Prédication, 4e mardi du temps ordinaire A

3 février 2026

Dieu se laisse toucher

Aujourd’hui, le frère Hervé Tremblay, O.P., nous explique qu’est-ce que les quatre personnages principaux des lectures du jour (entre autres, deux femmes d’afflictions et d’âges différents) nous apprennent sur l’amour de Dieu pour ses enfants.

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Prédication

Que s’était-il passé douze ans auparavant, qui avait mystérieusement mis en relation deux femmes qui ne se connaîtront jamais, qui ne se rencontreront jamais ? Douze ans auparavant, en effet, une fille naissait et une femme tombait malade. Plus tard, douze ans plus tard, Jésus de Nazareth passait par là et changeait la vie de l’une et de l’autre.

La plus âgée souffrait physiquement, économiquement et socialement. Physiquement par une maladie que le texte précise parce que c’est révélateur, des hémorragies ; économiquement parce qu’elle s’était ruinée chez des médecins incapables de la guérir ; socialement par son impureté. En effet, le sang (parce qu’il concernait le mystère de la vie et de la mort) rendait impur, c’est-à-dire exclu du culte public et de la société. Habituellement, c’était une condition temporaire et on pouvait réintégrer la communauté après quelques jours, mais pour la femme de la parabole, c’était permanent.

On comprend pourquoi la femme est hésitante, pourquoi elle a peur, elle qui a été exclue de la société depuis si longtemps. Elle touche Jésus par en arrière, furtivement, en cachette, en espérant que personne ne se rende compte de rien. Quiconque, en effet, était touché par une personne impure devenait lui-même impur. Il n’était donc pas content ! Jésus se rend compte que quelqu’un l’a touché. « Mais tout le monde autour t’a touché », lui disent les disciples un peu impatients. Peut-être, mais il y a une différence entre le toucher général et le toucher dans la foi. Le toucher qui ne produit rien du tout et le toucher qui fait « sortir une force » de Jésus.

Dans un premier temps, Jésus semble fâché. Comment ? Une femme impure m’a rendu impur ? C’est alors que la femme passe de l’arrière à l’avant. L’un devant l’autre, c’est plus facile de se parler, c’est plus facile d’entrer en relation. Un toucher par en arrière et une force incontrôlable, c’est assez impersonnel. Mieux vaut se parler en face et entrer en relation. C’est bien ce que Jésus lui redonne, des relations, une vie sociale. « Ma fille, va en paix ».

Il n’y a pas beaucoup à dire au sujet de la fille de Jaïre, qui n’a pas fait grand-chose… puisqu’elle était morte. Est-ce que c’est le retard de Jésus à se rendre à son chevet pour parler avec la femme malade qui est la cause de son décès ? Peu importe. Pour elle, l’intervention de Jésus en sa faveur veut dire un retour à la vie. On a l’impression que, si la guérison de la femme s’est faite en privé, celle de la fille de Jaïre a quelque chose de public, malgré le fameux « secret messianique » de la fin qui a sans doute été impossible à observer, vu ce qui s’était passé.

À ces deux femmes qui n’ont pas de nom, qui ne se connaissent pas et ne se rencontreront jamais, Jésus redonne non seulement la vie, mais la dignité.

La version longue dans l’évangile de Marc (elle a été raccourcie chez les parallèles de Matthieu et Luc) ne parle pas beaucoup du père, Jaïre, surtout après la réanimation de sa fille. Mais peut-être peut-on faire un rapprochement avec la réaction de David à la mort de son fils Absalom. Ce fils qui s’était révolté contre son père et voulait lui voler son trône, ce fils qui, peut-être, n’aurait pas hésité à le tuer si David ne s’était pas enfui de Jérusalem. Malgré tout, David pleure son enfant et s’attriste de sa mort brutale qu’il n’a pas voulue ni ordonnée. La raison politique a été plus évidente à l’oncle de David, le général en chef Joab. Un père reste un père. Non seulement il pleure, mais il dit qu’il aurait voulu mourir à la place de son fils. Les Pères de l’Église n’ont pas manqué d’y voir la douleur de Dieu le Père pour ses enfants, Lui qui aurait bien voulu mourir à leur place… et le fera effectivement.

David, Jaïre, deux femmes anonymes. Quatre personnages des textes bibliques d’aujourd’hui. Mais le personnage principal ne serait-il pas Dieu lui-même ? Dieu qui aime ses enfants et, effectivement, est mort et ressuscité pour eux ? Dieu qui guérit, Dieu qui redonne la vie de tant de manières, Dieu qui rend la dignité à ses enfants ?

Fr. Hervé Tremblay, O.P.

 

PRIÈRE

Sois favorable à tes fidèles, Seigneur,
et, par ta bonté,
multiplie pour eux les dons de ta grâce,
afin que, brûlant de charité, de foi et d’espérance,
ils soient toujours vigilants
pour garder tes commandements.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.