6 novembre 2026
Une gérance ingénieuse
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous invite à sortir de la routine et de la résignation pour mettre notre intelligence, notre créativité et notre audace au service de l’Évangile.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX PHILIPPIENS (3, 17 – 4, 1)
Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre.
Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux ; d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir.
Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (16, 1-8)
En ce temps-là, Jésus disait aux disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”
« Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”
« Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.”
« Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. »
Prédication
Jésus propose en modèle un gérant pas très correct mais bien futé. Devant une impasse, cet administrateur a su trouver un moyen de s’en tirer et de survivre. Il ne s’est pas découragé, il ne s’est pas résigné à la fatalité de son sort et il a tenu compte de ce qu’il pouvait encore faire. Il était motivé : son avenir était en jeu ! Il a utilisé ses ressources, ses contacts, son expérience pour se sortir d’une situation qui semblait sans issue. C’est un petit malin, qui a su faire preuve d’intelligence, d’imagination, de débrouillardise. Évidemment, il les met ici au service de ses propres intérêts, et même il trompe son employeur ; il est vraiment malhonnête ! Mais il est habile et inventif. Jésus invite ses disciples à faire preuve eux aussi de débrouillardise, pour la cause du Règne de Dieu.
La routine, le fatalisme, la résignation, l’inertie, la peur, la paresse intellectuelle, le conformisme, voilà autant d’attitudes qui souvent nous tentent devant les défis actuels de la foi, de la vie communautaire, de l’annonce de l’Évangile. Si les premiers chrétiens en étaient restés à de telles attitudes, le christianisme serait mort-né. Quand on regarde l’inventivité missionnaire et communautaire de Paul et de ses équipes, l’audace et le courage de gens comme Étienne ou Barnabé, le sens de l’initiative de nouveaux chrétiens comme Lydie, Priscille et Aquilas, il y a de quoi trouver inspiration. Ces gens n’étaient pas assis sur leurs lauriers à attendre que le Règne de Dieu leur tombe du ciel sans qu’ils aient à utiliser leurs ressources d’intelligence et de sens pratique, d’imagination et d’affectivité.
Tout cela indique un sens de la responsabilité qui engage la personne, avec tout ce qu’elle est, au service du Dieu vivant. Dans l’histoire de l’Église, on peut regarder les fondateurs et fondatrices de communautés, les initiateurs de mouvements spirituels, les témoins passionnés de l’espérance, Catherine de Sienne, Vincent de Paul, Las Casas, Thérèse d’Avila, … Que de démarches, voyages et contacts, que de réflexions et recherches pour dénouer les impasses sociales et ecclésiales, pour faire avancer l’Église sur de nouveaux chemins, pour travailler à des réconciliations. Vouloir le bien, être pieux et fidèle, cela est bon mais ne suffit pas. Il faut aussi être inventif et tenace, comprendre ce qui se passe et prévoir ce qui vient, savoir contourner ou transformer les obstacles, travailler pour bâtir un avenir différent.
On peut penser aussi à tous ces croyants et pasteurs qui aujourd’hui s’investissent pour que leur communauté soit vivante : participation des membres, liturgies attrayantes, débats sur des questions controversées, service des plus pauvres, présence aux jeunes, parcours catéchétiques, centres de prière, formation permanente, … À chaque époque, quand l’Église est capable de faire confiance à ses ressources créatrices, elle entre dans des renouveaux. Rien ne peut remplacer l’ingéniosité attentive de personnes motivées. En langage chrétien, cela s’appelle l’Esprit.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
fais-nous agir pour toi d’une volonté ardente,
et servir ta gloire d’un cœur sans partage.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
