinion. On s’invective joyeusement, férocement. Parfois jusqu’à la violence. La sincérité y est peut-être, quoique l’on puisse en douter, mais la vérité, personne ne semble trop la rechercher. Et la paix s’enfuit aussi.

Passons sur la demande d’un signe venu du ciel. Les interlocuteurs de Jésus l’ont bien en face d’eux et sont incapables de le reconnaître. Ils viennent d’être témoins d’un prodige mais réclament autre chose. Rien ne saurait les satisfaire.

Pourquoi le recours à Béelzéboul pour les autres ? Au moins, ils n’étaient pas dépourvus du principe de réalité, incapables de nier que quelque chose hors du commun, hors des forces humaines s’était produit devant eux. Un homme jusque-là muet se met à parler. Et toute une foule en est témoin. C’est donc indéniable. Oui, mais s’il s’agit d’une force surnaturelle, ce pourrait aussi être celle du diable, non ? Là-dessus, Jésus leur sert deux arguments. D’abord l’argument par l’absurde : si Béelzéboul agit par lui, c’est dire que les forces du mal se détruiront d’elles-mêmes, quel serait alors l’intérêt de cet Adversaire ? Un tel raisonnement s’effondre dès son énoncé. Un peu plus malicieusement, Jésus retourne l’argument contre ses contradicteurs : « vos disciples, par qui les expulsent-ils? ». Pourquoi, dans le cas de Jésus, attribuer à Béelzéboul une puissance qu’ils n’invoquent pas quand il s’agit de délivrances opérées par leurs propres disciples ?

Bien sûr, ils ne voudront pas admettre que c’est par le doigt de Dieu que Jésus opère, ce serait, selon les mots de Jésus, reconnaître que « le règne de Dieu est venu ». Voilà ce que ces gens refusent aussi obstinément que ceux à qui Dieu proposait jadis son alliance : « Écoutez ma voix… Je serai votre Dieu, et vous, vous serez mon peuple… Vous suivrez tous les chemins que je vous prescris, afin que vous soyez heureux ».

Mais voilà, les gens, au temps de Jésus avaient aussi le cœur endurci, incapable d’écouter, et bien sûr, incapable de reconnaître l’envoyé de Dieu. Tout le récit d’exorcisme a une pointe d’humour : il aurait mieux valu pour eux de se taire que de dire à haute voix la bêtise que leur inspirait leur raidissement, tournant le dos au bonheur que Dieu offre en Jésus Christ. Le muet s’est mis à parler. A-t-il proclamé la louange de Dieu? On peut le supposer, ce qui aura provoqué l’hostilité de certains.

L’Évangile toutefois se termine sur une note inquiétante. Un jour, ces forces du mal sembleront remporter la victoire. Mais ce ne sera pas la fin. La Résurrection de Jésus viendra accomplir finalement l’œuvre de rassemblement à laquelle Jésus a voulu donner sa vie.

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Nous t’en supplions, Seigneur souverain :
à mesure qu’approche le jour où nous fêterons notre salut,
accorde-nous une plus grande générosité
pour nous préparer à célébrer le mystère pascal.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.