21 décembre 2025
Dieu avec nous
En ce dernier dimanche de l’Avent, Pierrot Lambert, L.O.P., se laisse questionner par les textes du jour et par ses expériences en CHSLD sur la présence de Dieu parmi nous, sur le sens de la vie et sur l’impact des gestes de bonté et d’amour désintéressé.
LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (7, 10-16)
En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (1, 1-7)
Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les Saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés.
À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (1, 18-24)
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.
Prédication
Les textes bibliques nous surprennent parfois, car ils semblent éloignés de notre réalité. L’évangile d’aujourd’hui parle de la naissance de Jésus en proclamant : « … on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’ ».
Est-ce que vraiment Dieu est avec nous ? J’interroge cet énoncé notamment dans mes échanges comme intervenant en soins spirituels dans un CHSLD.
Notons que l’évangile de Matthieu cite le prophète Isaïe. Dans les faits, Jésus n’a pas porté le nom d’Emmanuel. Mais son tout dernier message, à la dernière ligne de l’évangile de Matthieu, reprend le même thème : « … je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde ».
Et si, au lieu de le questionner, je me laissais questionner par ce texte, et par mes rencontres au CHSLD ?
Dieu est-il avec nous jusqu’à la fin de notre vie ?
Mon épouse, qui a souffert de la maladie d’Alzheimer, m’a demandé un jour : « Où est Dieu ? » Je lui ai répondu spontanément : « Il m’a envoyé t’aider ».
La réponse était trop simple, j’en conviens. Devant la dégénérescence associée trop souvent au vieillissement, comment ne pas conclure que la vie n’a pas de sens ?
Je refuse cette conclusion. J’écoute des résidents de mon CHSLD qui apprécient les gestes de bonté, de dévouement, des proches aidants et des personnels soignants et qui témoignent de la présence de Dieu dans leur quotidien.
Un résident rendu aveugle par le diabète me confie qu’il a « changé son regard » sur son existence et qu’il ressent la présence de Dieu tous les jours. Un ancien moine (qui occupe l’ancienne chambre de ma femme) poursuit ici la « liturgie des heures » et me fait lire un texte de méditation quand je lui rends visite.
Certes, je rencontre aussi des résidents désespérés ou révoltés. Mais je peux témoigner de l’accueil chaleureux qu’ils reconnaissent dans notre centre.
Le pape François disait que nous sommes proches de Dieu quand nous accomplissons ce qu’il appelait des « œuvres de miséricorde » corporelles ou spirituelles. Ces œuvres relèvent d’un amour désintéressé, sans restriction, que Bernard Lonergan qualifie d’amour « religieux ».
Il définit la foi comme « la connaissance née de l’amour religieux ».
Pierrot Lambert, L.O.P.
Fraternité laïque dominicaine Albert-le-Grand.
PRIÈRE
Nous te prions, Seigneur,
de répandre ta grâce en nos cœurs ;
par le message de l’Ange,
tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ;
conduis-nous par sa passion
et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
