5 novembre 2026
Un cœur libre pour suivre Jésus
Aujourd’hui, le frère Gustave Nsengiyumva, O.P., nous explique que renoncer à certaines attaches nous permet de garder notre cœur plus ouvert à la collaboration de Dieu à notre vie et nous invite à un engagement sincère et réfléchi.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX PHILIPPIENS (2, 12-18)
Mes bien-aimés, vous qui avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et profond respect ; ne le faites pas seulement quand je suis là, mais encore bien plus maintenant que je n’y suis pas. Car c’est Dieu qui agit pour produire en vous la volonté et l’action, selon son projet bienveillant. Faites tout sans récriminer et sans discuter ; ainsi vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération tortueuse et pervertie où vous brillez comme les astres dans l’univers, en tenant ferme la parole de vie.
Alors je serai fier de vous quand viendra le jour du Christ : je n’aurai pas couru pour rien ni peiné pour rien. Et si je dois verser mon sang pour l’ajouter au sacrifice que vous offrez à Dieu par votre foi, je m’en réjouis et je partage votre joie à tous. Et vous, de même, réjouissez-vous et partagez ma joie.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (14, 25-33)
En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
« Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !”
« Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
« Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Prédication
Frères et sœurs,
Il y a quelque chose de presque provocateur dans l’Évangile que nous venons d’entendre. Jésus est suivi par des foules nombreuses. Il pourrait se réjouir de son succès, chercher à fidéliser ses sympathisants. Mais voilà qu’il se retourne et leur tient un discours qui ressemble davantage à une invitation à réfléchir qu’à un appel à le suivre. Il leur parle de croix, de renoncement, de détachement. On pourrait presque dire que Jésus est un bien mauvais stratège en matière de communication !
Mais peut-être est-ce précisément là que commence la nouveauté de l’Évangile. Jésus ne cherche pas simplement des admirateurs. Il appelle des femmes et des hommes libres, capables de choisir et d’assumer les conséquences de leurs choix.
Nous vivons dans une société qui accorde une grande importance à la liberté individuelle. Et c’est une conquête précieuse. Pourtant, un paradoxe demeure : nous revendiquons notre liberté, mais nous sommes souvent prisonniers de nouvelles formes de dépendance. Le regard des autres, la recherche de reconnaissance, la peur de déplaire, la pression de réussir peuvent exercer sur nous une influence considérable.
Dans ce contexte, la parole de Jésus prend un relief inattendu. Lorsqu’il nous demande de renoncer à tout ce qui nous appartient, il nous invite à regarder ce qui occupe trop de place dans notre existence, ce qui finit par limiter notre capacité d’aimer et de nous donner. Et cela vaut aussi pour notre vie spirituelle. Nous pouvons parfois être tellement attachés à nos habitudes et à nos certitudes que nous risquons de ne plus entendre ce que Dieu cherche à nous dire. La fidélité à l’Évangile suppose de garder un cœur disponible, capable d’accueillir la nouveauté de Dieu.
Les deux petites paraboles de l’Évangile sont particulièrement éclairantes. Avant de construire une tour ou d’engager une bataille, Jésus demande de s’asseoir et de réfléchir. Il ne sollicite pas un enthousiasme passager, mais un engagement mûrement réfléchi. Croire ne signifie pas renoncer à son intelligence. C’est apprendre à discerner, à mesurer la portée de nos choix et à reconnaître que suivre le Christ engage toute notre existence.
Saint Paul, dans la première lecture, apporte un éclairage essentiel. Il invite les Philippiens à travailler à leur salut, tout en leur rappelant que Dieu lui-même agit en eux, jusque dans leur volonté et leurs actions. Voilà une belle manière de comprendre la vie chrétienne : elle n’est ni une performance personnelle ni une simple application de règles. Elle est une collaboration quotidienne avec la grâce de Dieu, qui éclaire notre liberté et soutient nos efforts.
Paul nous invite également à briller comme des lumières au milieu du monde. Il ne s’agit pas de nous croire meilleurs que les autres, mais de témoigner, par notre manière de vivre, qu’une existence fondée sur l’amour, la confiance et la fidélité est possible. Dans un monde souvent traversé par les divisions et les inquiétudes, ce témoignage discret peut avoir une portée considérable.
Frères et sœurs, suivre le Christ aujourd’hui ne signifie pas avoir réponse à tout. C’est accepter de marcher avec lui, de nous laisser éclairer par sa parole et, parfois, de consentir à des renoncements qui ouvrent un espace nouveau à l’amour.
Fr. Gustave Nsengiyumva, O.P.
PRIÈRE
Maintiens dans ton peuple, Seigneur,
l’esprit qui animait l’évêque saint Charles Borromée :
que ton Église se renouvelle sans cesse
et qu’en se conformant à l’image du Christ,
elle puisse montrer au monde le visage de son Seigneur.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
