Prédication, 4e dimanche de l’Avent A

21 décembre 2025

Dieu avec nous

En ce dernier dimanche de l’Avent, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous invite à découvrir Jésus, nouveau David, fils de Joseph, fils d’Abraham, l’homme juste par excellence.

un homme juste

Prédication

En ce dernier dimanche de l’Avent, en cette année de l’Évangile selon Matthieu, nous nous retrouvons avec Joseph. En Luc, pour les origines de Jésus, son enfance, c’est Marie qui est la figure principale. Mais en Matthieu, c’est Joseph ! Et de même que nous avons en Luc une apparition de l’ange à Marie, l’Annonce faite à Marie, nous avons en Matthieu l’Annonce faite à Joseph. Mais dans les deux cas, le centre est l’enfant à naître, Jésus, qui sera le Messie, le Christ, et l’Emmanuel.

Ce récit sur le songe de Joseph ne se trouve qu’en Matthieu. Et c’est le premier des quatre songes de Joseph, dont trois comprennent l’apparition de l’ange. Ce songe advient avant la naissance de Jésus; les trois autres (2,13.19.22) viendront après. 

Qu’est-ce qui est dit de Joseph? Il est fils de David. Comme Jean Baptiste, Joseph sert de pont entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Et surtout, c’est lui qui assure à Jésus sa descendance de David, trait essentiel pour un Messie. C’est Joseph qui donne à Jésus le chapeau de David. Et ce Joseph est un homme juste, expression forte dans les Écritures, qui indique une personne qui vit pleinement l’alliance avec le Dieu vivant et avec son peuple, comme Abraham le juste. En Matthieu 25, les bénis qui ont donné à manger, qui ont accueilli l’étranger, sont appelés des justes. Les Béatitudes (Mt 5) parlent des affamés de justice. Pour Matthieu, dire de quelqu’un qu’il est juste, c’est le plus grand éloge. 

Joseph est aussi un homme capable d’écouter des songes, des rêves, d’y percevoir l’appel du Dieu vivant. Il n’est pas enfermé dans le monde des logiques étroites et des calculs clos : le réel est plus vaste et l’avenir n’est pas réduit à l’immédiat. Et il choisit Marie, en époux aimant et libre face aux rumeurs.

Certes, il ne parle pas. Il ne dit pas un mot dans les Évangiles! Au contraire de Jean-Baptiste et de Marie, qui ont la parole facile. Mais son rapport à la Parole est très signifiant : il ne parle pas mais il agit! Il fait ce que le messager de Dieu lui demande (v.24). Dans ce passage et dans la suite du chapitre 2, il met en pratique la Parole qui vient de Dieu par son messager. Il ne se dit pas: bon, je vais y penser, c’est une possibilité, ou je vais mettre sur pied un comité d’étude des propositions célestes. Non, il décide, il prend des risques, il s’engage personnellement.

Un autre aspect important de cette figure discrète, qu’on oublie souvent, c’est le rôle de Joseph par rapport à Jésus, son fils. D’abord, il lui donne son nom, Jésus. Puis, dans la Galilée du premier siècle, après la petite enfance, un garçon reste près de son père. C’est auprès de lui qu’il est initié à la vie sociale, qu’il apprend un métier; c’est son père qui a le rôle premier pour lui transmettre l’héritage moral et religieux. Ce qui veut dire que Jésus a été marqué par Joseph beaucoup plus qu’on ne le pense, dans ses valeurs, son rôle social, son approche religieuse, pour forger son identité. La fidélité de Jésus à ses options, jusqu’au bout, ce mélange de sagesse et de courage dans sa mission, son attention aux exclus et aux faibles, sont-elles le seul fruit de sa personnalité propre ou de sa filiation divine? Il serait surprenant que Joseph n’ait pas eu un rôle dans tout cela.

Joseph, l’homme qui écoutait les songes. Quels rêves nous habitent, nous inspirent, que nous aurions à écouter? Rêves pour notre famille, notre milieu, notre communauté, notre société, notre Église? Et rêves pour nous-mêmes, sur nos chemins d’incertitude et d’espérance. Il y a des annonciations dans nos vies, qui nous ouvrent à un mystère plus grand. La voix de l’ange peut être celle d’un proche, d’une inconnue, d’une parole entendue, d’une réalité vue, d’une lecture, d’une image, qui nous pousse en avant, plus loin que notre monde familier.

En cette proximité de Noël, nous sommes invités à découvrir Jésus, nouveau David, fils de Joseph, fils d’Abraham. Un Jésus inscrit dans l’histoire et l’héritage de son peuple. Cela nous dit qu’aujourd’hui encore, pour nous, son visage peut être rencontré dans celui du peuple juif, dont nous sommes spirituellement les descendants (cf. Pie XI : nous somme spirituellement des sémites), et dans celui de notre propre héritage, familial et culturel, transmis jusqu’à nous par des témoins obscurs et éclairés. Ces racines nous poussent vers l’avenir.

Mais nous sommes invités aussi à écouter les Écritures, en Isaïe, qui nous annoncent que cet enfant s’appellera Emmanuel, Dieu-avec-nous. Mais cela ne prendra tout son sens qu’après la résurrection de Jésus. Les Écritures s’accomplissent en Jésus le Ressuscité : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps, nous dit la finale de Matthieu (28,20).

En cette eucharistie, rendons grâce pour tous les justes qui, discrètement, travaillent au Règne de Dieu et pour le juste par excellence, Jésus le Messie, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, qui se fait proche en Noël et dans cette eucharistie. Amen.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

PRIÈRE

Nous te prions, Seigneur,
de répandre ta grâce en nos cœurs ;
par le message de l’Ange,
tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ;
conduis-nous par sa passion
et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.