Prédication, lundi de la 27ème semaine du temps ordinaire

5 octobre 2026

Le prochain ou le suivant ?

Aujourd’hui, le frère Ghislain Paris, O.P., nous explique que Jésus inverse le sens du mot « prochain » et nous invite à nous rester ouvert à l’inattendu et à la compassion plutôt que de sans cesse nous inquiéter des limites de notre « devoir-faire ».

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Prédication

Qui est mon prochain ? Est-ce cette personne itinérante qui me quémande des sous pour aller soi-disant manger ? Je ne veux rien savoir, surtout pas entrer en contact avec elle ; je n’ai pas le temps ! Au prochain ! Au suivant !

Cette femme m’exaspère dans sa lenteur à me raconter dans les détails son histoire. Elle radote toujours les mêmes choses, elle ressasse ses blessures, sans vouloir faire les démarches pour en guérir. Suis-je obligé de me taper cette écoute une nouvelle fois, de l’aimer « sans fin » ? Cela ne donne rien ! À la prochaine ! À la suivante !

Cet homme se plaint de sa femme partie sans crier gare, après 40 ans de mariage. Elle étouffait ; elle n’en pouvait plus d’être entourée, contrôlée, immergée dans la ouate des bons sentiments ! « Comment faire pour qu’elle me revienne ? » Le mari ne veut surtout pas remettre en cause son comportement. Est-il mon prochain ? Comment l’aimer ?

Un père de famille, dont le fils avait un diagnostic de schizophrénie, me revient en mémoire. Cet homme à la retraite avouait ne plus avoir de vie personnelle. Mais il demeurait farouchement sur ses gardes si on questionnait sa manière de prendre soin. Il n’en finissait plus de donner à son fils tout ce qu’il voulait, pour éviter une nouvelle crise de colère où tout était brisé dans la chambre. Laisser aller son fils, le confier aux professionnels de l’État en soins mentaux, collaborer avec eux au lieu de l’excuser et de couvrir les manques à des promesses non tenues. Est-ce vraiment aimer son prochain ?

Je ne peux m’empêcher de penser à la boutade de mon confrère accompagnateur spirituel : ton (son) prochain mérite mieux ! Tu es censé aimer ton prochain comme toi-même. Sais-tu d’abord t’aimer toi-même ?

Le prêtre et le lévite avaient de bonnes raisons de changer de bord de la route. Face à l’inattendu et à l’inconnu, mieux vaut vaquer à ses affaires, respecter son horaire et ses engagements programmés. Il est mieux de savoir à qui s’en tenir, d’établir clairement les frontières : qui est mon prochain ? Quelle est la limite de mon devoir-faire ?

Et Jésus retourne entièrement la perspective. De qui suis-je devenu le prochain ? Ai-je fait une seule fois l’expérience de l’inattendu ? Jusqu’où cela m’a-t-il mené ?

Un jour, l’entrepreneur en construction travaillant chez nous à l’Horeb est arrivé avec son demi-frère. Un itinérant dans les rues de Montréal pendant 10 ans. Un grand brûlé décidé à revivre avec des plaies sur les 2/3 de son corps. Dan a accepté, avec l’accord de sa conjointe, de le prendre en charge chez lui, après 10 mois de soins intensifs. Chaque jour, il devait aider Pat à prendre soin des cicatrices laissées par de nombreuses chirurgies et greffes de peau. Pat s’en est finalement sorti. En faisant des heures de travail avec son frère, il a retrouvé sa dignité. Puis, il est décédé subitement ! À ses funérailles, une quarantaine de personnes étaient présentes à l’Horeb, venant de son monde, de son passé. Nous avons tous appris de lui, ce que veut dire être frère et sœur en humanité… et surtout être enfant d’un même Père. Un tel parcours était tout à fait imprévu, mais combien vrai et enrichissant !

Soyons ouverts à l’inattendu ! Laissons-nous guider par le Maître de la Vie sur le chemin de la charité. De qui suis-je prêt(e) à devenir le prochain ?

Fr. Ghislain Paris, O.P.

 

PRIÈRE

Nous t’en prions, Seigneur,
enflamme nos cœurs de ton Esprit de charité,
afin que nos pensées soient toujours dignes de toi,
et accordées à ta grandeur,
et qu’ainsi nous puissions t’aimer sincèrement dans nos frères.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.