Prédication, 1er dimanche du Carême A

22 février 2026

Choisir un désert !

Aujourd’hui, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous invite à laisser entrer Jésus dans nos déserts intérieurs, afin qu’il nous aide à ne pas devenir proie des tentations qui assèchent nos vies de leur sens.

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Prédication

Le premier dimanche de Carême est traditionnellement appelé le dimanche de la tentation. L’Évangile nous conduit au désert, là où Jésus affronte trois tentations que nous connaissons tous : l’avoir, le pouvoir et la gloire. Ce ne sont pas des tentations d’un autre temps. Ce sont les structures mêmes de nos désirs humains, les forces qui traversent nos sociétés, nos ambitions, nos études, nos relations.

L’avoir : la tentation de croire que la valeur d’une vie se mesure à ce qu’elle possède. Le pouvoir : la tentation de croire que la liberté consiste à ne dépendre de personne. La gloire : la tentation de croire que l’existence n’a de poids que lorsqu’elle est applaudie.

Soyons honnêtes : personne n’est indifférent à ces réalités. Nous aimons tous la sécurité matérielle. Nous aimons tous décider pour nous-mêmes. Nous aimons tous être reconnus pour ce que nous accomplissons. Et très souvent, ces trois tentations marchent ensemble. Elles se renforcent. Elles se nourrissent mutuellement. Elles peuvent même devenir des absolus qui déforment notre liberté intérieure.

Mais l’Évangile ne nous dit pas de résistez par nos propres forces. Il nous dit : laissez le Christ entrer dans nos déserts. Car le désert n’est pas un lieu géographique. C’est un lieu intérieur. C’est cet espace où nous sommes confrontés à nous-mêmes, sans masque, sans performance, sans justification. Un espace que nous évitons souvent, parce qu’il nous oblige à regarder ce que nous préférons ignorer.

Le Carême commence par cette vérité simple et radicale : nous ne sommes pas tout-puissants. Nous sommes poussière. Et c’est précisément là que Dieu peut enfin nous rejoindre. Jésus ne fuit pas le désert. Il l’habite. Il y affronte ce que nous fuyons. Et il nous montre que la victoire ne vient pas de la force, mais de la vérité. La vérité sur Dieu, la vérité sur nous-mêmes.

Aujourd’hui, le Christ nous invite à un travail intérieur exigeant : identifier nos propres tentations, non pour nous culpabiliser, mais pour reprendre la maîtrise de notre liberté. Le Carême n’est pas un exercice de privation. C’est un exercice de lucidité. Un retour à l’essentiel. Un refus de laisser nos désirs les plus nobles être déformés par la peur, l’orgueil ou la comparaison.

Dans un monde universitaire saturé de discours, de données, d’opinions, de pression à performer, le Carême nous propose quelque chose de radical : le silence intérieur. Un espace où Dieu peut enfin dire une parole qui ne ressemble à aucune autre. Et ce silence n’est pas un vide. C’est un lieu de rencontre. Un lieu où Dieu nous révèle ce qui, en nous, a besoin d’être éclairé, guéri, réorienté.

Le Christ attend notre collaboration. Il ne force jamais la porte. Il frappe, doucement, patiemment. À nous de lui ouvrir. Alors, en ce premier dimanche de Carême, je vous propose une démarche simple mais courageuse : choisissez un désert. Un seul. Un espace de votre vie où vous savez que vous avez besoin de lumière. Et laissez le Christ y entrer.

Peut-être un désert de fatigue intérieure. Peut-être un désert de comparaison, de pression, de perfectionnisme. Peut-être un désert de solitude, de doute, ou de colère. Peut-être un désert où l’avoir, le pouvoir ou la gloire ont pris trop de place.

Le Carême n’est pas là pour nous écraser. Il est là pour nous libérer. Pour nous ramener à ce que nous sommes vraiment : des êtres aimés, attendus, appelés à la vérité par Jésus-Christ qui s’est identifié comme chemin, vérité et vie. Que ce Carême soit pour nous un temps de profondeur, un temps d’authenticité, un temps où nous découvrons que Dieu ne nous demande pas d’être parfait, mais d’être vrai.

Amen.

Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu tout-puissant,
toi qui nous invites chaque année
à vivre le Carême en vérité,
donne-nous de progresser
dans l’intelligence du mystère du Christ,
et d’en rechercher la réalisation
par une vie qui lui corresponde.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.