Prédication, 5e dimanche du Carême A

22 mars 2026

Crois-tu ?

En ce 5ème dimanche du Carême, le frère André Descôteaux, O.P., nous invite à plonger notre regard de foi dans le Christ pour comprendre la vie nouvelle à laquelle il nous fait participer, car nous sommes des êtres-vers-la-vie-éternelle.

Prédication

Dans cet évangile, Jésus est confronté non seulement à la mort, mais également à la résignation face à cette dernière qui enferme l’humanité dans la peine et obstrue complètement son avenir. Le grand philosophe allemand Martin Heidegger parlait de l’être humain comme d’un être-vers-la-mort !

La mort semble obscurcir même le regard des disciples de Jésus. Alors que, finalement, Jésus décide de se rendre chez Lazare pour nourrir la confiance de ses disciples en lui et en Dieu, l’apôtre Thomas ne voit que la mort qui se dessine pour Jésus ainsi que pour eux. Arrivé sur les lieux, Jésus ne trouve que tristesse, pleurs, résignations et reproches à peine voilés « si tu avais été là », sous-entendant que tout est fini. La mort marquerait la limite à la puissance de Jésus.

Survient la rencontre de Jésus et de Marthe. Au départ, elle admet que son frère revivra, mais à la fin des temps. Il ne lui vient pas à l’esprit que Jésus pourrait ressusciter Lazare. Finalement, Jésus réussit à faire jaillir chez elle la lumière de la foi. Elle reconnaît en lui « le Christ, le Fils de Dieu », mais il ne vous aura pas échappé qu’elle ne reprend pas les mêmes mots de Jésus qui avait dit « je suis la résurrection et la vie, quiconque croit en moi ne mourra jamais ». D’ailleurs quand Jésus sera devant la tombe de son frère, Marthe essaie de le dissuader de l’ouvrir. « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là » comme si Jésus, le Fils de Dieu, ne pouvait plus rien. Quant à Marie, elle pleure, tout entière à sa peine.

Arrivé au tombeau, nous lisons que Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion. Cette traduction est bien en deçà du grec. Le verbe employé par l’évangéliste signifie « gronder de colère, s’irriter », ou encore « s’indigner ». Jésus est en fait gagné par une profonde irritation face à la mort, mais aussi face à ce manque de foi qui l’entoure. Comment peut-on se résigner face à la mort en sa présence ? Un commentateur sérieux écrit que « Jésus est révolté intérieurement de voir Marie et les judéens pleurer, parce que toutes ces lamentations n’ont pas de raison d’être en présence de celui qui vient de se dire résurrection et vie ». Pourquoi ce manque de foi alors qu’à deux reprises il est dit, dans ce récit, que « Dieu peut lui accorder tout ce qu’il demande » et encore « N’est-il pas celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ? ».

Après avoir prié pour éveiller la foi des assistants, Jésus crie d’une voix forte : « Lazare dehors ! » Suit immédiatement un autre ordre : que ceux qui ont paralysé Lazare dans la mort avec des bandelettes le libèrent de ces liens !

Se trouve réalisée de manière suréminente la prophétie d’Ézéchiel. « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter ». Non seulement le peuple en exil revivra, mais Dieu le fera remonter comme il avait fait remonter son peuple à la suite de Moïse lorsqu’il avait traversé la Mer Rouge. Comme alors, Dieu fera du neuf avec le peuple de l’exil. Ainsi, le Christ fera du neuf.

Enlevez à Lazare ses bandelettes. Laissez-le aller ! Laissez-le vivre ! Nous aurions sans doute aimé entendre Lazare dire quelques mots sur son expérience de ces quatre jours passés au séjour des morts. Heureusement, l’évangéliste ne le fait pas parler. Parce qu’on s’en fout ! Ce qu’a vécu Lazare n’a rien à voir avec la vie nouvelle qu’apporte le Christ. En fait, Lazare n’a été que réanimé, c’est déjà pas mal, je l’admets. Mais Lazare fera à nouveau l’expérience de la mort. La résurrection réalisée par le Christ ne consiste pas en la reprise de ce qu’est notre vie ou à l’ajout d’une période supplémentaire comme dans un match de hockey. C’est une vie nouvelle, la vie éternelle, non seulement en durée, mais surtout en plénitude parce que participante à la vie même de Dieu grâce à l’Esprit.

Mais pour nous donner la vie, le Christ devra donner la sienne. Ce soir, il frémit devant le tombeau ouvert. Dans quelques jours, il frémira quand le moment de sa mort approchera, mais il l’affrontera courageusement s’en remettant à son Père dans la confiance et l’amour. Le tombeau ne pourra retenir le Fils bien-aimé, celui que le Père a envoyé pour être la résurrection et la vie ! Il en sortira vivant et glorieux ! Et avec lui, nous surgirons du tombeau, libres comme lui, sans bandelettes et, avec lui, nous remonterons vers le Père !

Certes, dans nos existences, nous sommes toujours confrontés aux mille visages de la mort : mort étalée dans les médias, souvent sous la forme de massacres horribles ou de terribles guerres, mort de nos proches et dureté de leur absence. À tout âge, il y a aussi toutes ces morts qui brisent nos élans et peuvent nous paralyser : échecs, ruptures, trahisons, épreuves. Mais ce soir, le Seigneur nous demande comme à Marthe : crois-tu que je suis la résurrection et la vie ? Attention à notre réponse, car Jésus est le vainqueur non seulement de la mort physique, mais de la mort de l’espérance, de cette terrible résignation devant la fatalité de la mort. Dehors ! Sors ! Finies les bandelettes ! L’être humain n’est pas un être-vers-la-mort, mais un être-vers-la-vie !

Déjà, la vie nouvelle du Christ germe en nous. Car comme le dit Paul « l’Esprit de Dieu habite déjà en nous » ! Déliés de nos bandelettes, de nos peurs de vivre, de nos inerties, nous pouvons marcher, plus confiants et affermis, pour affronter les morts multiples et faire sortir des tombeaux ceux et celles qui y sont enfermés y compris nous-mêmes.

Croire au Christ ressuscité, malgré la mort encore présente avec son cortège de souffrance, c’est marcher à sa suite, en apprenant de lui à vaincre la mort comme il l’a fait, dans l’abandon au Père et le courage de l’amour. Croire au Christ ressuscité c’est également communier à son corps livré pour nous et à son sang versé pour notre vie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Amen.

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu par qui tout existe,
tu ne laisses pas mourir en nous
la vie que tu nous offres.
À l’appel de ton Fils,
fais-nous sortir des tombeaux
où nous enferme le péché.
Rends-nous à ta lumière éclatante,
Dieu vivant pour les siècles des siècles.

∞ Amen.