3 septembre 2026
Une histoire de la Parole et une histoire de pêche !
Aujourd’hui, le frère Ghislain Paris, O.P., nous partage sa réflexion sur le passage de la pêche miraculeuse inspirée d’une retraite sur Pierre de Mgr. Yvan Mathieu, S.M.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (3, 18-23)
Frères, que personne ne s’y trompe : si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : C’est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Il est écrit encore : Le Seigneur le sait : les raisonnements des sages n’ont aucune valeur !
Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (5, 1-11)
En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.
À cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Prédication
Vous êtes-vous déjà fait prendre dans une poussée de foule ? Vous savez – ce mouvement de ruée pour un passage trop étroit, alors que tant de monde est impatient d’avancer tout de suite ! L’instinct de survie fait poser des gestes autrement impensables : se faire un chemin par des coups de pied ou jouer du coude sans ménagement, pour ne pas étouffer.
Jésus rencontre tellement le désir des foules, leur soif d’une parole pertinente qu’il risque d’en être prisonnier, d’y laisser sa peau, nous dit saint Luc. Heureusement qu’il n’est pas seulement un bon prédicateur ; il est aussi un homme pratique ! Il voit 2 barques sur le bord du lac. Il connaît l’un d’eux, Simon, et s’empresse de réquisitionner sa barque : à la fois, pour prendre du recul, pour mettre une distance à un public en délire, mais aussi pour assurer une meilleure communication et, par le fait même, une meilleure écoute.
L’enseignement terminé, il est loin de remercier Simon pour ses services et le laisser aller après une dure journée de travail. Il l’avait interrompu alors que les pêcheurs lavaient leurs filets. Tout le contraire : il leur propose une partie de pêche, lui le non-expérimenté, l’incompétent, au professionnel, au maître de ce métier : « Avance au large, plus précisément en eau profonde ! »
Simon connaît la puissance de la parole de Jésus, comment elle survole notre expérience à ras le sol. « Nous, les hommes de métier, nous avons peiné toute la nuit – c’est le meilleur temps pour prendre du poisson – mais puisque tu le dis, on va ressortir nos outils et réutiliser nos filets » Ils capturèrent une telle quantité de poissons. Les filets allaient se déchirer (en rajoutent-ils ?). Les autres compagnons de l’autre barque viennent les aider, sans crier en gesticulant. Ils remplirent tellement les 2 barques… elles enfonçaient ! « Ce n’est pas des farces » : ils vont chavirer, ils sont en eau profonde, les poissons gigotent tellement que les pêcheurs vont tout perdre… et se perdre aussi !
Le point de vue de Pierre
Le pêcheur en chef devient Simon-Pierre. Il sait plus ou moins ce qu’il dit. Mais il saisit très bien la grande distance par rapport à Jésus. Ce dernier n’est pas juste au-dessus de nos vies et de nos têtes. Ils frôlent une présence divine : « le Seigneur ».
Le point de vue de Jésus
Jésus rassure son futur chef : sois sans crainte ! Ce sont désormais des femmes et des hommes que tu captureras dans tes filets : non pas pour les faire mourir, mais pour les rendre encore plus vivants-es. Mon appel est personnel : tu prendras… mais tu ne seras pas seul (jetez vos filets). Une réorientation, un virage important : laissant tout, les gens dans la barque le suivirent.
Notre point de vue ?
Sommes-nous prêts-es à laisser monter Jésus dans notre barque ? Sommes-nous étouffés par notre vie dans la foule ? Laissons-nous la Parole transformer jusque nos plans d’avenir… pour notre métier, notre profession, dans nos talents les plus personnels ? Quand sa parole devient plus exigeante, acceptons-nous de prendre le risque d’avancer, d’aller plus loin, en profondeur – là où les fruits abondent ? Sommes-nous conscients-es que nous ne pouvons pas le faire tout seuls-es ? Nous sommes appelés-ées à le vivre en lien avec une autorité dans l’église, avec un Simon-Pierre actuel ?
Ne craignons pas ! Avançons en eau profonde !
Fr. Ghislain Paris, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu veilles sur tes peuples avec bonté,
et tu les gouvernes avec amour ;
par l’intercession du pape saint Grégoire,
accorde un esprit de sagesse à ceux qui ont reçu de toi
la charge de conduire l’Église :
que les progrès du troupeau fidèle fassent la joie éternelle
de ses pasteurs.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
Inspiré d’une retraite sur Pierre donnée par Mgr. Yvan Mathieu, S.M.
