20 mars 2026
Serait-il le Christ?
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique les enjeux du passage du chapitre 7 de l’Évangile selon saint Jean où les différents personnages cherchent à prendre position ou ont déjà pris position face à Jésus et son identité de Christ et Messie.
LIVRE DE LA SAGESSE (2, 1a.12-22)
Les impies ne sont pas dans la vérité lorsqu’ils raisonnent ainsi en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur. Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ; car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange. Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue. Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père.
« Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. »
C’est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s’égarent ; leur méchanceté les a rendus aveugles. Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu, ils n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée, ils n’estiment pas qu’une âme irréprochable puisse être glorifiée.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (7, 1-2.10.14.25-30)
En ce temps-là, Jésus parcourait la Galilée : il ne voulait pas parcourir la Judée car les Juifs cherchaient à le tuer. La fête juive des Tentes était proche. Lorsque ses frères furent montés à Jérusalem pour la fête, il y monta lui aussi, non pas ostensiblement, mais en secret.
On était déjà au milieu de la semaine de la fête quand Jésus monta au Temple ; et là il enseignait. Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ? Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien ! Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu que c’est lui le Christ ? Mais lui, nous savons d’où il est. Or, le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. »
Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même : mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais parce que je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. »
On cherchait à l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue.
Prédication
En Jean, nous nous déplaçons aujourd’hui de la Galilée à la Judée, du Nord au Sud, dans un contexte de menaces et de risques pour Jésus. Le récit nous conduit au temple à Jérusalem, où Jésus enseigne. Pour ajouter à la solennité de l’événement, le tout se passe lors de la Fête des Tentes, une semaine en fin septembre, pour célébrer les récoltes de l’automne. C’est un temps très festif. Jérusalem est rempli de gens qui viennent d’un peu partout.
Quel est alors le sujet de l’heure, qui anime bien des discussions ? C’est ce prêcheur et guérisseur de Galilée, qui accomplit des signes étonnants. Serait-il le Christ, le Messie espéré ? Les gens sont divisés à son propos. Mais les autorités ont pris position, déjà : elles veulent l’arrêter et l’éliminer.
Nous nous déplaçons aussi, en cet évangile d’aujourd’hui, dans un texte très découpé, ou plutôt fait de morceaux du chapitre 7 cousus ensemble, comme l’indiquent les versets retenus ; et donc où manquent les versets suivants : 3-9.11-13.15-24. Mais, étonnamment, le texte tient ensemble et il est possible de saisir certains enjeux, même s’ils ont perdu des bouts.
Dans ce climat de danger et de rumeurs. Jésus est prudent. D’abord, il ne va pas à la Fête à Jérusalem avec ses frères, qui ne croient pas en lui et le provoquent à y aller pour faire ses preuves. Son heure n’est pas venue et la haine l’attend. Puis il s’y rend discrètement. Au milieu de la fête, il décide de faire face aux polémiques et menaces. Il entre dans le débat qui porte sur son origine et son identité. Les gens discutent : comment peut-il être si connaissant ? D’où vient-il ? Il ne respecte pas le sabbat. Les chefs vont-ils l’arrêter ?
Jésus argumente en se référant à la Loi de Moïse et à son Père. Il va aux sources. Deux éléments ressortent de son approche : Il est un envoyé, il appelle son Père : Celui qui m’envoyé (le verbe apostolein en grec, d’où vient le mot apôtre). Son origine remonte au Dieu vivant, qui a donné la Loi. Et l’enjeu est de savoir, de connaître. Ce vocabulaire revient six fois en trois versets (v.27-29). Qui connaît, qui ne connaît pas ? Comme ce sera le cas plus loin avec l’aveugle-né guéri (Jn 9) : qui est aveugle, qui voit ?
Dans notre montée vers Pâques, nous sommes quelque part dans cette foule au temple, qui réagit de toutes sortes de manières, qui s’enthousiasme à propos de Jésus puis prend ses distances, qui secrètement croit en lui ou s’en méfie, qui ne sait plus ce qu’elle connaît.
Finalement, Jésus poursuit son chemin, il n’est pas arrêté. Son heure n’est pas encore venue, mais elle s’en vient…
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu as préparé les secours dont notre faiblesse a besoin ;
donne-nous d’accueillir avec joie notre relèvement
et d’en témoigner par la fidélité de notre vie.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
