17 janvier 2026
Quand le désert devient Église
En cette fête de saint Antoine, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., met en parallèle le père de la vie monastique et Lévi, deux personnes qui ont été rejointes par Jésus dans le plus profond de leurs cœurs pour mieux s’ouvrir à une identité communautaire.
PREMIER LIVRE DE SAMUEL (9, 1-4.10c.17-19 ; 10, 1)
Il y avait dans la tribu de Benjamin un homme appelé Kish. C’était un homme de valeur. Il avait un fils appelé Saül, qui était jeune et beau. Aucun fils d’Israël n’était plus beau que lui, et il dépassait tout le monde de plus d’une tête. Les ânesses appartenant à Kish, père de Saül, s’étaient égarées. Kish dit à son fils Saül : « Prends donc avec toi l’un des serviteurs, et pars à la recherche des ânesses. » Ils traversèrent la montagne d’Éphraïm, ils traversèrent le pays de Shalisha sans les trouver ; ils traversèrent le pays de Shaalim : elles n’y étaient pas ; ils traversèrent le pays de Benjamin sans les trouver. Alors ils allèrent à la ville où se trouvait l’homme de Dieu.
Quand Samuel aperçut Saül, le Seigneur l’avertit : « Voilà l’homme dont je t’ai parlé ; c’est lui qui exercera le pouvoir sur mon peuple. » Saül aborda Samuel à l’entrée de la ville et lui dit : « Indique-moi, je t’en prie, où est la maison du voyant. » Samuel répondit à Saül : « C’est moi le voyant. Monte devant moi au lieu sacré. Vous mangerez aujourd’hui avec moi. Demain matin, je te laisserai partir et je te renseignerai sur tout ce qui te préoccupe. »
Le lendemain, Samuel prit la fiole d’huile et la répandit sur la tête de Saül ; puis il l’embrassa et lui dit : « N’est-ce pas le Seigneur qui te donne l’onction comme chef sur son héritage ? »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (2, 13-17)
En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait.
En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
Prédication
Aujourd’hui, nous célébrons une grande figure de la vie monastique, saint Antoine, ce grand témoin de l’Évangile qui, en se retirant au désert, a ouvert pour l’Église un chemin nouveau : celui de la vie monastique, de la recherche radicale de Dieu, du combat spirituel vécu dans la prière et la recherche de Dieu. En célébrant sa mémoire, nous nous rappelons que Dieu appelle chacun de nous à une vie intérieure plus profonde, à une liberté plus grande, à une conversion toujours renouvelée.
L’Évangile de ce jour nous éclaire sur ce que Jésus veut accomplir en faveur de ceux qu’il rencontre. Marc nous dit : « Jésus sortit de nouveau le long de la mer… il aperçut Lévi assis au bureau des impôts. » Lévi est là, enfermé dans son métier, prisonnier d’une réputation lourde, empêché d’être vraiment lui-même.
Et Jésus lui dit simplement : « Suis-moi. » Alors Lévi se lève et marche derrière lui.
Ce geste que pose Lévi est magnifique, car il nous montre que c’est Jésus qui rend possible ce relèvement. C’est lui qui libère, qui remet debout, qui fait renaître la vie là où elle semblait étouffée. Saint Antoine, lui aussi, a connu ce relèvement intérieur : en entendant l’Évangile proclamé dans son village, il s’est levé, il a tout quitté, et il a suivi le Christ avec une liberté désarmante. Comme Lévi, il a laissé Jésus ouvrir un chemin nouveau dans son existence.
Mais l’Évangile nous réserve une surprise à savoir que Lévi suit Jésus non pas pour aller ailleurs, mais pour rentrer chez lui, dans sa propre maison. C’est très significatif.
Avant de nous envoyer au loin, Jésus nous conduit au-dedans, dans cette demeure intérieure où il veut nous rencontrer, nous guérir, nous habiter. Saint Antoine a compris cela mieux que quiconque : en se retirant au désert, il n’a pas fui le monde, il est entré dans la maison la plus secrète, celle de son cœur, pour y laisser Dieu faire son œuvre.
Marc ajoute qu’il y avait là « beaucoup de publicains et de pécheurs ». Autrement dit, Jésus ne conduit pas Lévi vers une solitude isolée, mais vers une communauté de frères et de sœurs, tous en chemin, tous accueillis par la miséricorde. Suivre le Christ est une démarche personnelle, mais jamais solitaire.
Saint Antoine, malgré sa vie retirée, a rassemblé autour de lui des disciples, des chercheurs de Dieu, des hommes blessés qui trouvaient auprès de lui lumière, discernement et consolation. Ainsi le désert est devenu une Église.
Une Église peut être des malades, mais des malades pour qui Jésus est venu comme Il le rappelle dans l’Évangile : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » Ainsi en partageant la table des publicains, Jésus révèle que personne n’est exclu du cœur de Dieu.
Saint Antoine, dans sa sagesse, disait que le plus grand combat du moine est de ne jamais désespérer de la miséricorde divine. Il savait que Dieu cherche la brebis perdue, relève celui qui tombe, et ouvre toujours un chemin de retour.
Aujourd’hui, en faisant mémoire de saint Antoine, nous demandons d’être, comme lui, des hommes et des femmes qui se laissent appeler, relever, purifier. Nous demandons la grâce d’entrer dans notre propre maison intérieure, là où Dieu nous attend. Nous demandons aussi la force de marcher ensemble, en Église, comme une communauté de pécheurs pardonnés.
Que la prière de saint Antoine nous accompagne, qu’elle nous aide à goûter la présence du Christ au plus profond de nous-mêmes.
Loué soit Jésus-Christ !
Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu as donné au bienheureux abbé Antoine
de te servir au désert par une admirable manière de vivre ;
accorde-nous, à son intercession,
de renoncer à nous-mêmes pour t’aimer sans cesse et plus que tout.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
